Pour faire de l’argent, il faut être au bon endroit au bon moment, paraît-il. À partir d’entrevues avec une quarantaine de spécialistes de l’économie, du développement régional et de la rémunération, le Magazine Jobboom a élaboré ce petit palmarès des régions où il fait bon prospérer en 2007.
1. CANIAPISCAU (MRC regroupant Fermont et Schefferville)
Région administrative : Nord-du-Québec
Salaire annuel moyen : 59 888 $
Population : 2 700
Si vous avez le courage d’affronter l’hiver à partir de l’Halloween jusqu’à la fête des Mères, attachez votre tuque : c’est au nord du 51e parallèle qu’on fait du fric! En plus d’empocher les revenus les plus élevés de la province, les habitants de Caniapiscau ont connu la plus forte croissance en matière de revenu d’emploi au cours des dernières années au Québec : 11,1 % en 2004! «Ici, une serveuse débutante gagne au moins 10 $ l’heure, affirme Julie Marcotte, conseillère en emploi au Carrefour jeunesse-emploi de Duplessis.
À la mine de fer de Mont-Wright, exploitée par Québec Cartier, le plus bas salaire est celui du concierge, et l’échelle commence à 21,40 $ l’heure.» Le moment est d’ailleurs bien choisi pour s’installer parmi les caribous : à cause des nombreux départs à la retraite, Québec Cartier embauche «à la pelletée», selon Louisette Champagne, directrice générale du CLD de Caniapiscau. La MRC fait aussi face à une pénurie de travailleurs dans le secteur des services : cuisiniers, serveurs, chauffeurs de taxi, agents de voyages, réceptionnistes, commis de dépanneur… «La situation est tellement critique que certains commerces doivent restreindre leurs heures d’ouverture, faute de personnel», observe Julie Marcotte. Les besoins sont d’autant plus criants que deux grands projets de mines de fer pourraient voir le jour dans un avenir rapproché : l’un au lac Bloom et l’autre à Schefferville. «Comme le bassin de population n’est pas suffisant pour pourvoir les postes qui seront créés, on devra trouver des candidats ailleurs», soutient Mme Marcotte.
Certes, les travailleurs doivent être prêts à endurer les mouches et l’isolement. Mais la beauté de la nature et la sécurité de l’endroit valent apparemment le déplacement. «J’étais partie pour 5 ans, histoire de faire un coup d’argent, et je suis ici depuis 30 ans! confie Louisette Champagne. Il n’y a pas de meilleur endroit pour élever une famille.»
2. MANICOUAGAN
Région administrative : Côte-Nord
Salaire annuel moyen : 44 234 $
Population : 31 000
On s’ennuie peut-être à la Manic, comme le chantait Georges D’Or, mais on y fait de l’argent. Les résidents du paradis des baleines, dont Baie-Comeau est l’épicentre urbain, vivent dans une relative prospérité grâce à la présence de l’aluminerie Alcoa, de l’usine de pâtes et papiers Abitibi-Consolidated, des centrales et du bureau de la direction régionale d’Hydro-Québec. «Au fil des ans, les syndicats de ces trois entreprises ont négocié des salaires et des conditions de travail au-dessus de la moyenne, probablement à cause du facteur de l’éloignement, explique Guy Simard, directeur du CLD de Manicouagan. Cela fait monter les salaires dans les PME de cette MRC, qui ne veulent pas perdre leur personnel au profit des grandes compagnies.»
Mais attention avant de vous précipiter sur la Côte-Nord, prévient Richard Shearmur, spécialiste de la géographie économique à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). «L’économie de la région est peu diversifiée et dépend beaucoup de la demande en aluminium, qui est cyclique.» Le contexte est actuellement favorable parce que la Chine et l’Inde importent beaucoup d’aluminium. Le boum de la construction en Amérique du Nord stimule aussi la demande de bois. «Mais la Chine et l’Inde ne croîtront pas toujours à ce rythme, et la construction commence déjà à ralentir, remarque M. Shearmur. La Côte-Nord pourrait connaître un revirement de situation brutal.»
Ce qui n’empêche pas Emploi-Québec d’être optimiste, note Guy Simard. «On prévoit 3 000 embauches dans cette MRC d’ici à 2008, surtout dans les pâtes et papiers, la transformation du bois et la santé et les services sociaux.» Le projet de centrale hydroélectrique sur la rivière Romaine (située dans la MRC voisine de la Minganie), prévu en 2009, suscite aussi des espoirs. «On peut bien gagner sa vie ici, et avoir une qualité de vie hors pair, souligne M. Simard. On peut jouer au golf, faire de la plongée sous-marine, profiter du plein air, de la mer…» Ou écrire des lettres à sa blonde, comme Georges D’Or.
