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L’art de la pêche urbaine

Photo : Valérian Mazataud


Pas besoin de s’envoler pour la Baie-James pour s’offrir une inoubliable partie de pêche, la ligne orange fera l’affaire.

Métro, boulot, à l’eau

Au petit matin, alors que la rosée perle encore au bout des brins d’herbe, «les achigans, tu peux les voir attaquer», confie Étienne Gautier. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, et quelques gouttes de pluie viennent même troubler la quiétude du bassin Peel, niché au cœur du vieux port industriel de Montréal.

Au-dessus du plan d’eau gronde l’incessant va-et-vient de l’autoroute Bonaventure, au nord les wagons de Via Rail percent l’air frais du matin, et derrière le pêcheur l’enseigne «Farine Five Roses» vient à peine de s’éteindre. Bienvenue dans l’univers des pêcheurs urbains, les street fishers, comme on dit outre-Atlantique.

La pratique s’est développée depuis les années 1980, au Japon et aux États-Unis, avant d’arriver en Europe. «C’est très répandu en France, mais assez peu au Québec. Ici, ça commence doucement», estime le jeune Français, installé à Montréal depuis quatre ans.

Les ingrédients de la pêche urbaine? La mobilité et la légèreté tout d’abord, pour contrer le mythe du grand-père assis au bord de l’eau avec sa bière. «Il m’arrive de faire plusieurs kilomètres en une matinée de pêche», explique Étienne Gautier, qui est fils d’un guide de pêche. Certains amateurs se sentent même plus d’affinités avec des graffeurs ou d’autres tribus urbaines comme les skaters. «C’est une autre manière de se réapproprier la ville.»

Le pêcheur urbain voyage donc léger, avec un simple sac à dos et une courte canne à pêche pour se faufiler dans les transports en commun. Dans son sac? Des leurres, ravissantes imitations de vers et de poissons en caoutchouc, colorés et parfois même aromatisés, l’indispensable équipement pour la chasse aux carnassiers qui peuplent les eaux des villes de la province.

Certains ont du mal à le croire, mais le canal Lachine est loin d’être mort. Les carpes y frétillent, les brochets y rodent, les dorés restent aux aguets, et les maskinongés et autres achigans à grande ou petite bouche ne sont pas en reste.

Les prises ne sont pas rares, «en moyenne six ou sept dans une bonne journée», estime Étienne Gautier. Et il le prouve. La canne à pêche tendue vers le ciel, il mouline, alors qu’un maskinongé, musky pour les intimes, bataille ferme. C’est finalement une bête de 60 cm aux dents acérées qu’il sort de l’eau, «un bébé», insiste le pêcheur, qui ne garde sa prise que l’instant d’une photo. C’est un des points essentiels de la pêche urbaine, le no kill, ou catch and release, attraper et relâcher. «On ne jette rien et on relâche le poisson de manière qu’il puisse survivre et se reproduire.»

Un aspect éthique, mais également pratique, puisque les eaux urbaines sont souvent lourdement polluées.

Au Québec, c’est le ministère des Ressources naturelles et de la Faune qui fixe les règles. La plupart des plans d’eau et des berges de la province sont en accès libre et chacun peut y pêcher, muni d’un permis. «On a déjà attrapé un musky de un mètre vingt au pied du casino de Montréal!» L’activité est permise toute l’année, hormis au printemps, durant la période de reproduction.

Petit guide du pêcheur urbain montréalais

Qui dit pêche urbaine dit pêche sportive. Tout le contraire du papy assis au bord de l’étang. Pour vous aider à vous lancer, voici quelques indispensables.

La tenue doit être confortable, plein air et urbaine, disons. Pas d’impératif, sinon un coupe-vent et de bonnes chaussures de sport.

Pour se déplacer, on préfère la marche, le vélo, les transports en commun et autres transports alternatifs.

Dans un sac à dos pas trop gros, on glisse :
− Bouteille d’eau
− Casse-croûte pour les longues journées
− Cadenas de vélo ou carte Opus (et horaire des trains de banlieue)
− Couteau
− Pince
− Ciseaux
− Coupe-ongles
− Ruban à mesurer
− Balance à ressort
− Lunettes polarisantes
− Lampe de poche
− Carte des lieux avec votre itinéraire
− Appareil photo pour immortaliser vos prises
− Cellulaire

Le secret est d’apprendre à être sélectif dans son matériel de pêche en se renseignant sur les espèces présentes à chaque endroit.

− La canne doit être petite et légère, de manière à se glisser sur un porte-bagages ou dans le métro.

− Dans une petite boîte de pêche, rangez vos hameçons, fils et autres, ainsi qu’une sélection de leurres artificiels (leurres souples et poissons nageurs).

L’idéal au début est de repérer votre trajet sur une carte, en prévoyant, par exemple, les transports en commun à l’arrivée et au départ, ou en traçant une boucle. Un pêcheur urbain peut facilement marcher plusieurs kilomètres.

Dans la philosophie de la pêche urbaine, on relâche ses proies, mais certains pêcheurs montréalais assurent que le poisson de la métropole est tout à fait comestible. À vous de choisir.

Si vous optez pour la version gastronomique, pensez au réchaud et aux fines herbes!

Texte avec la collaboration de Mélanie Thibault

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