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Ingénierie : les emplois du Plan Nord


Les ingénieurs seront des acteurs de premier ordre sur l’immense chantier du Plan Nord, qui représente une occasion rêvée pour les jeunes de voir leur carrière progresser à la vitesse grand V. Sur place, des ingénieurs constatent déjà les avantages du travail en région boréale.

Qu’il soit raillé ou célébré, le Plan Nord fait jaser. Mais pour les ingénieurs, ce grand chantier rappelle la taille de celui de la Baie-James, dans les années 1970, qui a permis à la profession de devenir l’une des expertises québécoises les plus prisées dans le monde.

Ce développement des ressources minérales, énergétiques, forestières et touristiques des régions nordiques du Québec prévoit entre autres le lancement de 11 nouveaux projets miniers qui pourraient se traduire, selon le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, par la création de 11 000 emplois durant la phase de construction et de 4 000 autres par année pendant l’exploitation.

Les ingénieurs miniers et géologues seront les plus recherchés sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec au cours des 10 prochaines années.

Par ailleurs, la moitié des investissements du Plan Nord d’ici cinq ans servira à l’aménagement d’infrastructures de transport (ex. : routes, mise à niveau d’aéroports, étude de faisabilité d’un port en eau profonde). On prévoit aussi le développement d’énergie renouvelable avec l’ajout de 3 000 MW d’hydroélectricité et 500 MW provenant d’autres sources comme l’éolien.

Autant de chantiers qui auront besoin de diplômés en génie. «Les ingénieurs seront des acteurs clés dans la conception et le développement des projets du Plan Nord. Les firmes de génie-conseil sont en bonne position, car elles détiennent déjà une solide expertise en hydroélectricité, dans les transports et dans les mines», confirme Johanne Desrochers, présidente-directrice générale de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ).

Ces dernières années, la demande croissante de services d’ingénierie a d’ailleurs encouragé plusieurs firmes à s’établir sur la Côte-Nord. En 2004, les firmes membres de l’AICQ y comptaient 4 bureaux, aujourd’hui elles en ont 13, de Baie-Comeau à Havre-Saint-Pierre en passant par Sept-Îles. «Certaines prêtent déjà main-forte aux minières pour effectuer des études de faisabilité et d’impact environnemental», ajoute Ghislain Poirier, président de l’Association de l’exploration minière du Québec – un partenaire du Plan Nord. BBA a entre autres ouvert un bureau à Labrador City en février 2010 pour se rapprocher de ses clients du secteur minier comme IOC et ArcelorMittal.

D’autres compagnies sont à l’œuvre en vue du prolongement ou de la réfection des infrastructures routières. Par exemple, le consortium GENIVAR/Aecom Tecsult assumera la gérance du prolongement de la route 167 jusqu’aux monts Otish, où se trouve le site diamantifère de la compagnie Stornoway Diamond.

Les spécialités recherchées

«Pour développer les ressources minérales et énergétiques, de même que les infrastructures de transport et de télécommunication, les ingénieurs civils, miniers, en génie géologique et génie électrique sont requis, expose Maud Cohen, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec. Les ingénieurs civils qui sont à l’œuvre dans tous ces types de projets seront particulièrement prisés. Or, on observe déjà une forte pénurie d’ingénieurs civils au Québec et une rareté également pour les autres [miniers, géologues, en électricité]. Si les annonces d’ouverture de mines et de démarrage de chantiers se multiplient, cela sera tout un défi.»

Une étude de la Table jamésienne de concertation minière, publiée en novembre 2010, confirme que les ingénieurs miniers et géologues seront les plus recherchés sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec au cours des 10 prochaines années.

On anticipe que les ingénieurs miniers occuperont des postes d’ingénieurs, de directeurs de mine et de surintendants, et les ingénieurs géologues, des postes d’ingénieurs et de spécialistes en mécanique des roches ou en contrôle environnemental et ventilation. D’autres spécialisations pourraient aussi être demandées, comme les ingénieurs métallurgistes, en mécanique, en électricité et civils.