3. SEPT-RIVIÈRES
Région administrative : Côte-Nord
Salaire annuel moyen : 43 060 $
Population : 32 000
Pas loin derrière la Manicouagan sur le plan du revenu moyen, Sept-Rivières affiche, en outre, une croissance de salaire plus fulgurante encore que celle de sa voisine (5,2 %, comparativement à 3,9 %). Sa force de propulsion? Les ressources naturelles! D’abord les mines de fer, qui bourdonnent d’activités grâce aux importantes importations de la Chine et de l’Inde. Dans ce secteur, la Compagnie minière IOC, les Mines Wabush et la Compagnie minière Québec Cartier comptent parmi les plus importants employeurs. L’Aluminerie Alouette, à Sept-Îles, fait aussi le bonheur des troupes. «Le revenu moyen des habitants est élevé parce qu’environ 20 % des travailleurs de la MRC Sept-Rivières – soit environ 2 750 – gagnent leur vie dans une grande entreprise», explique Claude Arsenault, économiste au Centre Service Canada de la Côte-Nord.
Ces compagnies offrent plus d’argent pour retenir une main-d’œuvre difficile à recruter à cause du climat et de l’isolement. «Pour un même poste, un travailleur de la Côte-Nord peut facilement gagner de 10 % à 15 % de plus que dans un centre urbain plus au sud, à l’exception des salaires conventionnés par le gouvernement, comme en santé ou en éducation», précise Claude Arsenault. Quant à l’avenir de la MRC, les nouvelles sont encourageantes : l’appétit des pays émergents pour l’aluminium, et surtout le fer, est tel que le revenu des travailleurs de la région devrait continuer à croître sans coup férir durant les 10 à 15 prochaines années, selon le Centre Service Canada. Et comme à Manicouagan, le projet hydroélectrique de la Romaine, en Minganie, aura d’importantes retombées économiques pour Sept-Rivières. L’heure est peut-être venue d’acheter un Kanuk!
4. JAMÉSIE (ou région de la Baie-James)
Région administrative : Nord-du-Québec
Salaire annuel moyen : 40 864 $
Population : 28 943
Ce n’est pas d’hier que les salaires sont alléchants à la baie James. Combien s’y sont exilés dans les années 1970 pour faire un coup d’argent! Comme les aurores boréales ne suffisant pas à attirer les travailleurs, les employeurs doivent allonger les billets. Piliers économiques de cette MRC, les compagnies minières et forestières l’ont compris. Par exemple, dans l’ensemble du Québec, un manœuvre dans une mine gagne 36 000 $ par année, alors qu’il gagne 50 000 $ en Jamésie, selon Emploi-Québec.
Tous les travailleurs reçoivent aussi une prime d’éloignement d’environ entre 10 000 $ et 55 000 $ par année, octroyée par les gouvernements provinciaux et fédéraux pour compenser le coût de la vie, qui y est exorbitant. «Ici, un litre de lait et un pain tranché coûtent chacun cinq dollars à l’épicerie, constate Daniel Ricard, directeur pour la région Nord-du-Québec à Développement économique Canada. Malgré leur revenu élevé, les gens ne vivent pas richement, parce que tout est deux fois plus cher qu’ailleurs (frais de transport oblige). Les gens s’installent ici davantage par goût de l’aventure que pour s’enrichir.»
La crise du bois d’œuvre a aussi frappé durement la MRC. «Beaucoup d’emplois ont été perdus, se désole Daniel Ricard, mais l’effervescence du secteur minier compense.» L’exploration diamantifère aux monts Otish promet aussi d’heureux lendemains. Les mégaprojets de centrales hydroélectriques de l’Eastmain-1-A et de la Sarcelle pourraient aussi générer un paquet d’emplois bien payés. «Hydro-Québec prévoit embaucher 12 000 personnes d’ici à 2011», précise Marie-Thérèse Salhab, agente de recherche et de planification socio-économique à Emploi-Québec.
5. QUÉBEC (Région métropolitaine de recensement qui regroupe 45 villes)
Salaire annuel moyen : 39 976 $
Taux de croissance des revenus des travailleurs : 3,1 %
Population : 682 757
Avoir les ailes d’un ange et partir pour Québec, ça vous dit? La région de la Capitale-Nationale connaît un essor remarquable depuis cinq ans. La fonction publique assure à ses employés des salaires décents et stables, et les emplois pullulent dans d’autres secteurs. «Depuis 1999, 60 000 postes ont été créés à Québec, constate Martine Roy, économiste à Emploi-Québec, région de la Capitale-Nationale. Et c’est pas fini! Selon Emploi-Québec, encore 21 300 emplois devraient voir le jour d’ici à 2009.
