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Infiltrer un vieil incinérateur montréalais

Mélanie Cantin sur le toit de l'incinérateur n°3, rue des Carrières
Photo : Valérian Mazataud


Aux limites du Plateau-Mont-Royal se trouve l’incinérateur n° 3. Un endroit insolite que les explorateurs urbains adorent visiter.

14 h

Un dimanche après-midi. J’arrive devant l’incinérateur n° 3, rue des Carrières, à Montréal. Inauguré en 1931, l’incinérateur, complètement reconstruit en 1970, a déjà été considéré comme le plus moderne en Amérique du Nord. Il a brûlé des tonnes d’ordures ménagères jusqu’à sa fermeture en 1993. Ses deux cheminées géantes de 75 mètres surplombent toujours le parc Laurier. Guillaume Clément, explorateur urbain, est déjà sur place. Puis arrive sa comparse Mélanie Cantin au volant de sa Mini.

14 h 10

Après avoir déterminé le plan de match, on amorce notre opération commando. Autour du bâtiment, la Ville possède des ateliers municipaux. «Il y a beaucoup d’activité ici; les employés risquent de nous dénoncer», dit Guillaume, qui part en éclaireur. On se faufile à tour de rôle le long d’un mur, tête et dos baissés. Puis, à l’aide d’une barrière renversée, on escalade une paroi de près de trois mètres pour monter sur un petit toit. Une vieille planche de bois fait office de pont nous permettant d’accéder au bâtiment principal, dans lequel nous pénétrons par une fenêtre brisée.

14 h 15

À l’intérieur, il fait noir charbon. Nous avançons dans deux centimètres d’eau dans un couloir traversé par une multitude de tuyaux. Plus loin, la terre ferme se révèle une épaisse couche de fientes de pigeons, jonchée de quelques squelettes d’oiseaux. Commence l’ascension d’escaliers de fer, qui ont parfois perdu des marches. À chaque étage, on découvre d’énormes monstres de fer : les incinérateurs, qui mesurent au moins cinq mètres de haut chacun.

14 h 22

«Voici la salle de contrôle», s’exclame Mélanie. L’espace est occupé par un immense tableau de bord qui ressemble à ceux qu’on trouve dans une tour de contrôle d’aéroport ou à la NASA! Mais l’électronique est rudimentaire. Les compteurs et les boutons sont brisés. Au sol traînent des notices techniques et des catalogues. Mélanie se rue dessus «pour voir s’il y a des dates».

14 h 40

Après avoir déambulé dans des halls sombres pleins de tuyaux et de turbines, on arrive au «clou du spectacle», annonce Guillaume, content. Le quatrième étage est baigné d’une douce lumière qui pénètre par les verrières. La salle est gigantesque, comme deux gymnases d’école. Au milieu, une immense fosse de 23 mètres de profondeur. «Les camions venaient y déverser toutes sortes de déchets», explique Guillaume.

De l’autre côté, une cabine de verre est perchée au-dessus du vide. À l’intérieur, deux sièges équipés de manettes et de pédales. «Ces postes servaient à guider les grues qui jetaient les ordures dans les broyeurs qui sont connectés aux incinérateurs», ajoute le jeune homme. Pour mieux voir les déchets, le plancher de la cabine était de verre. Vertige garanti!

15 h 25

Nous nous rendons sur le toit. Mais en sortant, Guillaume nous retient. «Il y a une fourgonnette rouge juste à l’endroit où nous sommes rentrés!» dit-il, avant de prendre discrètement une photo du coude qui dépasse de la fenêtre du véhicule. «C’est un gars de la sécurité de la Ville de Montréal!»

Nous prenons tout de même le pari de monter sur le toit en courant façon 007. Mais une fois en haut, des sirènes se mettent en marche! «Les pompiers!» s’exclame Guillaume, accroupi. Peut-être avons-nous été repérés? Ça ne serait pas la première fois que Guillaume se fait prendre. La tension est palpable. On attend. Coup de chance, ils ne sont pas venus pour nous! Les véhicules repartent au bout de quelques minutes.

Ouf! On décide tout de même de débarrasser le plancher!

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