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Le choc du marché du travail : à qui la faute?

2 hommes qui s'échange une patate chaude

Photo : Olaf Speier/Shutterstock

Bien des jeunes diplômés vivent un choc lorsqu’ils intègrent le marché du travail et constatent avec dépit leur manque de préparation. Au-delà de leur propre responsabilité, le manque de cohésion entre institutions scolaires et industries y est-il pour quelque chose?

On entend régulièrement des témoignages de jeunes diplômés universitaires qui s’inquiètent de leurs difficultés à intégrer le marché du travail ou qui constatent leur manque de préparation au monde de l’emploi.

J’en ai moi-même livré un dans un précédent billet intitulé «La claque (ou quelques réflexions sur les illusions post-études)».

Il n’y a pas que les jeunes qui s’estiment mal préparés; bien des employeurs sont aussi de cet avis. Un avis du comité consultatif Jeunes de la Commission des partenaires du marché du travail, récemment cité par La Presse, rapportait justement que «les jeunes semblent rarement préparés à « vivre » l’emploi.»

Comment expliquer que les jeunes soient à ce point mésadaptés à intégrer le milieu du travail?

Est-ce leur propre faute?

Il est vrai qu’il est de la responsabilité de chacun de s’informer adéquatement sur son futur milieu de travail. Il peut parfois y avoir un décalage important entre les attentes et la réalité. Ce n’est pas parce qu’on aime quelque chose qu’on sera nécessairement à l’aise d’en faire un métier. Mais à ce compte, le manque de ressources en orientation fait aussi partie du problème : selon l’Ordre des conseillers d’orientation du Québec, dans 70 % des commissions scolaires, les conseillers n’ont pas le temps de rencontrer tous les jeunes qui veulent les voir.

Ce serait toutefois exagéré de leur rejeter tout le blâme.

Le comité consultatif Jeunes met le doigt sur une partie du problème dans son document. Je cite : «Les établissements scolaires estiment qu’ils ont la responsabilité d’amener les jeunes au seuil de l’employabilité, donc prêts à être formés en emploi par les entreprises. À l’opposé, certaines entreprises déplorent la formation généraliste des jeunes et leur manque de spécialisation. Ainsi, les attentes de chacune des parties créent un sentiment d’insatisfaction mutuelle…»

Il y a donc, de toute évidence, un manque de cohésion entre le milieu de la formation et le marché de l’emploi. Entre l’obtention de son diplôme et son intégration définitive au marché du travail, le jeune travailleur se retrouve souvent dans un «no man’s land» professionnel où personne n’ose assumer la responsabilité de son développement.

Heureusement, certaines universités s’adaptent et innovent pour mieux répondre aux besoins du marché du travail et faciliter la transition des diplômés.

L’Université de Sherbrooke, par exemple, arrive au deuxième rang des institutions canadiennes pour l’importance de son régime coopératif. Ce type de programme est caractérisé par une alternance de stages rémunérés en entreprises et de sessions d’études à l’université. L’établissement permet aux étudiants de pratiquement toutes les disciplines d’en profiter, du génie à l’administration, en passant par les communications, les sciences pures et l’informatique.

Et ça semble payant. Du moins, c’est ce que semblent montrer les plus récentes statistiques concernant le placement des diplômés.

Bien que les taux d’emploi et de chômage des finissants de l’Université de Sherbrooke soient similaires à ceux observés au Québec, le pourcentage de diplômés travaillant dans leur domaine nous permet de croire que leur insertion sur le marché du travail se fait plus aisément que chez leurs homologues des autres institutions.

Vingt mois après l’obtention de leur diplôme, 91,7 % des bacheliers de 2010 de l’Université de Sherbrooke employés à temps plein occupaient un poste directement relié à leur formation. À l’échelle du Québec, ce taux baisse à 79,9 %.*

Le régime coopératif y est-il pour quelque chose? À Sherbrooke, près du tiers des diplômés en emploi ont dit avoir trouvé leur boulot à la suite d’un stage, alors que c’est le cas de seulement un cinquième des diplômés du Québec.

L’exemple de l’Université de Sherbrooke montre la pertinence de dresser des passerelles entre l’école et le marché du travail. Grâce à la possibilité de faire de nombreux stages bien encadrés, les diplômés développent non seulement un réseau de contacts qui facilitent leur recherche d’emploi, mais également une connaissance plus pointue des réalités du marché du travail.

Voilà un bel exemple de cohésion entre entreprises et institutions scolaires qui devraient en inspirer plusieurs. De toute façon, avec les importants besoins de main-d’œuvre anticipés au cours de la prochaine décennie pour remplacer les travailleurs prenant leur retraite, ils ne pourront pas éternellement se passer la patate chaude que représente la formation de la relève.

*Cette donnée provient de l’enquête La relance à l’université 2013 et concerne les diplômés de 2011. Les données les plus récentes de l’Université de Sherbrooke concernaient la cohorte de 2010.

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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