Certains domaines plutôt lucratifs ont le vent dans les voiles, comme les technologies de l’information, le jeu vidéo, les sciences de la vie, la construction, les services professionnels aux entreprises (firmes d’ingénieurs, cabinets de comptables) et les assurances. «Même le secteur manufacturier, qui bat de l’aile dans l’ensemble du Québec, se tire bien d’affaire dans cette RMR, notamment à cause de la présence de la raffinerie Jean-Gaulin d’Ultramar, à Lévis», affirme Mario Lefebvre, directeur de la Conjoncture métropolitaine au Conference Board du Canada. Or, les pénuries de main-d’œuvre commencent à inquiéter sérieusement les employeurs de la région (voir «Château de cartes?», Magazine Jobboom, vol.7, no 3, mars 2006). Suivant la bonne vieille règle de l’offre et de la demande, celle-ci pourrait créer une certaine pression pour hausser les salaires.
6. ROUYN-NORANDA
Région administrative : Abitibi-Témiscamingue
Salaire annuel moyen : 39 941 $
Population : 39 621
Alors que d’autres MRC de l’Abitibi-Témiscamingue sont écorchées par la crise forestière, Rouyn-Noranda poursuit son chemin sans tracas. Ici, pas de scieries ni de papetières; c’est le royaume de l’emploi permanent et syndiqué. «Rouyn est une ville de services gouvernementaux, résume André Rouleau, directeur général du CLD de la MRC de Rouyn-Noranda. Au moins la moitié des travailleurs sont fonctionnaires ou œuvrent dans les secteurs de la santé ou de l’éducation, ce qui leur garantit un salaire décent. Cela fait en sorte que la ville se classe toujours bonne première en Abitibi sur le plan du revenu moyen par habitant.» Transports Québec y a notamment un bureau, de même que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Cette MRC loge aussi l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, campus de Rouyn-Noranda, un important poste de contrôle d’Hydro-Québec et un Centre de santé et des services sociaux où travaillent 1 000 personnes. Sans compter la fonderie de cuivre Horne et les nombreuses mines d’or, d’argent, de cuivre, de zinc et de nickel (Bouchard-Hébert, LaRonde et Doyon, entre autres), où les travailleurs gagnent rondement leur vie.
«L’industrie minière connaît une telle pénurie de main-d’œuvre que cela stimule la hausse des salaires dans ce secteur, observe André Rouleau. Certaines entreprises mettent même la main dans leur poche pour payer la formation du personnel.» Le directeur du CLD remarque aussi une nette augmentation des offres d’emploi dans divers secteurs depuis deux ans, ainsi qu’une multiplication des démarrages d’entreprise. «Les jeunes qui nous avaient quittés reviennent vivre ici, attirés par la qualité de vie. Ici, quand on travaille à cinq minutes de chez soi, on trouve ça loin!»
7. SAGUENAY
Région administrative : Saguenay-Lac-Saint-Jean
Salaire annuel moyen : 39 723 $
Population : 146 917
Saguenay figure au palmarès des MRC où les travailleurs empochent le plus de revenus, mais attention, ce n’est pas la joie par les temps qui courent. «La crise dans le secteur forestier limite beaucoup notre croissance, constate Jean-Pierre Lachance, économiste régional principal à Service Canada. Les plus récentes données indiquent que la progression des revenus y est légèrement inférieure à celle de l’ensemble du Québec (3 % contre 3,4 % en 2004). Si le salaire moyen reste élevé, c’est parce que des entreprises qui ont l’habitude de bien rémunérer leurs employés y sont établies.
L’aluminerie Alcan sauve la mise en offrant des salaires annuels moyens au-delà de 50 000 $. L’usine de pâtes et papiers Abitibi-Consolidated, située à Kénogami, offre aussi des revenus annuels moyens de 40 000 $.
Autre avantage : les travailleurs de Saguenay sont blindés jusqu’aux dents, avec un taux de syndicalisation de 45,1 % – le plus élevé en Amérique du Nord! «Mais une entreprise qui paie bien et offre la sécurité d’emploi n’embauche pas forcément, précise Richard Shearmur, spécialiste de la géographie économique à l’INRS. Certaines remplacent la main-d’œuvre par des technologies qui augmentent la productivité, à l’instar d’Alcan, par exemple.» Ainsi, la nouvelle aluminerie d’Alma embauche deux fois moins que celle de Jonquière (fermée en 2004), mais produit deux fois plus de lingots!
