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La double vie d’un avocat scénariste

Hélène Florent

La série Toute la vérité plonge le téléspectateur dans les coulisses de la justice. Sur la photo, la comédienne Hélène Florent incarne Me Brigitte Desbiens.
Photo : Véronique Boncompagni

Le monde de la justice a quelque chose de théâtral : des personnages colorés, des histoires dramatiques, des revirements de situation surprenants… Une matière première riche et inspirante pour l’auteur et avocat Jacques Diamant.

Les auteurs de la série à thématique judiciaire Toute la vérité, diffusée depuis 2010 sur le réseau TVA, ne pouvaient espérer tomber sur un meilleur candidat pour compléter leur équipe de scénaristes.

Jacques Diamant possède en effet un profil assez unique : il est procureur aux poursuites criminelles et pénales à la Cour du Québec, et auteur de plusieurs pièces de théâtre et romans. Deux carrières qu’il mène en parallèle depuis belle lurette. «Je suis auteur depuis aussi longtemps que je fais du droit», affirme-t-il.

Les auteurs principaux de Toute la vérité, Annie Piérard et Bernard Dansereau, cherchaient avant tout un conseiller juridique pour relire leurs textes. Ils ont trouvé en Jacques Diamant bien plus que cela; son rôle s’est rapidement accru, passant de la simple relecture des scénarios à la rédaction de dialogues, puis à la prise en charge d’épisodes en entier.

L’apport d’un avocat dans le processus de scénarisation était un élément essentiel pour assurer le réalisme de la série, qui suit un groupe de procureurs dans leur vie personnelle et professionnelle. Les auteurs auraient eu beau trouver les intrigues les plus captivantes, un manque de vraisemblance du point de vue judiciaire aurait plombé sérieusement l’authenticité de la série.

«Au Québec, on aime beaucoup voir des séries sur des métiers; qu’on pense à Urgence, Trauma ou Scoop. Le public veut savoir comment ça se passe vraiment, il veut découvrir un univers. Ça ne vaut pas la peine de faire de telles séries s’il n’y a pas un niveau de réalisme très élevé», dit Jacques Diamant.

Des règles à respecter

La cour est régie par une série de codes stricts et de procédures très précises qui imposent autant de limites et de contraintes aux auteurs. Ce qui peut devenir un vrai casse-tête, même pour Jacques Diamant, qui connaît pourtant bien les règles de la justice.

Il arrive même que l’auteur et avocat en lui ne s’entendent pas, le premier étant parfois tenté de prendre certaines libertés que le second ne pourrait accepter. «Par exemple, pour un épisode, on aurait voulu qu’un témoin vienne parler des rumeurs qu’il avait entendues, même s’il n’était pas présent sur la scène du crime. Mais on ne peut pas se baser sur des ouï-dire dans un procès; c’est une règle de droit. Si on commence à transgresser ces règles, on se trahit nous-mêmes», explique-t-il.

Heureusement, la magie du petit écran permet quelques raccourcis, grâce auxquels les procès peuvent devenir plus digestes pour le grand public. «Un procès, ça peut parfois être plate. Il y a des bons bouts, mais aussi des longueurs interminables. Ce qui est merveilleux avec la télé, c’est qu’on peut conserver seulement les bons bouts», souligne Jacques Diamant.

Une matière première riche

Malgré ces contraintes, le monde de la justice constitue un univers riche et foisonnant. Jacques Diamant trouve aisément, dans son expérience d’avocat, de quoi s’inspirer pour la série. Au point où la réalité dépasse parfois la fiction. «Il y a des idées qui ne seraient même pas bonnes pour Toute la vérité parce que c’est trop flyé. Le public n’y croirait pas!»

Comme chaque épisode tourne autour d’une cause précise, les auteurs de la série doivent constamment trouver de nouvelles idées de procès qui tiendront les téléspectateurs en haleine. Ce qui est parfois plus facile à dire qu’à faire. «Il ne faut pas se laisser endormir par le fait qu’on a mille pages de code criminel comme matière première. Le défi, c’est non seulement de trouver une cause qui soit intéressante, mais aussi de trouver l’angle d’approche pour que ça fasse une bonne histoire. Notre travail n’est pas de faire une vidéo éducative, c’est de faire un show.»

Si son expérience en cour lui sert d’inspiration pour scénariser ses procès, elle l’aide tout autant à créer des personnages plus vrais que nature. «Les avocats sont des gens qui représentent bien la société : t’as des bouffons, des intellectuels, des timides, des baveux… C’est très vivant!»

Bien qu’il affirme que ses personnages ne sont pas calqués sur la réalité, Jacques Diamant avoue que certaines ressemblances ne sont pas fortuites… Au point où certains collègues croient parfois reconnaître la source de son inspiration!

En bon avocat, Jacques Diamant sait esquiver habilement les situations potentiellement embarrassantes. «On me demande parfois si tel personnage est inspiré de telle personne. Dans ces cas-là, je ne réponds pas! J’ai le droit de garder le silence.»

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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