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Le marché de l’emploi sur la Côte-Nord en 2014

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La Côte-Nord connaît un ralentissement après quelques années de frénésie que certains ont qualifiée de ruée vers le fer. L’industrie de l’aluminium vit également une pause, mais de son côté, le secteur forestier remonte la pente et l’activité atteint son paroxysme sur le mégachantier de la Romaine.

Des secteurs qui recrutent

La baisse du prix du fer a entraîné un ralentis­sement de l’activité minière sur la Côte-Nord et le report de certains projets. Mais cela n’inquiète pas les observateurs. «Le cours des matières premières est appelé à fluctuer, et il faut observer la situation sur le moyen et le long terme», rappelle Stéphane Lacroix, directeur régional du bureau d’affaires Côte-Nord à l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec.

Il souligne que la situation est identique du côté de l’aluminium. Le prix de la ressource s’est considérablement déprécié, ce qui a amené l’usine Alcoa de Baie-Comeau à annoncer, en mai 2013, un nouveau report de trois ans de son projet de modernisation de 1,2 milliard de dollars. Cette décision se traduira par une perte de 500 emplois. La phase 3 de l’aluminerie Alouette de Sept-Îles, un investissement de 1,5 milliard de dollars, demeure aussi sur la glace jusqu’à nouvel ordre.

Il y a quelques années, on parlait de manque de main-d’œuvre spécialisée. Aujourd’hui, on a enlevé le mot “spécialisée”…
–Patrick Hamelin, Conférence régionale des élus de la Côte-Nord

Toutefois, on ne parle pas de décroissance, mais plutôt de ralentissement de la croissance, particulièrement du côté minier, souligne André LePage, économiste à Emploi-Québec. «Il s’agit d’une baisse par rapport à des périodes de pointe inédites. L’emploi dans les mines est encore en croissance de façon globale et les minières embauchent tout de même.»

D’ailleurs, les besoins sont tels, que plusieurs employeurs ont désormais recours à la formule «fly-in, fly-out» : des employés viennent travailler 10, 12 ou 14 jours consécutifs, puis retournent chez eux aux frais de l’employeur pour une durée équivalente, en rotation. Ce phénomène est une source de préoccupation, souligne André LePage. «Ces emplois n’ont pas les mêmes retombées économiques dans la région que ceux occupés par les résidents de la Côte-Nord.»

Manque de main-d’œuvre

Cette situation démontre également que le nombre de travailleurs de la région est insuffisant pour répondre à la demande des entreprises. «Il y a quelques années, on parlait de manque de main-d’œuvre spécialisée. Aujourd’hui, on a enlevé le mot “spécialisée”…», note Patrick Hamelin, directeur général de la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord.

Cet état de choses place les PME et les ­commerces, incapables d’offrir les salaires généreux des minières, dans une position difficile. Ils doivent rivaliser d’ingéniosité pour attirer et retenir des employés – certains offrant du logement, le partage des bénéfices, etc. – ou restreindre le nombre de contrats qu’ils acceptent et limiter leurs heures d’ouverture.

Hydro-Québec offre aussi des conditions avantageuses à ses employés, et l’activité est loin de ralentir sur son immense chantier à la Romaine. Celui-ci entre d’ailleurs dans sa période de pointe, alors que le nombre de travailleurs nécessaires au barrage et à la ligne de transport électrique devrait atteindre entre 2 000 et 2 500 en 2014-2015.

Quant à l’industrie forestière, celle-ci voit enfin une lueur au bout du long tunnel. Sans parler de reprise, le secteur profite d’un raffermissement des prix et s’attend à une croissance de la demande, au point qu’on recommence à former des jeunes travailleurs.

Tendances démographiques

La Côte-Nord continue de perdre des résidents au profit des autres régions, mais le phénomène diminue. Alors qu’on note un solde migratoire négatif chez les 15 à 24 ans, il est toutefois positif chez les 25 à 54 ans, ce qui laisse croire que les jeunes quittent la région pour suivre des formations postsecondaires – la Côte-Nord n’a pas d’université –, mais reviennent une fois formés.

«Le solde migratoire s’est amélioré. Il est même devenu positif au cours des dernières années, avant de redevenir négatif en 2011-2012. Mais cela n’a rien à voir avec le début des années 2000, alors que l’on perdait de 1 000 à 2 000 personnes annuellement», note André LePage, d’Emploi-Québec.

«On sent le retour des jeunes. J’ai vu différents postes pourvus par des gens de l’extérieur, des jeunes familles», ajoute Stéphane Lacroix, directeur régional du bureau d’affaires Côte-Nord à l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec. Il se dit encouragé par cette tendance, d’autant plus que la région est aux prises avec un vieillissement de la main-d’œuvre, en particulier dans certains corps de métiers de la construction.

À signaler

  • La compagnie Cliffs Natural Resources a annoncé en mars 2013 la fermeture de son usine de bouletage à Sept-Îles, entraînant la perte de 165 emplois.
  • En septembre 2013, le Cégep de Baie-Comeau a relancé, avec l’aide des entreprises du secteur, son programme de technologie forestière qui était fermé depuis 2009 : 21 étudiants se sont inscrits.
  • Alouette a investi 10 millions de dollars dans la construction d’un premier pavillon universitaire sur la Côte-Nord, à Sept-Îles, qui doit ouvrir ses portes en 2014 et accueillir 400 étudiants. La formation sera offerte par l’Université du Québec à Chicoutimi.
  • Le BAPE a amorcé en août 2013 des audiences publiques sur le projet de la mine d’apatite Arnaud, dans la baie de Sept-Îles. Le projet de 750 millions de dollars doit créer 330 emplois directs et 425 emplois indirects. La construction s’amorcera en 2014 et la mise en exploitation est prévue pour 2016.

Sur le terrain

ArcelorMittal exploite deux mines et un concen­trateur de fer dans le secteur de Fermont. Un chemin de fer les relie à ses installations portuaires et à son usine de bouletage à Port-Cartier. Entre 2006 et 2010, l’entreprise a été aux prises avec des départs à la retraite massifs. Elle a dû embaucher de 500 à 550 per­sonnes annuellement en 2011-2012, faisant passer le nombre de ses employés de 2 000 à tout près de 3 000.

«Nous nous attendons encore à embaucher une soixantaine de cadres et environ 150 employés par année sur une base continue, en fonction du roulement de personnel», explique le directeur du recrutement, Denis Carrier. Les besoins sont multiples : ingénieurs, mécaniciens, métallurgistes, opérateurs, contremaîtres, planificateurs.

«La région ne fournit pas assez de candidats.­ Nous ne recrutons presque plus sur la Côte-Nord», dit-il. D’où le recours à des employés qui font la navette. «Mais ce n’est pas ce que nous voulons favoriser. Nous avons limité le nombre d’accès à des postes “fly-in fly-out” parce que nous voulons accorder la priorité à des résidents qui vont s’attacher à l’entreprise et à leur milieu.»

L’emploi au Québec

Portrait du marché de l’emploi dans les régions du Québec en 2014


Cet article est tiré du guide Les carrières d’avenir 2014.

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