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L’économie par la bande

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Les politiciens aiment s’emparer du terme «économie» pour nous le servir à toutes les saveurs : «plan économique, discours économique, plateforme économique.» Mais pourquoi les ministres, députés et consorts nous resservent la même soupe tous les jours en l’assaisonnant du distingué vocable pour mieux nous promettre des lendemains qui chantent? C’est simple : on peut lui faire dire tout et son contraire.

Si les mots mêmes en viennent à pervertir les plus vertueux concepts, pourquoi ne pas y aller en images? Voilà le défi relevé par Michael Goodwin et Dan E. Burr dans leur album Economix, la première histoire de l’économie en BD. Jamais ne m’était venue à l’idée que je lirais une bande dessinée pour L’effeuilleur. Comme il faut une première à tout, je me suis exécuté. Non sans plaisir!

L’auteur ne néglige rien pour rendre le tout digeste sans contourner les auteurs qui ont soutenu les grandes thèses économiques : Smith, Ricardo, Marx, Keynes pour ne nommer que ceux-là.

En plus d’un talent imparable pour la narration, Goodwin fait preuve de perspicacité dans son interprétation de l’histoire. Quand il traite de la croissance soutenue des années d’après-guerre, principalement au début des années 50, il dénonce l’erreur d’aménager les villes en fonction des voitures en incitant les travailleurs à vivre en banlieue grâce à leur bagnole.

Et ce type de développement a d’ailleurs façonné les mentalités! Comme l’a déjà mentionné l’humoriste François Parenteau, à écouter les promesses électorales, on pourrait croire que les voitures ont le droit de vote…

Sans doute pour ne pas égarer son lecteur, Goodwin consacre une bonne partie du livre aux trente dernières années. Bien des politiciens toujours en place y sont illustrés. Beaucoup des thèmes abordés (crise en Grèce, endettement des pays du tiers-monde, subprimes) vers la fin de la BD demeurent le lot quotidien de nos bulletins de nouvelles.

Bien que déplorant les dérapages nombreux de l’économie dite de libre-marché, l’auteur ne mène pas pour autant la circulation du capital en procès. Il en dénote même certains avantages en les plaçant judicieusement dans leur contexte historique. De même qu’il ne se gêne pas non plus pour illustrer les dérives autoritaires du socialisme en certaines époques tout en soulignant sa pertinence dans un contexte donné. Cela dit, il prône un certain équilibre entre une planification sur le plan des services et une libre circulation pour les marchandises.

À noter que le coup de crayon à gros trait de Dan E. Burr sert bien le but ultime de ce (presque) guide : la vulgarisation.

Economix

Economix, la première histoire de l’économie en BD
par Michael Goodwin et Dan E. Burr
Éditeur : des Arènes

ISBN : 978-2-35204-243-3

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