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L’emploi en foresterie : la tête sur le billot

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L’industrie forestière du Québec joue son avenir ces jours-ci. Avec toutes les embûches qu’elle connaît, elle n’a plus le choix : elle doit se réinventer! Pour réaliser ce grand virage, l’industrie et le gouvernement du Québec devront investir massivement en argent, en efforts et en transformation des mentalités pour permettre à la forêt de continuer à jouer son rôle de moteur économique.

Il n’y a pas à dire, dans la forêt québécoise, tout tombe! Depuis le fameux documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie, L’Erreur boréale, qui a mis à mal l’image de l’industrie forestière de la province, on a fermé l’usine de papier d’Abitibi-Consol Port-Alfred à Saguenay. Le conflit canado-américain sur le bois d’œuvre persiste, avec une taxe de 27 % sur les produits québécois exportés aux États-Unis et la perte de milliers d’emplois en région. Et la relance de l’usine de papier Gaspésia, à Chandler, s’est empêtrée dans un imbroglio politico-syndicalo-financier qui présage mal pour l’avenir de la compagnie.

Cerise – ou cocotte – sur le sundae : le rapport Coulombe!

Pour donner suite aux travaux de la Commission sur la gestion de la forêt publique québécoise présidée par Guy Coulombe, le gouvernement du Québec a réduit de 20 % la possibilité forestière sur les résineux dans tout le Québec, en mars dernier. L’industrie forestière craint la perte de 10 000 à 15 000 emplois directs et indirects, que ce soit dans la forêt, les scieries, les usines ou les ateliers à la suite de cette décision.

Toute une gueule de bois!

Ce portrait dépressif de la foresterie québécoise n’est pas faux. Mais comme l’arbre qui cache la forêt, ce chapelet de nouvelles chagrines qui tapissent les médias nationaux masquent une réalité incontournable : la foresterie québécoise est plutôt pleine d’avenir! Il faudra cependant qu’en région, dans les officines gouvernementales et les bureaux des PDG de l’industrie, on s’ouvre les esprits…

Une forêt sollicitée

De plus en plus de gens – des passionnés de plein air aux autochtones – veulent avoir accès à la forêt et les besoins mondiaux de bois n’ont jamais été aussi importants.

Ce feuillu n’étant pas visé par la réduction de 20 % de la possibilité forestière, les industriels et les élus avaient intérêt à changer leurs habitudes pour tirer le maximum de valeur de cette «mauvaise herbe». La région s’est donc retroussé les manches et en fait maintenant des planches – et de la sciure, en faisant les planches – qui servent à fabriquer des panneaux, des cercueils ou des composants de palettes de transport. «Nous avons créé plus d’emplois que nous en avons perdu depuis avec la réduction de coupe de 20 %», se félicite Richard Savard.

Pour répondre à ces demandes sans transformer le Québec en désert, la très grande majorité des personnes qui sont intervenues auprès de la commission Coulombe ont affirmé qu’il faudra couper, transformer et planter autrement. Il en va de l’avenir de l’industrie, de ses emplois et surtout de plusieurs régions.

Avec la loi 71, qui réduit de 20 % les possibilités de coupes, il y aura moins d’arbres à couper, c’est sûr. Mais perdra-t-on réellement 15 000 des 150 000 emplois que comptent les secteurs de cette industrie, comme le prédit le Conseil de l’industrie forestière du Québec? Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, prédit plutôt des pertes d’emplois minimales, voire inexistantes. Difficile pour l’instant de savoir qui dit vrai.

Le Québec devra passer de la production de gros volumes de produits peu transformés comme les colombages ou le papier journal à une production orientée vers la qualité, la précision et l’innovation.
Ahmed Koubaa, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la valorisation, la caractérisation et la transformation du bois

L’une des issues de secours proposées çà et là en région consiste à ne plus voir la forêt comme seulement une source de planches ou de copeaux! Les «arbres debout» ont une valeur et ont plusieurs usages alternatifs, dont les activités de plein air et de tourisme, ainsi que la récolte de champignons ou de bleuets ou de végétaux pour la fabrication d’huiles essentielles, par exemple.

D’autres usages sont encore plus prometteurs, comme la biopharmaceutique. C’est que les arbres québécois couvent parfois dans leurs feuilles, leurs écorces ou leurs racines des éléments qui peuvent servir, par exemple, à combattre le cancer! C’est le cas de l’if du Canada, un arbuste de la famille des conifères présent presque partout au Québec, qui contient du taxol, une molécule anticancéreuse. «Le marché mondial du taxol a atteint deux milliards de dollars américains en 2000», fait valoir André Pichette, responsable du Laboratoire d’analyse et de séparation des essences végétales de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Dans le cadre d’un projet pilote, son équipe récupère les déchets d’écorce de bouleau jaune d’une scierie pour en tirer un autre agent antitumoral, l’acide bétulinique.

Moins gros et plus fin

Les gagne-pain plus traditionnels de la forêt risquent aussi de changer. Pour survivre, en effet, toute l’industrie est appelée à accélérer le virage vers la troisième transformation.

«Le Québec devra passer de la production de gros volumes de produits peu transformés comme les colombages ou le papier journal à une production orientée vers la qualité, la précision et l’innovation», juge Ahmed Koubaa, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la valorisation, la caractérisation et la transformation du bois. Il pense notamment à la fabrication de portes et fenêtres, de papiers fins, de dessus de table ou de planchers de bois franc.

Pour en arriver là, il y a encore du chemin à parcourir. Selon une étude du ministère des Ressources naturelles et de la Faune de 2003, encore 72 % de nos résineux et 46 % de nos feuillus sont exportés tels quels quand ils sortent des scieries, sans transformation additionnelle. Le portrait n’est pas plus réjouissant du côté de la recherche et développement. Selon la publi cation spécialisée dans le domaine Re$earch Money, sur les cent compagnies canadiennes qui ont le plus investi en R-D au cours de l’année 2004, il y a une seule forestière : Tembec.

L’exemple du Bas-Saint-Laurent

Le Bas-Saint-Laurent a déjà expérimenté une réduction dramatique de la possibilité forestière de ses résineux, bien avant le reste du Québec, en 2000. Ne restait plus que le peuplier faux tremble, ou presque, à se mettre sous la dent de scie!

«C’est comme de la mauvaise herbe : il est abondant ici et il pousse vite, mais il ne sèche pas comme les autres essences et il est dur à scier. Avant 2000, les compagnies le laissaient donc en forêt ou transformaient leurs beaux billots de peuplier faux tremble en copeaux», raconte Richard Savard, adjoint à la direction et responsable des dossiers forêts à la Conférence régionale des éluEs (sic) du Bas-Saint-Laurent.

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