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La clé des champs

Point de salut pour les comptables en dehors des grands centres? Au contraire! Les occasions d’emploi et les défis stimulants ne manquent pas, et ce, aux quatre coins du Québec. Et bien souvent, vivre en région rime avec meilleure qualité de vie.

Arrivé en 1989 à Val-d’Or, en Abitibi, comme directeur financier pour le transporteur aérien Air Creebec, Alain Laplante, FCPA, FCGA, a trouvé son bonheur dans la région et y a profondément planté ses racines.

«À mon arrivée, j’envisageais un séjour de trois à cinq ans afin de me rapprocher de ma belle-famille qui y réside. Mais j’ai rapidement adopté la région, un peu comme si j’y étais né. Et je ne vois pas le jour où je la quitterai!» dit-il. Depuis 2007, Alain Laplante est vice-président et chef de la direction financière de Forage Orbit Garant, une entreprise spécialisée dans le forage au diamant, également située à Val-d’Or. Il a été aussi président de l’Ordre des comptables généraux licenciés du Québec en 2001-2002.

Comment Alain Laplante explique-t-il son attachement à cette ville située à sept heures de route de Montréal et dix de Québec, lui qui a passé une bonne partie de sa vie à Terrebonne, en banlieue nord de Montréal? «En Abitibi, les gens sont très accueillants et les occasions de s’engager dans sa communauté sont nombreuses.»

Certains professionnels, comme les actuaires, sont peu présents en région, car leurs employeurs ne se trouvent que dans les grands centres. Ce n’est pas le cas pour les comptables professionnels. Alain Laplante, FCPA, FCGA

Il cite en exemple le fait que le conseil d’administration de la Chambre de commerce de Val-d’Or compte 12 membres, comparativement à 15 pour celle de Terrebonne. Et pourtant, cette ville est quatre fois plus peuplée que Val-d’Or! Alain Laplante s’est largement engagé dans cet organisme abitibien, puisqu’il en est le président sortant.

Selon lui, en région, on parvient aussi plus facilement à atteindre un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ainsi, chaque matin, il ne lui faut que très peu de temps pour se rendre à son travail. «Neuf minutes lorsque le seul feu de circulation de mon trajet est au rouge! Nous sommes loin des 75 à 90 minutes que je passais sur la route lorsque je me rendais de Terrebonne au centre-ville de Montréal», se souvient-il. Ce qui lui permet notamment de rentrer dîner à la maison ou d’aller relaxer entre deux rencontres avec des investisseurs.

Des défis à la pelle

Et n’allez pas dire à Alain Laplante que les régions n’offrent pas de défis à la mesure des aspirations des comptables professionnels!

«Certains professionnels, comme les actuaires, sont peu présents en région, car leurs employeurs ne se trouvent que dans les grands centres. Ce n’est pas le cas pour les comptables professionnels, puisqu’il y a ici de très belles entreprises, souvent liées à l’extraction et à la transformation des ressources naturelles, comme les compagnies minières», explique-t-il. Et elles ont besoin de professionnels de la comptabilité.

Une réalité dont Lindy Lebrun peut témoigner. «Le titre de CPA nous ouvre grand les portes des entreprises. Et les offres abondent!» s’exclame cette surintendante en conformité et comptes payables au sein de la Compagnie minière IOC à Sept-Îles, sur la Côte-Nord.

«Les grandes compagnies de la Côte-Nord comme Aluminerie Alouette et Mines Wabush s’arrachent les bons candidats. En tant que professionnels, nous avons vraiment l’embarras du choix», assure-t-elle.

Selon la CPA, CA de 32 ans, les multinationales présentes sur la Côte-Nord se disputent les talents à coups de généreuses primes, d’avantages sociaux et de régimes de retraite. Pour sa part, rencontrée un jeudi matin pour son entrevue d’embauche, elle est entrée en poste… le lundi suivant!

À l’instar d’Alain Laplante, cette mère de deux enfants s’émerveille tous les jours de la facilité avec laquelle elle parvient à concilier ses obligations familiales et son travail. «Je ne suis qu’à sept minutes de mon bureau et à cinq minutes de la plage! Je peux suivre de très près les activités de mes enfants, sans me sentir coupable d’avoir une carrière», souligne-t-elle.

Occasions en or

Directeur des finances et co-actionnaire de deux PME de Chicoutimi (Cervo-Polygaz et Groupe PGS), Keiven Tremblay constate que certains de ses collègues comptables reviennent en région. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, se souvient ce CPA, CMA qui a grandi au Saguenay.