Place aux jeunes

La relève en génie est donc recherchée et le Plan Nord constitue pour elle un beau tremplin. «On a besoin d’ingénieurs d’expérience pour piloter ces projets d’envergure, croit Johanne Desrochers. Mais comme il y a beaucoup de chantiers qui roulent présentement au Québec, on n’aura d’autre choix que de faire une place aux jeunes ingénieurs.» Le Plan Nord peut représenter une occasion en or de travailler sur de grands projets, lesquels permettent de toucher à diverses facettes de la profession, croit Maud Cohen.

Comme il y a beaucoup de chantiers qui roulent présentement au Québec, on n’aura d’autre choix que de faire une place aux jeunes ingénieurs.
– Johanne Desrochers, présidente-directrice générale, AICQ

Éric-Alexandre Normand n’a pas attendu le Plan Nord. Il a été embauché comme ingénieur junior chez Groupe-Conseil TDA, à Baie-Comeau, immédiatement après son baccalauréat en génie électrique à l’Université Laval, en 2008. Celui qui s’occupe de la réfection des systèmes de centrales hydroélectriques d’Hydro-Québec et de sociétés privées de la région se sent privilégié de travailler sur la Côte-Nord. «Comme les firmes de génie-conseil spécialisées sont moins nombreuses que dans les grands centres, en début de carrière nous sommes vite impliqués dans la conception et la gestion de projets.»

À 25 ans, l’ingénieur en génie électrique est déjà chargé de projets. Éric-Alexandre voit d’un bon œil toutes les occasions d’affaires que le Plan Nord présentera pour la compagnie… et pour lui.

Le Nord : une porte sur le monde

Stéphane Smith, 33 ans, est pour sa part ingénieur en mécanique à la mine Raglan de la compagnie minière Xstrata Nickel, située au Nunavik. Il y travaille depuis 6 ans suivant un horaire de travail de 21 jours consécutifs, puis 14 jours de congé où il retourne chez lui, à Belœil.

Stéphane est convaincu que le Nord-du-Québec lui a permis de faire ses classes plus vite. Il a débuté comme ingénieur de systèmes d’entretien en 2005, alors que la mine appartenait à Falconbridge, et a été promu coordonnateur Flotte et Fiabilité en mars 2011. Aujourd’hui, l’ingénieur est en charge du renouvellement et de la restauration de la flotte d’équipements mobiles de la mine, en plus de superviser une équipe de 10 employés composée d’une ingénieure d’entretien, de conseillers techniques, de planificateurs et d’adjoints aux planificateurs.

«En travaillant avec des équipes réduites et en faisant plus d’heures, on acquiert vite de l’expérience, dit-il. On m’a confié des responsabilités que je n’aurais pas eues si vite au Sud, comme participer avec d’autres ingénieurs du monde entier à l’implantation de notre système de gestion centralisé de la maintenance. Ici, des ingénieurs au début de la trentaine ont été nommés à des postes de haut niveau comme directeur et surintendant. Travailler pour les grandes minières du Nord-du-Québec qui exploitent des gisements dans d’autres pays ouvre également la porte à des expériences de travail à l’étranger.»

Au-delà de la carrière, ceux qui choisissent de s’éloigner pour travailler vivent une expérience humaine hors du commun et tissent des liens très forts avec leurs collègues. «Ici, un directeur mange à la même table qu’un mécanicien, illustre Stéphane. L’ambiance de travail est familiale. Côtoyer des employés issus des communautés inuites est également enrichissant sur le plan humain.»

Pour la carrière et la qualité de vie

Travailler en région, c’est aussi choisir un milieu de vie différent, apprécie Éric-Alexandre. «Tout le monde se connaît. Le rythme de vie est agréable. Je me rends au travail en 10 minutes, sans être pris dans les bouchons de circulation. Par ailleurs, la Côte-Nord est un véritable terrain de jeu pour les amateurs de nature et les adeptes de plein air.»

«Et comme le Plan Nord prévoit que le développement des ressources ne se fera pas au détriment du respect de l’environnement et des écosystèmes, les jeunes pourront mettre de l’avant les valeurs et les principes de développement durable qui leur sont chers», conclut Johanne Desrochers. Comme si toutes les bonnes raisons d’amorcer une carrière en génie pointaient vers le Nord!

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