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L’industrie du recyclage et ses emplois

Considérées autrefois comme de vulgaires déchets, les matières résiduelles sont aujourd’hui des ressources à exploiter, au même titre que les matières premières. Leur mise en valeur protège non seulement l’environnement, mais elle stimule aussi toute une industrie!

Au Québec, plus de 10 000 travailleurs s’affairent à récupérer, à trier, à réemployer, à recycler et à valoriser des matières qui seraient autrement destinées au rebut.

Outre les entreprises qui effectuent la collecte sélective, l’industrie compte plus de 40 centres de tri traditionnels, de même qu’un nombre équivalent de centres de tri spécialisés dans les déchets de construction, de rénovation et de démolition.

Le valoriste est un nouveau type de professionnel dont le travail consiste à trouver des usages novateurs pour des matières issues de nos bacs à recyclage.

«L’industrie regroupe aussi des entreprises qui récupèrent, recyclent et valorisent des matières spécifiques, ajoute Ginette Bureau, présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC, la Société québécoise de récupération et de recyclage. Par exemple, Kruger et Cascades pour le papier et le carton, Recyc RPM et Plastrec pour le plastique et Tafisa Canada pour le bois. On compte également des déchiqueteurs de métaux et une trentaine de sites de compostage gérés par des entreprises comme EnGlobe Corp., division Biogénie, Mironor et Gaudreau Environnement.»

L’industrie englobe aussi les fabricants d’équipements pour les entreprises de collecte, de tri, de recyclage et de valorisation des matières résiduelles de même que des consultants en gestion de matières résiduelles.

Parmi les gros joueurs, on compte Veolia Services à l’environnement, Services Matrec, Waste Management, EBI Environnement et Gaudreau Environnement, des entreprises qui portent souvent plusieurs chapeaux. Gaudreau Environnement, par exemple, effectue de la collecte de matières résiduelles en plus d’exploiter un centre de tri, de recycler du plastique et d’autres matières et de fabriquer du compost.

Ouvriers recherchés

L’industrie se porte bien et embauche. «Dans le sous-secteur du recyclage, on observe une pénurie de camionneurs, d’agents de tri et, dans une moindre mesure, de valoristes», souligne Dominique Dodier, directrice générale d’EnviroCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’environnement.

Des valoquoi? Le valoriste est un nouveau type de professionnel dont le travail consiste à trouver des usages novateurs pour des matières issues de nos bacs à recyclage.

Toutefois, les besoins de trieurs pourraient décliner au cours des prochaines années, car la tendance est à l’automatisation.

«Pour le développement de marchés, nous avons de la difficulté à recruter des représentants techniques», fait valoir de son côté Patrice Clerc, directeur, Approvisionnement et services, chez Cascades Récupération, une division vouée à la collecte de papier et de carton pour la fabrication de produits en fibres recyclées.

D’autres compagnies manquent de mécaniciens industriels, de machinistes, d’électromécaniciens et d’électrotechniciens pour fabriquer ou réparer leur flotte d’équipements. «Les dessinateurs et les soudeurs-monteurs sont particulièrement difficiles à dénicher», déplore Jean-Paul Bergeron, directeur général de BMG Environnement, un fabricant d’équipements de recyclage servant les municipalités, les entreprises de collecte et les centres de tri.

Les employeurs recherchent également des spécialistes du développement durable. Les diplômés de l’attestation d’études collégiales (AEC) Coordonnateur en environnement et développement durable du Collège de Rosemont, par exemple, ne chôment pas. «La moitié des 12 diplômés de janvier 2012 occupaient déjà un emploi trois semaines après la fin de leurs études, se réjouit Geneviève Ouellet, responsable du programme. En 2011, nous avons reçu 35 offres d’emploi pour nos étudiants.»

Toujours moins de déchets

Si le recyclage et la valorisation des matières résiduelles sont bien implantés au Québec, on peut faire encore plus. Et c’est exactement ce que vise le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec avec son Plan d’action 2011-2015 sur la gestion des matières résiduelles.

