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Être archéologue

Michel Fortin, archéologue

Michel Fortin, archéologue, Université Laval
Photo : Guillaume D. Cyr

Dépoussiérage de mythes avec un archéologue de l’Université Laval.

Je suis archéologue depuis 30 ans. Très jeune, j’ai été fasciné par des livres et des films qui se déroulaient dans des contrées lointaines et riches en histoire, comme Les dix commandements (c’était avant Indiana Jones!). Je me suis donc spécialisé en archéologie du Proche-Orient.

J’ai dirigé plus d’une dizaine de campagnes de fouilles en Syrie, sur trois sites différents, dont un qui correspond à une ville de l’âge du bronze (entre 2500 et 700 avant J.-C.).

Chaque campagne dure environ trois mois. Ce sont de grosses opérations : l’une d’elles comptait entre quatre-vingts et cent ouvriers, une dizaine d’étudiants en archéologie, deux architectes et un photographe.

Il n’y a pas encore de moyens mécaniques pour faire les fouilles. Les ouvriers remuent la terre avec des pioches et des pelles. Moi, je supervise et je mets la main à la pâte quand la fouille doit être plus minutieuse, pour les objets à l’intérieur d’une tombe, par exemple. Je dois être très attentif : on peut faire une découverte à tout moment, comme des fragments de céramique, des jarres ou même des murs et des structures.

Le travail sur le terrain est ardu. Le chantier roule six jours par semaine. Pour éviter la chaleur accablante, on commence au lever du soleil, vers 4 h 30. À 13 h, la lumière est trop éblouissante pour continuer. L’après-midi est passé au campement, à compiler les découvertes du matin. On peut fouiller plusieurs jours sans rien trouver. La patience et la détermination sont nécessaires pour faire ce métier!

Il faut aussi composer avec les différences culturelles. Lors de ma première campagne en Syrie, j’ai voulu embaucher des femmes sur le chantier, ce qui n’est pas la coutume locale. Comme j’étais un étranger, les autorités ont accepté, à condition que je les paie moins cher que les hommes! J’ai refusé et ils ont plié.

Les gens nous perçoivent souvent comme des explorateurs en chemise kaki, mais le métier ne se résume pas à ça. Je consacre la majeure partie de mon temps à l’analyse, l’interprétation et l’enseignement, et le reste aux fouilles. C’est seulement au retour d’une campagne que je peux examiner la liste de tous les objets trouvés. Par exemple, si une pièce contenait plusieurs marmites, je peux conclure qu’elle était sans doute consacrée à la préparation des aliments.

J’ai fait ma plus belle découverte en 2010, toujours en Syrie : trois salles d’un entrepôt avec de grandes jarres datant de l’âge du bronze. Je devais y retourner en 2011, mais la situation politique m’en a empêché.

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