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La bourse ou la vie

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Il est rare que je parle de théâtre en ces pages. Mais cette fois-ci, le sujet s’impose de lui-même. Le Théâtre d’aujourd’hui présentait la pièce Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste qui souhaiterait abolir la fête de Noël.

Cette pièce au titre aussi longuet que didactique nous convie tout de même à un emportement réel entre deux comédiens chevronnés dans une diatribe entremêlant contexte socio-économique catastrophique et drames personnels. Le tout avec le corpus littéraire de la Grèce antique en trame de fond. Comme pour guider les personnages sur leurs propres destins.

13 septembre 2008. Jason est au bureau à une heure tardive. En pleine nuit, il constate l’effondrement des marchés boursiers qui aura des répercussions fatales sur le portefeuille qu’il gère auprès de certains de ses clients.

Mise en scène, scénographie, jeu des comédiens, éclairage : tout y est époustouflant. D’une efficacité remarquable. Sur les murs, les résultats chiffrés de la dernière débandade boursière. Le tableau se métamorphose petit à petit en compte à rebours. Accélérant du coup les tensions entre les deux protagonistes. La fin approche. Et pas seulement la fin de la représentation mais aussi la fin d’un monde nourri de spéculations diverses où on ne s’embarrasse pas de fonds éthiques quand on veut sans cesse voir augmenter son bénéfice.

Parlons des protagonistes. Jason (prénom soigneusement choisi en rapport avec le personnage de la mythologie), un défroqué de la philo qui maîtrisait sur le bout des doigts les belles-lettres grecques (Thucydide en particulier) se retrouve au sommet de la haute finance. Cass, son assistante de retour de congé après un « épisode » troublant que l’on découvre au fil des confidences de part et d’autres, jongle avec les algorithmes d’une manière consternante. Elle subjugue son patron Jason lors de retrouvailles pour le moins impromptus en cette nuit de fiasco.

Dans le décor, le strict minimum : chaises symétriquement placés devant être bousculées au fur et à mesure de l’ampleur de la catastrophe financière et du désenchantement de Jason. Car sa vie reste directement liée à ces bouleversements. Comme celle de nombreux actionnaires floués d’ailleurs. Et les conséquences économiques s’en feront ressortir auprès de bien des citoyens n’ayant jamais investi quoique ce soit en bourse.

À la lumière des informations recueillies sur les catastrophes économiques pourtant évitables, quelle conclusion peut-on tirer? La parole revient à l’auteur de prédilection de Jason, Thucydide : « L’histoire est un perpétuel recommencement. »

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