Son objectif? Ramener à 700 kg par habitant la quantité de matières résiduelles éliminées annuellement, une réduction de 110 kg par rapport à 2008. Le plan prévoit d’ici 2015 le recyclage de 70 % du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal résiduels ainsi que le recyclage de 60 % de la matière organique putrescible résiduelle.

On estime qu’une tonne de matières récupérées crée 10 fois plus d’emplois qu’une tonne de matières enfouies.

Progressivement, Québec veut interdire l’enfouissement du papier et du carton en 2013, du bois en 2014 et de la matière organique putrescible résiduelle en 2020. Le gouvernement compte investir 650 millions de dollars d’ici trois ans pour doter les municipalités d’installations de traitement de la matière organique, par compostage et par biométhanisation. Ce dernier procédé permet d’obtenir un biogaz que l’on peut substituer aux carburants, par exemple pour le chauffage des bâtiments ou pour alimenter des véhicules.

Encore plus d’emplois

Ces nouveaux objectifs sont de bon augure pour l’emploi. «Les nouvelles lois ou nouveaux règlements en environnement ont toujours pour effet de stimuler la demande de nos services», fait valoir Dominique Dodier. On estime qu’une tonne de matières récupérées crée 10 fois plus d’emplois qu’une tonne de matières enfouies.

Bon nombre des personnes interviewées prédisent que le Plan d’action 2011-2015 va accentuer la demande de travailleurs qui ont pour tâche d’élaborer, d’implanter et de faire le suivi de programmes de gestion des matières résiduelles. On les trouvera surtout dans les industries, les commerces et les institutions, mais aussi dans les municipalités et chez les consultants. Ils devront convaincre citoyens, employés, gestionnaires et élus d’en faire plus. Les organismes voués à la protection de l’environnement seront aussi sollicités pour sensibiliser la population.

Plusieurs titres d’emplois pourraient ainsi avoir la cote comme les écoconseillers, les responsables en gestion des matières résiduelles et les coordonnateurs en environnement et développement durable. D’après Ginette Bureau, «les ingénieurs spécialisés dans l’analyse du cycle de vie des produits et les designers industriels spécialisés en écoconception seront également recherchés».

Des restes de table qui promettent

Si seulement 12 % des restes de table et résidus verts générés par le secteur municipal ont été récupérés et valorisés en 2008, la nouvelle cible pour l’ensemble de la matière organique putrescible résiduelle, fixée à 60 % pour 2015, promet beaucoup. «La création d’une filière énergétique verte procurera de l’emploi aux futurs techniciens en biométhanisation et en compostage», prédit Ginette Bureau.

Dans ses deux centres de traitement, situés à Bury, en Estrie, et à Saint-Henri-de-Lévis, près de Québec, Biogénie transforme déjà des matières et résidus organiques en compost, en terreau et en biomasse. Élisabeth Petit, coordonnatrice, Gestion du capital humain, voit d’un bon œil l’interdiction prochaine d’enfouir ou d’incinérer cette matière organique. «Cela va créer de l’emploi du côté des opérateurs d’équipements de biométhanisation, des opérateurs de centres de compostage, des conseillers techniques et des agronomes.»

Pour répondre à la demande, le Cégep de Rivière-du-Loup offre depuis mars 2012 une AEC intitulée Techniques de biométhanisation et de compostage. «On y formera des techniciens pour les usines de traitement des matières résiduelles organiques par biométhanisation et compostage, résume Manon Bossé, responsable du programme. On prévoit que six finissants seront embauchés à la première usine construite à Rivière-du-Loup.»

Pas de doute : la valorisation de nos déchets constitue un moteur d’emploi. Et de beaux défis attendent les travailleurs du secteur, comme faire en sorte que l’on mette à la poubelle notre vieille habitude de tout jeter.

EN 2015, LES QUÉBÉCOIS DEVRONT RECYCLER :
• 70 % du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal
• 60 % des matières organiques putrescibles
650 millions de dollars seront investis pour atteindre ces objectifs

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Dans ce dossier

– Environnement : des emplois mal connus

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