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Le cerveau s’adapte pour mieux servir

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Contrairement aux ordinateurs, désuets après quelques années, notre engin cérébral est en constante évolution.

«Le cerveau est une structure très modifiable», explique Franco Lepore, professeur au Département de psychologie à l’Université de Montréal. Il se densifie et réorganise ses réseaux de neurones selon les stimuli extérieurs et les expériences vécues pour s’adapter à son environnement.

Voici comment le cerveau se transforme pour faire de vous un employé modèle.

La tête froide

Si vous frissonnez quand vous voyez à la télé une publicité de la Commission de la santé et de la sécurité du travail mettant en scène un événement horrible, c’est que le cerveau humain est une bête sociale. Il a la capacité de deviner et même de ressentir la douleur de l’autre. Il semblerait toutefois que le cerveau des professionnels de la santé réagisse différemment à ce sujet.

Des scientifiques de Taipei et de Chicago ont exposé des acupuncteurs et des personnes qui ne connaissaient rien à l’acupuncture à des vidéos montrant des aiguilles enfoncées sur les mains, les pieds et dans la bouche de patients.

Dans le cerveau des non-acupuncteurs, des régions associées à la perception de la douleur comme l’insula antérieure, le cortex cingulaire antérieur et le cortex somatosensoriel s’activaient lors du visionnement. Dans celui des acupuncteurs, les régions liées au contrôle des émotions se mettaient au travail, tels le cortex préfrontal médian, le gyrus frontal moyen, le gyrus parahippocampique et le lobule pariétal inférieur. Avec les années, les experts des aiguilles se sont mis à bloquer leur mécanisme de la douleur dans le cadre de leur pratique, avancent les chercheurs.

«Ils ont appris à garder la tête froide!» résume Bruno Dubuc, rédacteur du site Le cerveau à tous les niveaux.

La bosse des maths

Une étude publiée en 2007 dans l’American Journal of Neuroradiology a démontré une corrélation entre le nombre d’heures qu’un mathématicien a passées à ses travaux de recherche et le volume de matière grise dans une région du cerveau associée à la réflexion mathématique.

Une vingtaine de mathématiciens et autant de participants travaillant dans d’autres domaines ont soumis leur ciboulot à des examens de neuro-imagerie. Chez les mathématiciens, les lobules pariétaux inférieurs et le gyrus frontal inférieur gauche, des régions associées aux calculs arithmétiques et au raisonnement visuo-spatial, étaient plus épais que chez les autres participants.

Les chercheurs n’ont pas pu confirmer si le phénomène était apparu avec la pratique intellectuelle ou si ces individus avaient un cerveau particulier avant même d’entreprendre leurs études en mathématiques. Sauf pour le gain en densité du lobule pariétal inférieur droit : il semblait proportionnel au nombre d’années d’expérience en tant que mathématicien.

Est-ce cela, avoir la bosse des maths?

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Des GPS humains

Une étude menée à Londres a révélé que les chauffeurs de taxi ont l’hippocampe postérieur droit particulièrement dense. Le nombre d’années d’expérience qu’ils accumulent dans le domaine était fortement lié à cette densité.

Cette région du cerveau est le siège de la mémoire spatiale, sa boussole. Pas étonnant qu’elle soit autant développée chez les sujets, puisque pour obtenir sa licence, un chauffeur londonien doit connaître l’emplacement des 25 000 rues de la capitale britannique.

L’hippocampe peut aussi perdre du volume dans les cas de stress chronique. L’étude ne dit pas si les effets s’annulent pour un chauffeur de taxi londonien angoissé…

Pilote automatique

Si vous êtes un camionneur expérimenté qui emprunte la même route depuis des années, il est probable que vous arriviez à conduire de nombreuses heures d’affilée sans perdre de votre acuité. C’est que votre cerveau, habitué d’effectuer cette tâche, relègue le travail aux ganglions de la base, qui permettent de mener des activités routinières sans trop utiliser d’énergie. Vous êtes en quelque sorte branché sur votre «pilote automatique»!

Une chanson dans la tête

Savoir bouger les doigts à une vitesse folle et avec une grande précision nécessite des heures de pratique, mais aussi une petite réorganisation dans le cortex.

Dans les années 1990, des chercheurs ont observé l’activité cérébrale d’un petit échantillon composé de violonistes, de violoncellistes et d’un guitariste grâce à l’imagerie par source magnétique. Ils ont envoyé des stimuli légers sur l’extrémité des doigts des participants et observé l’activité dans leur cerveau.

Lors de stimulations de la main gauche (celle qui marque les notes sur le manche des instruments), le cerveau des musiciens se distinguait de celui du commun des mortels : une plus grande région du cortex somatosensoriel entrait en activité.

La zone du cerveau dédiée à l’auriculaire était particulièrement large, surtout chez les sujets qui avaient commencé à jouer de leur instrument avant l’âge de 13 ans. La différence était tout de même substantielle chez les musiciens s’étant initiés plus tard, prouvant que le cerveau reste malléable au-delà de l’enfance.

Trou de mémoire

La carrière d’un individu influerait sur sa vie même pendant la retraite. Lors d’une étude menée à Taiwan auprès de personnes âgées et publiée au début des années 2000, des scientifiques de l’Université nationale de Taiwan et de l’Université catholique Fu Jen ont relevé que les risques de développer un trouble cognitif étaient de 2,4 fois plus élevés chez les cols bleus non qualifiés que chez les cols blancs de haut niveau. Le type de travail effectué est apparu comme un facteur plus important que le niveau d’éducation.

Dans ce dossier

• Le cerveau : l’ultime outil de travail
• Quoi manger pour être efficace au bureau
• Comment ménager son cerveau
• Le mirage du multitâche

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