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IQT Solutions ou la trappe des subventions

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Ça doit être le rêve des anciens travailleurs d’IQT Solutions : que les administrateurs de cette entreprise de centres d’appels fermée sauvagement en juillet subissent le sort du gros vilain Goldfinger, dans le film du même nom de la série des James Bond, soit se faire aspirer dans le vide par un hublot brisé de leur jet privé. Juste à imaginer le son qu’un tel transfert produirait, on sent déjà les endorphines s’activer. Bref, ça fait du bien.

Les contribuables, eux aussi volés, voudraient venir déclarer : le sort en est jeté, balancez-moi tout ça aux lions, qu’on en finisse.

Car c’est avec le fruit de l’effort des contribuables, et en leur nom et celui de leur bien-être infini, que cette entreprise a pu prendre place au Québec. Il fallait verser des subventions de plus de un million de dollars afin de voir se réaliser le rêve historique de toute une nation : qu’un gros centre d’appels amerloque daigne brancher son téléphone dans la belle petite province.

Ça rappelle un autre cas historique du même genre : fermeture sauvage d’un centre d’appels américain, cette fois-là en Gaspésie, après réception d’une flopée de subventions (en dizaine de millions de dollars) en 2005. C’était d’autant plus odieux que toute la région autour du village de Caplan s’appuyait sur cet espoir de jobs arrivés du ciel pour sortir le patelin du désespoir économique qui l’affligeait depuis la fin des pêches.

En matière de création d’emplois, il n’y a jamais rien de magique. Vous croyez vraiment que le magicien Luc Langevin est capable de faire léviter le corps des vedettes du p’tit écran? C’est la même chose lorsqu’il se crée de l’emploi par enchantement : il y a un truc derrière et ça s’appelle des subventions. Si tous les pays, provinces, États et villes usent de la ruse, au Québec, c’est notre tour de prestidigitation fétiche. Répété quelques dizaines de fois par mois. Il y a bien quelques variantes sur le même thème, de la subvention directe au prêt sans intérêts, avec intérêts, ou simplement la caution de prêt, en passant par de l’aide pour ci, pour ça ou pour rien, sinon les élections qui s’en viennent.

Le tour a été si raffiné que l’État québécois en a développé une dépendance affective. Comme toute dépendance, cela a un prix : au moins six milliards de dollars par année pour le gouvernement québécois. En incluant les subsides fédéraux, le Québec accorde pas loin des deux tiers de toute l’aide qui se verse aux entreprises au Canada.

Est-ce vraiment nécessaire? En tout cas, ça a l’effet pervers de développer une addiction aussi chez certaines multinationales, comme Dow Chemicals. Récemment, le PDG de cette compagnie américaine inaugurait une usine dans le Maryland après avoir reçu des millions en subventions de l’État et de la ville. Mais, bourru, il grogna que ce n’était pas assez. Il en réclamait davantage du gouvernement fédéral de Washington, en plus de le sommer de revenir aux taux d’imposition de l’ère Reagan, c’est-à-dire proche du néant. Un baiser avec ça? Les Chinois le font, rétorque-t-il!

Tout le monde le fait parce que tout le monde le fait. Mais au jeu des subventions, personne ne gagne.

Et c’est bien là le problème. Tout le monde le fait parce que tout le monde le fait. Mais au jeu des subventions, personne ne gagne, sauf les actionnaires des entreprises. La somme totale des emplois est toujours la même, juste répartie autrement. Ainsi, trop maigres comparativement à celles versées par l’État du Tennessee et la ville de Memphis, les subventions québécoises n’ont pu retenir la loyauté d’Electrolux l’an dernier. La semaine suivante, le Nevada perdait un projet prometteur dans le domaine de l’aéronautique au profit de Saguenay, avec les largesses du maire Jean «lâ lâ» Tremblay. C’est ça, les subventions : some you win, some you lose.

Sans exiger des élus et fonctionnaires qu’ils résolvent la quadruple racine du principe de raison suffisante d’Arthur Schopenhauer, on pourrait quand même espérer qu’ils arrivent à certaines observations diligentes, comme l’ont fait les autorités de Nashville, avant de passer à l’acte. Les dirigeants de cette ville pas loin du Graceland d’Elvis s’apprêtaient à baiser les blue suede shoes des escrocs d’IQT en leur versant 1,6 million de dollars en subventions, en paillettes devant caméras et journaleux locaux comme le veut la coutume, lorsqu’ils ont appris ce qui s’était passé au Québec. La dulcinée a abandonné aussitôt son prétendant devant l’autel, même si, comme dans tous les coins de trous subventionnaires, le peuple réclame des jobs coûte que coûte.

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