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Emplois controversés : vendeur de cigarettes

«Tu fais quoi dans la vie?» figure parmi les premières questions posées lors d’une nouvelle rencontre. Répondriez-vous la vérité si vous étiez dans le tabac, la porno ou le droit criminel? Trois professionnels dévoilent leurs dilemmes moraux – s’ils en éprouvent – et les réactions de leur entourage par rapport à leur emploi souvent considéré comme… immoral.

«T’as pas honte de tuer des gens tous les jours à ton travail?» Luc Fréchette est resté stupéfait en entendant cette accusation de la part d’une Britannique qu’il venait de rencontrer dans une auberge de jeunesse en Argentine, pendant ses vacances en 2008. Son titre de vérificateur chez Imperial Tobacco Canada a souvent généré des réactions négatives, mais cette fois, c’était hors norme. «Au moins, tu n’es pas au marketing, avait-elle enchaîné. Là, tu n’aurais vraiment pas eu d’âme.» Le jeune homme a préféré ne pas préciser que son travail consistait notamment à valider la publicité.

Luc Fréchette, 31 ans, a quitté l’industrie du tabac il y a deux ans. Rien, sauf sa volonté de défendre son ancien emploi avec vigueur, ne laisse deviner qu’il a déjà travaillé dans ce secteur. Il ne fume pas – sauf en de rares occasions –, ne nie pas les conséquences néfastes des cigarettes, «n’est pas à l’argent» et critique ouvertement certaines pratiques des compagnies de tabac, particulièrement dans les pays en développement. Surtout, les questions éthiques «sont très importantes» à ses yeux.

En 2006, après deux ans dans une petite agence, ce gestionnaire de projet marketing souhaitait acquérir de l’expérience dans une multinationale. Parmi les options sur la table figuraient l’agroalimentaire et la pharmaceutique. «Au bout du compte, j’avais davantage de conflits moraux à vendre des produits dont on ignore les conséquences à long terme sur la santé – et je suis persuadé qu’il y en a – que du tabac.»

Dans le cas de ce dernier, le consommateur possède toute l’information nécessaire pour prendre une décision réfléchie, estime Luc Fréchette. «Fumer est un choix individuel et, au Canada, personne ne peut ignorer les effets nocifs de la cigarette. Quand tu achètes un paquet, 50 % de l’emballage rappelle que c’est mauvais pour la santé.»

Sa carrière a évolué rapidement au sein d’Imperial Tobacco Canada. D’abord représentant des ventes, puis responsable d’un projet de distribution, il a décroché un poste de vérificateur interne en 2008. Ses nouvelles fonctions l’ont amené à voyager aux quatre coins du globe, partout où British American Tobacco (BAT) – le propriétaire d’Imperial Tobacco Canada – possède des filiales.

Son rôle consistait entre autres à s’assurer que la stratégie de marketing respectait les lois des pays où BAT fait des affaires, ainsi que les standards de l’entreprise, «qui sont souvent plus élevés que les règlements locaux». Par exemple, le fabricant interdit la publicité télévisée et le ciblage des jeunes, des pratiques encore courantes dans plusieurs États en développement.

Oui, le monde serait meilleur sans tabac, admet le jeune homme. «Mais il est illusoire de croire que c’est possible. Mieux vaut que ce soit des compagnies, encadrées par des lois rigoureuses, qui vendent les cigarettes plutôt que le crime organisé.»

Lorsque Luc Fréchette s’est mis à la recherche de nouveaux défis dans un autre secteur en 2010, un an s’est écoulé avant qu’il n’obtienne un emploi, chez Vidéotron. «J’ai postulé pour une quarantaine de postes sans avoir aucune réponse! Je suis persuadé que c’est en partie parce que je travaillais pour une compagnie de tabac.»

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