«Au début des années 1990, les jeunes professionnels devaient souvent s’exiler dans les grands centres afin de trouver du travail. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. À tel point que plusieurs reviennent en région et y décrochent des postes très intéressants», constate ce professionnel de 36 ans.

Pour Pascale Bernier, s’occuper des dossiers de transmission d’entreprises a une tout autre saveur que si elle travaillait dans l’anonymat d’un grand centre urbain.

Selon lui, plusieurs éléments sont à la base de cette vigueur de l’emploi : les départs à la retraite des baby-boomers, le Plan Nord du gouvernement du Québec et la croissance économique générée par de nombreuses PME et quelques grandes entreprises comme Rio Tinto.

Keiven Tremblay a choisi de s’engager dans deux PME afin de mieux s’ancrer dans une région qu’il apprécie pour sa qualité de vie. «Même si j’aime la grande ville, je ne suis pas prêt à passer deux heures par jour dans les bouchons de circulation», affirme-t-il, ajoutant qu’il réside à moins de dix minutes de son lieu de travail. «Nous avons une vie beaucoup moins stressante que dans les grands centres. C’est un avantage considérable pour la vie de famille», souligne ce père de trois enfants.

Chargée de projets spécialisée en relève dans les entreprises familiales, Pascale Bernier pratique pour sa part à Amos, en Abitibi, au sein du cabinet comptable Raymond Chabot Grant Thornton.

Cette CPA, CMA de 29 ans constate que, dans sa région, les PME prédominent, ce qui influence le type de travail qui attend les comptables professionnels. «Les mandats de vérification sont moins complexes, car il y a moins de grandes entreprises», remarque-t-elle. Toutefois, pratiquer en région donne aussi la chance de diversifier ses compétences. «Ici, un comptable professionnel touche à tout, y compris les dossiers de financement. Ce qui est au bout du compte très enrichissant, car un jeune comptable peut acquérir rapidement beaucoup d’expérience», dit celle qui s’implique également au sein de l’Ordre des CPA.

Faire une différence

Mais au-delà des possibilités d’emploi, des salaires et des avantages sociaux, ces comptables professionnels savent qu’ils contribuent directement à la vitalité de leurs communautés.

Par exemple, Lindy Lebrun estime que si elle ne s’était pas trouvée là, son emploi aurait pu être délocalisé vers le siège social montréalais de son employeur. «Malheureusement, très peu de CPA, CA pratiquent sur la Côte-Nord. Or, il faut garder en région le plus d’emplois professionnels possible, car cela enrichit le milieu», souligne-t-elle.

Pour sa part, Keiven Tremblay dit avoir longuement réfléchi à l’idée de quitter la région. «J’ai déjà travaillé en Allemagne, à Québec et en Montérégie. Mais je sais que je fais une différence ici, à Chicoutimi, auprès de la cinquantaine de familles dont les membres travaillent dans l’une des deux entreprises dont je m’occupe», dit-il.

Pour Pascale Bernier, s’occuper des dossiers de transmission d’entreprises a une tout autre saveur que si elle travaillait dans l’anonymat d’un grand centre urbain. «Chez nous, une entreprise qui meurt peut entraîner la disparition du produit ou du service qu’elle offre. Par exemple, contrairement à Montréal ou à Québec, on ne trouve pas à Amos des pâtisseries ou des nettoyeurs à tous les coins de rue», dit-elle.

Et quand on donne, on reçoit en retour, affirme Alain Laplante. «Croyez-moi, c’est une source d’énergie inépuisable!» se réjouit-il.

Coup de pouce pour vivre en région

En collaboration avec l’organisme Place aux jeunes en région, la Fondation de l’Ordre des comptables en management accrédités du Québec offre sept bourses annuelles d’une valeur de 2 000 $ chacune à des diplômés CPA, CMA qui choisissent d’exercer leur profession en région et qui veulent s’y impliquer. Âgés d’au plus 35 ans, les candidats doivent résider en région trois mois après l’obtention de leur titre et s’engager à y demeurer au moins deux ans. Ils doivent également indiquer comment ils comptent s’impliquer dans leur communauté au cours des prochaines années. Une soixantaine de municipalités régionales de comtés sont visées.

La Fondation des CA du Québec octroie annuellement 63 000 $ en bourses à des étudiants inscrits au Programme de formation professionnelle, cheminement CA de l’Ordre des CPA du Québec, dont 39 000 $ sont alloués spécifiquement à des candidats poursuivant leurs études en région. C’est donc 62 % de l’enveloppe budgétaire de ce programme de bourses qui est consacré aux étudiants en région.

Pour en savoir plus :
Place aux jeunes en région
Fondation des CPA du Québec

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