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Être notaire dans un cabinet d’avocat

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Attirés par de nouveaux défis et le travail au sein d’une grande équipe, certains notaires décident de se joindre à un cabinet d’avocats. Trois d’entre eux nous font part de leur expérience.

Tiré du magazine Les carrières du droit 2014.

Jean-François Bilodeau, notaire au cabinet Heenan Blaikie de Sherbrooke, n’aurait jamais cru travailler un jour dans un grand bureau d’avocats. «Dès mes premières années d’études, le notariat m’est apparu comme la voie toute tracée pour moi, se rappelle Me Bilodeau. Je ne suis pas à l’aise avec le litige, je n’aime pas m’obstiner et je préfère toujours la conciliation à la confrontation.»

Dès son assermentation, en 2008, il a intégré l’étude notariale qui l’avait accueilli en stage. Son travail l’a toutefois amené à s’intéresser sérieusement à la fiscalité, suffisamment pour se spécialiser en faisant une maîtrise dans ce domaine à l’Université de Sherbrooke. «Ce nouveau diplôme m’ouvrait la porte des grands cabinets de comptables, de notaires et d’avocats», dit-il. Il a décidé de se joindre à l’équipe de droit des affaires de Heenan Blaikie, en 2009, pour se consacrer à ce qui le passionne : la fiscalité commerciale.

Aux futurs notaires qui sont attirés par le milieu des cabinets d’avocats, Jean-François Bilodeau conseille de prendre d’abord de l’expérience dans une étude notariale avant de se lancer.

De son côté, Sonia Rainville, notaire associée chez Fasken Martineau à Montréal, pratique depuis plus de 20 ans dans le domaine du droit immobilier et du financement hypothécaire et bancaire. Elle travaille principalement en développement, acquisition, vente et financement d’immeubles commerciaux, industriels et multirésidentiels d’envergure. «J’ai commencé ma carrière en ouvrant ma propre étude notariale, confie Me Rainville. Six ans plus tard, à la recherche de nouveaux défis, je me suis jointe à une plus grande étude de notaires au centre-ville de Montréal. Les transactions commerciales sur lesquelles je travaillais m’ont amenée à collaborer avec des cabinets d’avocats nationaux.» C’est grâce à ce réseau qu’elle a été engagée en 2003 chez Stikeman Elliott, et que le cabinet Fasken Martineau lui a proposé un poste d’associée, en 2008.

Dans la cour des grands

C’est avant tout l’ampleur des mandats à réaliser qui a attiré ces notaires dans les bureaux d’avocats… et qui les y maintient! «Pratiquer dans un grand cabinet d’avocats me permet de travailler sur des transactions commerciales d’importance, mentionne Me Sonia Rainville. Le droit immobilier, ça peut être aussi simple qu’acheter une maison en banlieue, mais dans les grands bureaux, on l’amène à un autre niveau. Par exemple, je peux accompagner un propriétaire qui veut implanter une tour à usage mixte [hôtellerie, commerces et copropriétés] au centre-ville, ou aider une compagnie à gérer l’installation d’un pipeline sur plusieurs terrains.»

Jean-François Bilodeau souligne également la diversité des dossiers à traiter, beaucoup plus vaste que dans une étude notariale traditionnelle. «On a beaucoup de clients commerciaux partout au Québec et au Canada, et certains qui ont des projets d’envergure internationale.»

Évelyne Chamard, notaire au cabinet de Grandpré Joli-Cœur, à Montréal, depuis 2012, apprécie elle aussi le défi que représentent les dossiers complexes. Celle qui a débuté dans un bureau d’avocats en 1996 comme adjointe juridique a graduellement gravi les échelons en devenant technicienne en financement, puis technicienne en droit des sociétés. Elle a été assermentée notaire en 2009, après avoir complété ses études tout en travaillant, et se spécialise aujourd’hui en financement commercial immobilier.

«Je peux travailler sur des transactions qui vont durer des années, dit la notaire. Par exemple, dans le cas de la vente de terrains industriels qui ont fait l’objet d’avis de décontamination et devant se conformer à un plan de réhabilitation, on procède aux ventes successives des terrains au fur et à mesure qu’ils sont prêts. Ce sont des mandats très intéressants.» Par ailleurs, son poste l’amène à se déplacer à travers le pays, dans des villes comme Toronto et Vancouver, pour participer à des conférences ou à des activités organisées par ses clients. «C’est une autre facette très motivante de mon travail»,
avoue-t-elle.

Une bonne entente

Tous assurent que la cohabitation avec leurs collègues avocats se déroule bien. Ils considèrent même que c’est un atout d’être entourés de professionnels aux expertises diversifiées. «On bénéficie de l’expérience du groupe et on peut échanger, note Me Rainville. En ce qui me concerne, rares sont les dossiers immobiliers où je n’ai pas besoin de mes collègues avocats spécialisés en fiscalité, en environnement ou en droit du travail.»

Me Chamard constate qu’il y a toutefois du chemin à faire pour amener les avocats à mieux comprendre le travail des notaires. «Nous ne sommes pas soumis aux mêmes règles de pratique», précise-t-elle. Cette différence peut parfois même devenir une source de tension. «Les notaires suivent certaines règles à la lettre et les avocats trouvent qu’on se prend parfois les pieds dans les fleurs du tapis… Il faut les sensibiliser aux règles qui encadrent notre profession. Il m’est déjà arrivé qu’un avocat me dise  : “Tu n’as pas besoin de recevoir tel client, je vais m’occuper de lui faire signer les documents”. Mais non, dans le cas d’un acte notarié, le client doit signer devant nous, c’est impératif.»

Conseils de pro

Aux futurs notaires qui sont attirés par le milieu des cabinets d’avocats, Jean-François Bilodeau conseille de prendre d’abord de l’expérience dans une étude notariale avant de se lancer. «C’est primordial de bien maîtriser toutes les notions de base, autant les aspects techniques, comme la confidentialité des dossiers et la garde des minutes, que les connaissances générales sur les successions, par exemple. Parfois, on est le seul notaire du cabinet, on devient vite la référence pour toutes les questions liées au domaine.» À ce titre, il suggère aussi de garder contact avec ses confrères d’études ou ses collègues d’anciens bureaux. «On ne sait jamais quand on aura besoin d’un conseil sur un sujet qui nous est moins familier», indique-t-il.

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