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Erasmus, un modèle pour la mobilité étudiante

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«Intense», «exaltant», «enivrant» : ces superlatifs marquent souvent le récit des anciens d’Erasmus, le principal programme européen de mobilité étudiante. Comme les protagonistes de L’Auberge espagnole, ce film de 2002 où Cédric Klapisch relate l’odyssée Erasmus d’un Français à Barcelone, nombre d’étudiants européens vivent l’expérience comme un rite de passage mi-festif, mi-existentiel. Mais, si grisante soit-elle, l’aventure fait-elle une différence dans leur CV?

Pour les étudiants d’Europe, partir en Erasmus, c’est bien plus qu’étudier à l’étranger : c’est adhérer à un réseau de jeunes habités du virus de la découverte interculturelle. Momentanément déracinés, ces ambassadeurs de cultures diverses se retrouvent, au moyen de réseaux sociaux ou de clubs Erasmus locaux, en petites bulles internationales sur leurs campus d’accueil. Solidarisés par des besoins pressants (comme se loger ou s’orienter dans la ville et l’université), ces étudiants «développent vite un langage commun, même s’ils ne parlent pas tous la même langue», explique Mariya Dineva, qui, en 2007, a quitté sa Bulgarie natale pour un semestre Erasmus à Madrid. Imprégnés de cette expérience, les ex-participants restent liés par un esprit commun, note cette diplômée en études européennes.

«Erasmus est une très bonne école de vie», croit Alexandre Heully, cofondateur du Cafebabel.com, un site Web participatif conçu par et pour les jeunes de la génération Erasmus. On y fait plus que l’apprentissage d’une langue, observe-t-il : «On fait face au choc culturel et on s’adapte à des environnements différents.»

Valeur professionnelle : réelle ou supposée?

Mais quels avantages ces acquis procurent-ils sur le marché du travail, une fois les études terminées? Si le prospectus du programme promet une employabilité et des perspectives professionnelles accrues, les données obtenues lors de la plus récente enquête sur la valeur professionnelle d’Erasmus (VALERA) sont plus mitigées. En 2006, 54 % des ex-participants estimaient que leur expérience avait compté dans l’obtention de leur premier emploi – alors que, 11 ans plus tôt, ce chiffre s’élevait à 66 %. De plus, seuls 16 % d’entre eux rapportaient bénéficier d’un salaire supérieur à leurs pairs «non mobiles».

C’est que l’impact d’Erasmus ne se manifeste pas tant en termes de rémunération ou de position hiérarchique qu’en types de compétences ou de qualités mises à profit, explique Constanze Engel, chercheuse au Centre international de recherche sur l’enseignement supérieur de l’Université de Kassel (Allemagne). Ainsi, les diplômés d’Erasmus ont plus que les autres l’occasion de faire valoir au travail leur souplesse, leur débrouillardise et leur sensibilité aux différences culturelles, ou de travailler à des tâches ou dans des entreprises à dimension internationale. Si leurs aptitudes linguistiques et interculturelles sont très prisées des employeurs sondés lors de l’enquête VALERA, explique la chercheuse, ceux-ci disent toutefois ne pas tenir mordicus à ce qu’elles découlent d’une expérience Erasmus. Une participation au programme n’est donc pas forcément synonyme de passeport pour l’emploi.

Pas de quoi décourager Gaëtan Vanistendael qui, en 2007, a terminé un semestre Erasmus à Rome. «Pour moi comme pour bien d’autres participants, les retombées professionnelles ne jouent pas un rôle si important.» Grisé par sa première expérience, l’étudiant belge a choisi de poursuivre l’aventure jusqu’à Bishkek, en Asie centrale, dans le cadre d’Erasmus Mundus, le volet international du programme. «Ça aurait été plus avantageux professionnellement de chercher un emploi à Bruxelles, dit-il. Mais je tenais à découvrir une autre langue et une autre culture, et je ne regrette absolument pas.» Ses études terminées, il a même choisi d’allonger son séjour pour faire un stage bénévole auprès d’une ONG.

Cette optique plus engagée qu’ambitieuse semble relever d’une tendance globale chez les participants : «Toutes les recherches que j’ai pu compulser sur Erasmus montrent que ce qui [les] intéresse d’abord, c’est la découverture culturelle, l’apprentissage des langues et la valorisation de leur parcours scolaire», précise Laure Endrizzi, chargée d’études à l’Institut national de recherche pédagogique (France).

Le lot d’une minorité

Malgré la fièvre qu’elle suscite, la mobilité Erasmus reste un phénomène marginal : à peine 1 % des étudiants des 31 pays concernés y prennent part. L’aide financière anémique, la lourdeur administrative tenace et la difficile reconnaissance des crédits cantonneraient le programme à cette faible participation. On est bien loin de l’objectif de 20 % de mobilité étudiante que la Commission européenne vise pour l’horizon 2020. Alors que les instances paneuropéennes prennent de l’essor (la mise en place du Service européen pour l’action extérieure, sorte d’ambassade de l’Europe, générera des milliers d’emplois d’ici 2012), elles ont intérêt à cultiver la pépinière de diplômés Erasmus. «Selon moi, le principal bénéficiaire d’Erasmus, c’est l’Union européenne, soutient Mariya Dineva. Le programme a créé une génération de jeunes motivés, enthousiastes et convaincus de l’importance de l’Europe, qui sont plus que jamais disposés à travailler pour elle.»

 

Erasmus Mundus
De 2004 à 2009, 98 étudiants canadiens ont pris part à Erasmus Mundus, le volet international de ce programme européen de mobilité.

Erasmus en bref

Date de création : 1987
Description : Permet aux étudiants universitaires européens d’effectuer, sans coûts supplémentaires, une partie de leurs études dans un autre établissement du continent et d’obtenir un diplôme de leur université d’origine.
Portée : 31 pays (soit les 27 membres de l’Union européenne, plus la Norvège, l’Islande, le Liechtenstein et la Turquie); 90 % des universités européennes y prennent part.
Participation : 2 millions de participants de 1987 à 2009, dont 180 000 en 2009.
Âge moyen des participants : 22 ans.
Durée moyenne de la mobilité : 6,2 mois.
Destinations vedettes : Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni et Italie (dans l’ordre) avec 62 % des participants.
Programmes vedettes : Commerce (20 %); langues (15 %); sciences pures, informatique et médecine (12,5 %).

Source : Commission européenne

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