8. KATIVIK
Région administrative : Nord-du-Québec
Salaire annuel moyen : 39 521 $
Population : 9632
C’est l’Arctique : froid, toundra, mouches noires, nuits sans fin en décembre et interminables beaux jours en juin. Mais la MRC de Kativik, qui désigne l’immense territoire du Nunavik et dont Kuujjuak est la capitale régionale, c’est aussi le royaume de la fonction publique. «Ici, 80 % des travailleurs sont des fonctionnaires, ce qui explique les revenus relativement élevés, auxquels s’ajoute la fameuse prime d’éloignement (voir texte sur la Jamésie), explique Daniel Ricard, directeur à Développement économique Canada. Car même si seulement 10 000 personnes habitent Kativik, ça prend des infrastructures publiques, notamment en santé et en éducation.» Comme en Jamésie, les travailleurs ne vivent cependant pas richement, car les denrées et le logement coûtent la peau des fesses. «Un enseignant a beau gagner 80 000 $ par année, il ne lui reste pas grand-chose dans les poches à la fin de l’année», affirme M. Ricard. Les emplois ne se créent pas à la pelletée non plus. Par contre, le secteur minier pourrait avoir d’importants besoins de main-d’œuvre dans les prochaines années. «Un projet de parc éolien pourrait aussi se développer sur le territoire de Kativik», rapporte Marie-Thérèse Salhab, agente de recherche et de planification socio-économique à Emploi-Québec.
9. MONTRÉAL (Région métropolitaine de recensement qui regroupe 109 villes)
Salaire annuel moyen : 39 502 $
Taux de croissance des revenus des travailleurs : 3,2 %
Population : 3 426 350
Eh non, la grande région de Montréal n’est pas la reine du palmarès. Pourtant, c’est là qu’on retrouve les plus fortes densités de professionnels grassement payés : avocats, professeurs d’université, médecins, bonzes de la finance… Y sont aussi concentrés des secteurs d’activité à la fine pointe du savoir, comme l’aérospatiale ou les technologies de l’information, qui embauchent des travailleurs scolarisés et payés en conséquence.
Mais Montréal est aussi le fief des extrêmes. «Elle compte beaucoup de travailleurs faiblement rémunérés, comme en restauration, en hébergement et dans le commerce de détail, explique Régent Chamard, économiste à la Table métropolitaine pour l’emploi de Montréal d’Emploi-Québec. Beaucoup ne gagnent que le salaire minimum, ce qui fait baisser la moyenne des revenus.» S’y retrouve aussi un important bassin de gens peu scolarisés. «Il faut se méfier de la seule donnée des salaires pour mesurer la prospérité d’une région, nuance Richard Shearmur, spécialiste de la géographie économique à l’INRS. Il peut y avoir de fortes différences entre les plus bas et les plus haut salariés. À preuve : Montréal est un des endroits où on retrouve le plus de gens vivant sous le seuil de la pauvreté. »
Bref, avant de débarquer dans la métropole, vérifiez que votre formation permette d’accéder à des postes bien rémunérés, de même que le taux d’embauche dans votre secteur d’activité. «Autrement, vous pourriez vous retrouver à servir des hamburgers à bas salaire et être très déçu», ajoute le chercheur.
10. LA VALLÉE-DE-L’OR
Région administrative : Abitibi-Témiscamingue
Salaire annuel moyen : 38 114 $
Population : 42 375
Bonne dixième au palmarès – mais tout indique qu’elle gravira rapidement les échelons -, l’avenir sourit à la Vallée-de-l’Or grâce à l’essor formidable de l’industrie minière. Qui dit mines dit paie en or : «Le salaire moyen d’un mineur est de 62 000 $, explique Luc Blanchette, économiste à Service Canada. Avec les bonis, son revenu annuel peut facilement atteindre 85 000 $.» En Abitibi-Témiscamingue, les investissements en exploration minière sont passés de 28 millions de dollars en 2000 à 95 millions en 2005, pour un total de 283 projets. Merci à la Chine, qui importe une quantité phénoménale de cuivre, et à l’Inde, qui carbure au zinc. Et merci à la chute du dollar américain, qui a revalorisé le lingot d’or. «Ce n’est pas encore un boum comme celui de 1988, mais d’ici un an, ce sera probablement le cas», prévoit Luc Blanchette. Dans ce contexte, les entreprises minières crèvent leur bourse pour séduire les travailleurs. Les mines Louvicourt, Beaufor, Géant Dormant et East Amphi figurent parmi les plus gros employeurs de la MRC.

