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Immigrer au Québec et déchanter

Le taux d’emploi des immigrants est plus faible au Québec que dans les autres provinces canadiennes. Il importe d’y remédier.

Immigrer n’est jamais facile, où que l’on atterrisse. Il faut tout refaire : son papiers, ses repères, son réseau et, bien souvent, ses preuves sur le marché du travail.

Or, il est encore plus difficile pour un immigrant de trouver un emploi au Québec qu’ailleurs au Canada, selon le rapport Immigration au Québec : politiques et intégration au marché du travail, publié en 2010 par le Centre Interuniversitaire de Recherche en Analyse des Organisations (CIRANO). Un coup d’œil au taux d’emploi des immigrants d’ici par rapport à ceux d’autres provinces suffit pour s’en rendre compte :

taux_emploi

Et pourtant, ils ont été choisis

La situation est d’autant plus étrange que, grâce aux critères de sélection particuliers que la province mis en place dans les années 1990, les immigrants admis au Québec sont plus scolarisés que jamais. En 2006, 51 % avaient au moins un diplôme de premier cycle universitaire, comparativement à seulement 15 % en 1981.

C’est aussi au Québec qu’on accueille le moins d’immigrants ne connaissant ni le français ni l’anglais, soit 21 % (contre 27 % en Ontario et 35 % en Colombie-Britannique). Ainsi, 60 % de ceux qui se sont établis chez nous en 2008 connaissent le français, et 37 % parlent aussi l’anglais.

Alors où est le problème? Le rapport fournit quelques pistes d’explications, notamment la discrimination liée au lieu d’origine. Mais avant de crier au racisme, il est intéressant de constater que c’est surtout le fait d’avoir obtenu son diplôme à l’étranger qui nuit à l’employabilité.

Comme on peut le voir dans le graphique ci-dessous, les immigrants diplômés au Canada (en bleu) ont un taux d’emploi nettement supérieur à celui des diplômés de l’étranger (en jaune). C’est vrai partout au pays, mais encore plus au Québec.

taux_emploi-diplomes

Autrement dit, on assiste à tout un gaspillage de talents. Une situation qui mérite d’être corrigée pour des raisons qui vont bien au-delà de la rectitude politique. Afin d’atténuer le déclin de notre population active dû au vieillissement, nous n’aurons d’autre choix que d’admettre plus d’immigrants.

C’est d’ailleurs ce qu’entend faire le ministère de l’Immigration. D’environ 45 000 par an en 2008, les admissions devraient passer à 55 000 en 2010. Mais si ces gens restent sur la ligne de touche trop longtemps, soit ils iront ailleurs, soit ils deviendront dépendants des programmes sociaux.

Des solutions

Autant s’habituer à plus de diversité parmi les candidats à l’emploi. Selon Statistique Canada, un Montréalais sur trois sera issu des minorités visibles en 2031. C’est deux fois plus qu’en 2006.

Si le rapport cité plus haut demande au gouvernement du Québec d’en faire davantage pour aider les immigrants, il est intéressant de noter que les employeurs ont aussi la possibilité d’agir. En témoignent les initiatives prises par les lauréats des prix Best Employers for New Canadians, dévoilés la semaine dernière.

À défaut de version française dans les communications entourant ces prix, je me permets de traduire ici quelques exemples de mesures spécialement conçues par des employeurs à l’intention des immigrants récents :

  • Foire de l’emploi pour nouveaux arrivants (Banque de Montréal, Toronto)
  • Reconnaissance des diplômes internationaux dans le processus d’embauche (Banque de développement du Canada, Montréal)
  • Jumelage avec des employés de longue date (Rescan Environmental Services, services-conseils en environnement, Vancouver)
  • Stages rémunérés de six mois pour permettre l’acquisition d’une expérience canadienne (Fraser Milner Casgrain, cabinet d’avocats, Montréal)
  • Formation des recruteurs pour les amener à reconnaître et à traiter les problèmes interculturels dans le processus d’embauche (TransCanada, distribution de gaz naturel, Calgary)
  • Affichage de postes dans les médias des communautés culturelles (Toronto Community Housing, gestion de propriétés résidentielles, Toronto)

D’autres idées?

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