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Qui sont les dénonciateurs?

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Consciencieux et performants au travail, idéalistes sur le plan moral, les dénonciateurs forment une «espèce à part» qui fascine l’Américain Fred Alford, professeur de philosophie politique à l’Université du Maryland et auteur du livre Whistleblowers: Broken Lives and Organizational Power (Cornell Paperbacks, 2002).

Selon son évaluation, ils constituent moins de 1 % des travailleurs américains. Parmi eux, autant d’hommes que de femmes.

La plupart des employés qui dénoncent sont expérimentés; ils ont généralement plus de 40 ans, observent les spécialistes du phénomène. «Sans doute faut-il une bonne connaissance de son milieu de travail pour y détecter des anomalies», remarque le sociologue français Francis Chateauraynaud, qui a étudié des centaines de cas de «lanceurs d’alerte», une expression dont il est le père.

Ce sociologue observe peu de traits de personnalité communs chez ceux qui tirent l’alarme. Bon nombre disent toutefois avoir connu un épisode de «conversion» au cours de leur vie, grâce auquel ils se sont davantage éveillés à l’intérêt collectif. «Ce peut être la lecture marquante d’une œuvre philosophique ou un événement qui les a fait se détacher de la quête de succès personnel», dit Francis Chateauraynaud. Selon Fred Alford, ils sont aussi plus sensibles que la moyenne des gens aux conséquences d’une infraction ou d’une négligence sur autrui.

Le psychologue du travail Raymond David est quant à lui frappé par leur liberté d’esprit. «Ils ont la faculté de prendre des décisions en fonction de leurs valeurs et de leurs convictions, contre vents et marées, quitte à se retrouver seuls dans leur camp.»

Courageux? Certes. Mais bien peu se qualifient de héros. «J’ai simplement fait ce que j’avais à faire» semble être leur devise.

«Il y a en eux une certaine naïveté, estime le psychologue. Beaucoup n’ont pas conscience de l’ampleur du dérangement qu’ils vont causer au sein de l’organisation qu’ils attaquent, et de la brutalité qu’elle peut déployer pour se défendre.»

Fred Alford fait un constat semblable : la plupart des dénonciateurs qu’il a rencontrés pensaient qu’ils pourraient retourner à leur quotidien après avoir signalé une irrégularité dans leur milieu de travail, et que tout serait réglé en moins de deux. «Ils semblent dépourvus de la couche de cynisme derrière laquelle le commun des mortels s’emmure!»

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Dans ce dossier:
– Le cauchemar de dénoncer
– Pour ou contre les lignes éthiques?

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