Navigation des articles

marc-andre-sabourin

Emplois controversés : avocate criminaliste

«Tu fais quoi dans la vie?» figure parmi les premières questions posées lors d’une nouvelle rencontre. Répondriez-vous la vérité si vous étiez dans le tabac, la porno ou le droit criminel? Trois professionnels dévoilent leurs dilemmes moraux – s’ils en éprouvent – et les réactions de leur entourage par rapport à leur emploi souvent considéré comme… immoral.

Pour Marie-Pier Boulet, la job, c’est comme la politique. «En famille, c’est mieux de ne pas en parler.» Mais lorsque la conversation autour de la table porte sur l’actualité juridique, l’avocate criminaliste associée chez Couture Boulet Avocats parvient rarement à taire son point de vue. Sans hésitation, elle se porte alors à la défense de Guy Turcotte ou de n’importe quel autre ennemi public du moment. Faut-il préciser que son opinion est rarement partagée?

Elle a même plaidé pour un professeur du secondaire producteur de GHB, une substance mieux connue sous le nom de «drogue du viol».

Dès l’adolescence, Marie-Pier Boulet se destinait au droit criminel, influencée par les romans policiers et les films américains. «Ma mère était bien fière quand je suis devenue avocate et que je passais à la télé. Je pensais qu’elle déchanterait en réalisant que je défends toujours les “méchants”, mais non.» Les malaises proviennent plutôt des connaissances et de la famille éloignée.

Les différents cas de Me Boulet constituent un concentré de vice humain : viol, trafic de drogue, pédophilie, voies de fait, alcool au volant, négligence criminelle ayant entraîné la mort… Elle a même plaidé pour un professeur du secondaire producteur de GHB, une substance mieux connue sous le nom de «drogue du viol».

Seul péché absent de cette liste : le meurtre. Non pas que l’avocate refuse de défendre les présumés assassins, mais simplement parce qu’on ne lui a pas proposé de dossier intéressant. «Il n’y a que le crime organisé que je ne fais pas.» Elle craint que cela nuise à son ambition de devenir juge.

Comme la justice est publique, les gens qui connaissent Me Boulet donnent régulièrement leur avis sur ses dossiers. «C’est clair qu’il est responsable! Qu’est-ce que tu vas nous inventer cette fois», lui a-t-on déjà dit à propos d’un de ses clients.

Une réaction normale pour ceux qui possèdent une vision en noir et blanc de la justice et qui s’intéressent essentiellement au crime commis. «Moi, c’est à la preuve que je m’attarde. Je vérifie si elle est hors de tout doute raisonnable, s’il y a eu des irrégularités dans les procédures d’enquête, etc.»

Si le dossier est irréfutable et que le client plaide coupable, elle tente de modérer la sévérité de sa peine. «Selon son profil, je peux demander des travaux communautaires» plutôt qu’un séjour derrière les barreaux.

Cependant, si un cas la «fait vomir», elle ne l’acceptera pas. «Certains de mes collègues refusent, par exemple, les cas d’agression sexuelle.» Mais pour l’instant, en quatre années de carrière, elle n’a «jamais dit non à un client pour des raisons morales».

Les accusés, coupables ou non, ont des droits comme tout autre citoyen, rappelle-t-elle. Peu importe le crime qui leur est reproché, ils demeurent des êtres humains. «Et moi, je leur viens en aide. Mais il y aura toujours des gens qui ne comprennent pas comment je fais ce travail. Y compris des avocats!»

Dans ce dossier

• Emplois controversés : vendeur de cigarettes
• Emplois controversés : éditeur de contenu XXX

commentez@jobboom.com

Partager