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Femmes, réussite et chambre à coucher

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Les statistiques sont formelles : en Amérique, les femmes n’ont jamais autant étudié, travaillé et gagné d’argent. Leur réussite scolaire éclipse celle des gars, du primaire à l’université. Si la tendance se maintient, les générations montantes de femmes décrocheront les meilleurs emplois, les plus gros salaires, et ce, dans les industries économiquement favorisées.

Un siècle de lutte pour l’égalité aurait donc mené les femmes au sommet. Mais ce serait oublier que notre monde n’est pas dépourvu d’ironie, ni de paradoxes. Et que si une marée a le pouvoir de nous mener au large, elle peut aussi vite nous ramener au point de départ.

C’est ce qu’expliquait, au début des années 1990, la journaliste américaine Susan Faludi dans une brique de 700 pages intitulée Backlash.

Sa thèse soutenait que le fort mouvement féministe avait créé un puissant ressac, soit un discours ambiant sournois qui dépeignait la femme libérée comme seule, malheureuse, désincarnée, trahie par les illusions du féminisme. Son enquête révélait les rouages d’une nouvelle mécanique d’exclusion qui s’exprimait à travers de multiples stéréotypes envers la femme émancipée diffusés dans la culture populaire (films, etc.), en politique et dans les médias en général. Faludi avait nommé ce phénomène : la Revanche.

C’était il y a vingt ans, mais sa théorie n’a peut-être pas pris une ride. Elle adopterait toutefois aujourd’hui de nouvelles formes insidieuses. Notamment dans la chambre à coucher…

C’est que les femmes paieraient cher leur réussite professionnelle sur le plan de leurs relations amoureuses, affirment deux chercheurs américains qui dressent un portrait des mœurs sexuelles des jeunes d’aujourd’hui dans le livre Premarital Sex in America.

Alors que, d’un côté, les femmes gagnent du pouvoir sur le plan social et économique, de l’autre, elles en perdent dans tout ce qui touche à l’amour, explique Mark Regnerus, l’un des coauteurs, dans une entrevue accordée à un magazine Web américain.

L’homme a désormais toutes les cartes en main : tout ce qu’il doit faire pour coucher est d’inviter une fille à souper ou de lui envoyer un texto…

Fascinant, leur constat explique peut-être pourquoi tant de professionnelles intelligentes et indépendantes financièrement peinent à trouver un compagnon de vie.

C’est que les femmes, maintenant nombreuses à réussir socialement, sont dorénavant devant un bassin considérablement réduit de candidats mâles intéressants – c’est-à-dire de potentiels conjoints aussi éduqués qu’elles, qui ont une situation financière stable et qui ne sont pas des loser finis. Conséquence : les femmes qui réussissent se retrouvent désormais en compétition pour séduire les hommes – et non plus l’inverse.

Et cette petite guerre sévit devinez où? Au lit!

En effet, selon leurs recherches, 35 % des relations deviennent sexuelles à l’intérieur de deux semaines et 48 % en moins d’un mois. En accordant des faveurs sexuelles rapidement, les femmes pensent mettre les chances de leur côté pour former un couple. Mais elles se leurrent, affirment les auteurs. Leur disponibilité sexuelle, qui est maintenant généralisée et qui porte même le nom de hookup culture, donnerait tout le pouvoir à l’homme, qui bénéficie du coup d’une sexualité débridée sans devoir s’engager.

Le pactole pour lui, un possible cauchemar pour elle.

«C’est très frustrant pour les femmes, dit le sociologue Mark Regnerus. Elles pensent que, logiquement, leur succès social se traduira par une réussite sur le plan amoureux. Mais c’est presque le contraire qui se produit. En ce qui concerne les relations, l’homme a désormais toutes les cartes en main : tout ce qu’il doit faire pour coucher est d’inviter une fille à souper ou de lui envoyer un texto… Et si une dit non, probable qu’il en trouvera vite une autre qui, elle, dira oui.»

Auparavant, l’acte sexuel pouvait valoir jusqu’à un engagement de mariage, explique-t-il. Aujourd’hui, il ne vaut plus grand-chose, car il est devenu monnaie courante. Et la femme perd au change, car elle perd de sa valeur. Dans une société postféminisme où, bizarrement, le corps féminin n’a jamais été autant dénudé et exploité, les femmes devraient songer à se rhabiller, conseille l’auteur. Face aux hommes, elles devraient se préserver sexuellement, les faire patienter le plus longtemps possible. Que c’est probablement la seule façon pour elles de reconquérir leur véritable pouvoir…

Comme quoi, peut-être que les femmes ne pourront jamais tout avoir.

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