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Fumisterie universitaire

Fumisterie universitaire

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Les fumistes de la fin du monde nous ont presque eus.

Certes, on n’a pas cru à cette histoire de flirt de la planète Nibiru avec la Terre, qui aurait provoqué une inversion des pôles, puis un méga séisme dès les premiers soubresauts d’une spectaculaire éruption de la caldera de Yellowstone, causée par une invasion de sauterelles génétiquement modifiées.

Mais nous avons été suffisamment assaillis par le pari de Pascal pour en parler à plein dans les médias. Tout d’un coup que ça ne serait pas faux…

Nous nous apprêtons à récidiver à la veille du Sommet sur l’éducation post-secondaire en laissant place aux élucubrations de la bande à Gabriel Nadeau-Dubois pour qui l’université n’est pas un lieu pour apprendre une profession. Apprendre une profession à l’université, c’est s’asservir aux diktats du marché.

Elle devrait converser avec la population étudiante. Parce que, pour la majorité, l’université n’est pas qu’un lieu de transmission du savoir universel. Sinon, il n’y aurait pas eu tout ce sirop autour de l’accessibilité aux études supérieures lors du Printemps érable. Eh oui, l’université est un centre de formation de main-d’œuvre. Il en est, d’ailleurs, ainsi depuis le 9e siècle.

S’il fallait autrefois 300 gars pour raser une forêt, il n’en faut que 3 pour créer un logiciel. Les 297 autres sèchent en servant du caffelatte aux 3 heureux élus.

L’université permet l’accès à une vie meilleure, qui repose, jusqu’à nouvel ordre, sur le fait d’avoir un bon boulot qui paie bien. Puis, l’argent, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour remplacer les efforts et les dangers liés à la chasse au mammouth afin d’assurer sa survie.

C’est ce que croit la majorité des étudiants, tout comme leurs parents et les élus. Quand la désindustrialisation de l’Occident a commencé dans les années 1970, les gouvernements ont cherché une porte de sortie. En regardant de près les statistiques, ils ont vu que les rares diplômés universitaires de l’époque (même pas 15 % au Québec) étaient moins victimes du chômage et mieux payés que la moyenne. La course aux diplômes universitaires était lancée!

Mais ils ont oublié un truc! L’abondance crée l’aubaine. C’est une loi économique – pardon! – une loi de la nature. L’abeille qui tombe seule sur une talle de fleurs détient une richesse incomparable aux yeux de la reine. Quand toutes les autres abeilles l’ont rejointe, son nectar n’a plus la même valeur.

En principe, on est moins idiot que les abeilles. Nous nous sommes donc crus capables de transformer notre économie de tailleurs de billots en économie de savants. Les gouvernements ont pensé qu’il suffisait de multiplier les diplômes pour que l’économie du savoir arrive. C’est le fameux principe du célèbre film de baseball Field of Dreams : build it, and they will come.

Ça n’a pas marché. S’il fallait autrefois 300 gars pour raser une forêt, il n’en faut que 3 pour créer un logiciel. Les 297 autres sèchent en servant du caffelatte aux 3 heureux élus. Depuis le début des années 1990 au Canada, il y a eu 2 fois plus de diplômés universitaires que de nouveaux emplois requérant un tel niveau d’instruction.

Aujourd’hui, 42 % des diplômés universitaires québécois occupent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. En entrant sur le marché du travail, les nouveaux diplômés gagnent 12 % de moins que ceux de la génération précédente au même moment de la vie.

Devant la multiplication des diplômés, le marché du travail a répondu par la surspécialisation. Vous n’êtes plus juste ingénieur, mais ingénieur électronique. Plus juste ingénieur électronique, mais ingénieur électronique en supraconducteur. Sauf qu’à multiplier les miroirs en les brisant en toujours plus de pièces, on finit par créer des miettes qui ne servent à rien. Il suffit d’un changement de technologie, d’un soubresaut économique dans le monde du supraconducteur, et vous ne répondez plus aux besoins du marché. Il n’y a plus qu’à retourner sur les bancs d’école pour devenir préposé aux bénéficiaires. À moins que celui-ci ne soit remplacé par des robots, comme nous prévient notre dossier à la une, qui porte sur la fulgurante percée de la robotique. Elle cogne à nos portes, celle-là!

Résultat : il y a des travailleurs sans emploi et des emplois sans travailleur. Les employeurs s’en plaignent. Toute la responsabilité de remédier au problème incombe aux individus, disent-ils. C’est une simplification à outrance de la très grande complexité du marché du travail actuel.

Lors du Sommet, les fédérations étudiantes feraient bien de s’intéresser moins au présent de leur juste part à payer et plus à leur futur de travailleur. Mais, surtout, elles devraient en parler à leur gouvernement.

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