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Harper : la pensée magique

intoit / Shutterstock.com

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En cette ère conservatrice majoritaire, soyons séditieux en laissant la science nous dire ce qu’elle pense des intentions du nouveau gouvernement en matière de développement économique.

Pourquoi cela est-il séditieux? Parce qu’avant le raz-de-marée bleu du 2 mai, le ministre des Sciences de ce même gouvernement croyait que la Terre a 6 000 ans et que les dinosaures ont côtoyé les premiers humains dans une paix relative.

Bref, les scientifiques ne figurent pas au rang des privilégiés de nos nouveaux élus. Prenons-les quand même à témoin.

Tout au long de la campagne, les conservateurs ont martelé leur plan de création d’emplois pour les Canadiens : des réductions d’impôt aux entreprises. Rien de plus, rien de moins. Ça a le mérite d’être simple.

Est-ce une bonne idée? En théorie, selon les évangiles de saint Ronald (Reagan, pas McDonald), oui. Les entreprises dont le flux de trésorerie est grugé par le fisc sont certainement moins en mesure d’embaucher des forces supplémentaires. C’est un aphorisme construit sur le même échafaudage que celui du «Aimez-vous les uns les autres» : c’est plein de bon sens.

Toutefois, au même titre que les commandements de J.-C. éprouvent de la difficulté à franchir le seuil de la respectabilité lorsqu’on se retrouve devant un Ben Laden ou un Khadafi, les études scientifiques démontrent que l’idée maîtresse des conservateurs en économie fait patate quand elle se heurte à la réalité. C’est le bon côté d’être toujours à la traîne des grands courants idéologiques qui traversent le monde : on a la chance de voir les autres se casser la gueule avant. Encore faut-il avoir la sagesse d’en tirer des leçons.

Les études scientifiques démontrent que l’idée maÎtresse des conservateurs en économie fait patate quand elle se heurte à la réalité.

Or, le gouvernement de Stephen Harper n’a pas cette sagesse. Cela fait 10 ans que nos voisins du Sud appliquent la même recette. Résultat : cette période caractérisée par les baisses d’impôt et la déréglementation a mené à un désastre sur le plan de l’emploi. Il s’est créé trois fois plus d’emplois durant le règne de huit ans de Bill Clinton, pourtant marqué par les réglementations environnementales et les hausses d’impôt pour les riches et les entreprises.

Aujourd’hui, les États-Unis constatent qu’il leur faudra au moins 10 ans avant que leur marché de l’emploi ressemble à ce qu’il était à l’aube des années 2000. Ça, c’est si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Chez nous, une étude menée par des chercheurs de Statistique Canada – encore eux, les malfrats! – montre que les dizaines de milliards de dollars dont ont bénéficié les entreprises canadiennes en réductions d’impôt depuis 2000 n’ont permis ni investissements, ni création d’emplois. Au contraire, les investissements en machinerie, infrastructures, technologies et création d’emplois ont diminué. S’ils représentaient 7,7 % du PIB en 2000, ils n’en constituaient plus que 5,5 % en 2010. Pendant la même période, le flux de trésorerie des entreprises a augmenté de 83 milliards de dollars, dont une bonne partie sert à rétribuer traders, financiers et spéculateurs à coups de commissions et de bonis.

Réplique du ministre des Finances fédéral, Jim Flaherty : «Oui, on est bien conscients de cette réalité, mais on persiste à croire que ça paiera un jour.» Si au moins il touchait du bois au même moment, ça ajouterait un degré de sophistication à la stratégie économique conservatrice.

Alors que les conservateurs songent à éliminer une partie des crédits d’impôt liés à la recherche et au développement (RD) et des subventions aux chercheurs, le Canada fait figure d’arriéré dans ce domaine. Comme l’annonçait l’Organisation de coopération et de développement économiques au lendemain des élections, l’effort en RD est jusqu’à cinq fois plus important dans les régions les plus prospères du monde, tels le Massachusetts, la Silicon Valley, le sud de la Finlande et le centre de la Corée du Sud.

En fait, sans la contribution du Québec, où la RD est la plus active grâce aux initiatives provinciales, le Canada se classerait sans doute quelque part entre deux petits pays d’Afrique. Deux petits pays qui, probablement comme le nôtre, ne doivent leur relative prospérité qu’à une exploitation effrénée de leurs ressources naturelles. En dehors du Québec et de l’Ontario, la RD se limite à inventer des plus grosses pelles pour creuser de plus gros trous.

Et nous mettre dedans?

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