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Job de rêve : caméraman sous-marin

Mario Cyr

Mario Cyr, caméraman sous-marin
Photo : Pascal Kobeh

Mario Cyr scrute les eaux glacées à la recherche des meilleures images.

Je plonge dans les eaux glaciales pour ramener des images, destinées au cinéma et à la télévision. Les terrains de jeu de mon enfance, les plages de Grande-Entrée aux Îles-de-la-Madeleine, m’ont inspiré à aller voir sous la surface de la mer.

Au début, je plongeais dans les lagunes intérieures de l’archipel, même l’hiver. Le froid gagnait presque la moelle de mes os. Aujourd’hui, je peux rester six ou sept heures dans des eaux à basse température, puisque mon corps s’y est adapté progressivement. Mon créneau, c’est la glace, le «polaire». J’ai tourné plus de 70 documentaires; voyagé sur le Sedna IV, une goélette à 3 mats, et utilisé la plus récente caméra 3D. Certaines expéditions me mènent dans les coins les plus reculés du globe, aux latitudes extrêmes du Nord et du Sud.

Bien sûr, mon métier présente certains risques. Par exemple, les phoques du Groenland me croquent parfois les chevilles. L’animal le plus redoutable est le phoque-léopard, qui laisse les manchots pêcher à sa place. Quand les oiseaux reviennent à la surface, le ventre bien plein, le mammifère en tue quelques-uns pour se gaver du krill dans leur panse. Pour s’amuser, les phoques-léopards peuvent planter leurs dents dans la chair des plongeurs. Ils me font peur.

Il m’est arrivé d’attendre jusqu’à trois semaines pour prendre une seule image, les créatures marines recherchées n’étant pas au rendez-vous. D’autres endroits sont si grouillants de vie que je ne sais plus où fixer l’objectif de ma caméra. Quand des millions de sardines remontent la côte est de l’Afrique du Sud, des dauphins exaltés et des requins affamés s’approchent pour s’offrir un festin; les baleines, plus sereines, viennent manger le même krill que les sardines; puis, les fous de Bassan plongent du ciel dans cette soupe.

Un autre défi de mon métier est de faire entrer les colosses sous-marins dans l’image. En nageant dans le sillage d’une baleine bleue durant cinq heures, je me suis déjà demandé sous quel angle la cadrer. Il s’agit quand même du plus gros animal de la planète!

La plongée a beaucoup changé depuis les premiers hommes-grenouilles. L’expertise nous vient, notamment, de la NASA, qui la transfère de l’espace aux océans. Les profondeurs sont, d’ailleurs, peuplées de créatures aux airs extraterrestres, comme les cténophores transparents et lumineux qui se déplacent en ondulant leurs cils.

Ma religion, c’est la mer. Je ne m’en éloigne jamais longtemps. Quand ça arrive, le souffle me manque!

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