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Illustratrice juridique

Autoportrait : Delphine Bergeron

Autoportrait : Delphine Bergeron

Delphine Bergeron, illustratrice juridique

Delphine Bergeron sillonne les corridors du Palais de justice en quête d’accusés à dessiner sur le vif.

J’avais 12 ans quand j’ai vu les illustrations juridiques de Mike McLaughlin à la télévision. Ça m’a donné le goût. Aujourd’hui, Mike est mon collègue.

Chaque jour, je me rends au Palais de justice, puis je pars à la chasse : je sillonne les corridors avec ma planche à dessin et quand je vois de l’action, des caméras, j’entre dans la salle d’audience pour dessiner les accusés. Ensuite, je vends mes illustrations aux médias.

Je suis à mon compte. Deux lois me permettent d’exercer mon travail : celle qui autorise l’accès public aux procès et celle qui y interdit les caméras.

J’ai étudié en éducation spécialisée pour en venir à la conclusion que j’étais vraiment faite pour le dessin, que je pratique depuis l’enfance. Mais je n’aurais jamais cru que je pourrais gagner ma vie comme ça.

Un jour, il y a quatre ans, je me suis rendue au Palais et j’ai demandé comment ça fonctionnait. Petit à petit, j’y ai fait ma place. C’est le seul domaine où la photo n’a pas remplacé le dessin à des fins utilitaires.

Au Palais, je me sens à ma place. Je côtoie des journalistes, des avocats, des constables, même des juges. Ce que j’aime, c’est le défi : le visage humain est ce qu’il y a de plus difficile à illustrer, et parfois, j’ai seulement 10 secondes pour dessiner un accusé qui, par ailleurs, ne pose pas pour moi!

Je dessine directement à l’encre. J’applique les couleurs plus tard, dans mon bureau.

L’éthique est importante : l’accusé n’est jamais coupable tant qu’il n’a pas été jugé. Mes dessins doivent donc être les plus neutres possible.

Quand des causes touchent les enfants, je trouve ça difficile. Pour me détacher, j’écoute le moins possible les détails. Et quand je dessine des gars de gang, il m’arrive d’avoir peur. On ne sait jamais comment les accusés vont réagir.

La chose la plus surprenante qui me soit arrivée, c’est au procès de Nima Mazhari, le conjoint de Myriam Bédard : il voulait voir son portrait!

En réalité, les procès, ça ne m’intéresse pas. Au fond, c’est comme quand j’étais à l’école et que les cours m’ennuyaient : c’est le meilleur contexte pour dessiner!

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