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Emploi en série

Emploi en série

Si la plupart des industries souffrent du manque de main-d’œuvre, l’aérospatiale ne ménage pas les efforts – ni les dollars – pour intéresser les candidats. Même les élèves du primaire font partie du plan de relève!

Plus de 4 000 emplois à pourvoir de janvier 2007 à janvier 2009. C’est ce que prévoyait l’hiver dernier le Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ). C’était avant le lancement de la CSeries par Bombardier en juillet. Il faut maintenant trouver 3 500 travailleurs supplémentaires d’ici 2017, sans compter les 1 200 à remplacer à cause du roulement.

Heureuse nouvelle? Certainement, mais les candidats sont encore peu nombreux. Les images des deux avions qui s’engouffrent dans les tours jumelles new-yorkaises un certain 11 septembre 2001 sont restées gravées dans les mémoires. «Les événements ont marqué assez fortement la population étudiante, dit un porte- parole de Bombardier, Marc Duchesne. Après, les classes se sont vidées.» Le carnet de commandes des entreprises de l’aérospatiale aussi, les voyageurs préférant éviter l’avion. Mais cette baisse de régime est chose du passé.

Depuis 2004, l’industrie se sort tranquillement de cette période sombre et le nombre de travailleurs augmente chaque année, et ce, pour des postes variés : ingénieur, assembleur, technicien d’entretien, ébéniste, peintre, etc. Par exemple, chez Bombardier, on pourrait offrir jusqu’à 300 emplois dès maintenant si la main-d’œuvre était disponible. Et on pourrait embaucher 25 ingénieurs chaque mois pendant deux ans.

Même abondance d’emplois chez Bell Helicopter. «On connaîtra une croissance pendant au moins cinq ans, assure le directeur du recrutement, Claude Gingras. On va augmenter notre capacité de production chaque année. L’achat de certains produits est assuré jusqu’en 2013!»

Difficultés de recrutement

Le problème, c’est que les étudiants du secondaire ou du cégep ne sont pas retournés en nombre suffisant vers les formations qui mènent aux métiers de l’aérospatiale. Pour s’assurer d’avoir une main-d’œuvre de haute qualité, il ne suffit pas d’avoir autant de diplômés que de postes à pourvoir. «Quand on a besoin de 100 personnes, on est toujours plus content d’avoir à choisir parmi 300», illustre Éric Edström, le chargé de projet au CAMAQ.

«On est contraints de faire venir des travailleurs étrangers, et bientôt, si on ne répond toujours pas à la demande, on va faire venir des étudiants.»
— Éric Edström chargé de projet au CAMAQ

«Actuellement, on cherche des gens et il n’y en a pas assez, dit Éric Edström. On est contraints de faire venir des travailleurs étrangers, et bientôt, si on ne répond toujours pas à la demande, on va faire venir des étudiants.»

Dernièrement, Bombardier a d’ailleurs recouru aux travailleurs étrangers pour pourvoir des postes vacants. «On est allés au Brésil, en Russie, en Inde pour rencontrer des candidats potentiels, relate Marc Duchesne. Si on va là-bas, c’est pour recruter des travailleurs expérimentés qui valent vraiment la peine d’être embauchés. Une fois qu’ils sont ici, explique- t-il, on les aide à s’établir et à trouver un domicile et une école pour les enfants.»

Bell Helicopter a les mêmes difficultés que les autres entreprises aérospatiales. «On fait des séances d’information, on annonce dans les journaux, on permet aux jeunes qui souhaitent faire carrière chez nous de s’inscrire à des programmes travail-études pour combler nos besoins», dit Claude Gingras.

Les employeurs sont également coincés par des accords internationaux, qui sont particulièrement nombreux avec les États-Unis. «Les personnes nées en Corée, à Cuba ou au Vénézuéla peuvent faire du travail de bureau, mais elles ne peuvent pas s’approcher des avions [par exemple lorsqu’il s’agit de faire la maintenance d’appareils américains]», dit M. Edström.

Initiatives à long terme

Pour pallier les carences, les entreprises tentent de retarder les prises de retraite, augmentent les salaires et améliorent les conditions de travail pour attirer les employés de leurs concurrents. «On peut toujours continuer à éteindre des feux, dit M. Edström, mais le problème est que les entreprises pigent toujours dans le même bassin de main-d’œuvre. À un moment donné, il faut réensemencer le bassin.»

Aux grands maux les grands moyens : en mai 2007, le CAMAQ, de grandes entreprises de l’industrie et les écoles spécialisées ont consacré un million de dollars à l’organisation d’un Salon pour promouvoir les métiers scientifiques. Des spectacles aériens étaient au programme afin d’attirer le plus de visiteurs possible. Mission accomplie : 20 000 personnes sont venues, dont 4 500 élèves du primaire et du secondaire débarqués en autobus jaunes. «La question est de savoir combien parmi ces jeunes vont finir par faire carrière en aérospatiale», se demande Éric Edström.

Il est difficile de mesurer l’impact du Salon, mais dans les semaines suivantes, les écoles qui offrent des formations pertinentes ont vu leurs inscriptions augmenter.

Le CAMAQ a aussi investi 50 000 $ dans la production d’un DVD présentant dix travailleurs issus de métiers en manque de main-d’œuvre. Tous les conseillers d’orientation du Québec en ont reçu un exemplaire.

Du côté des écoles

Pour attirer des candidats, l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal (ÉMAM) a créé une station spatiale mobile de seize mètres de long dans laquelle on anime un atelier pendant une journée complète. Les participants y font de la robotique, de la botanique, de la géologie, etc. Elle parcourt actuellement tout le Québec, va dans les stationnements d’école, dans les centres commerciaux, etc. Éric Edström envisage la possibilité qu’elle puisse parcourir le Canada pour attirer plus d’étudiants dans les écoles du Québec. «Dans le cadre de l’Aérosalon, on invitait les gens à venir à un événement; là, c’est nous qui allons les voir où ils sont.»

Pour attirer des candidats, l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal (ÉMAM) a créé une station spatiale mobile de seize mètres de long dans laquelle on anime un atelier pendant une journée complète.

L’École nationale d’aérotechnique (ÉNA), située à Saint-Hubert, fait pour sa part la tournée des écoles secondaires et des Salons carrières afin d’attirer des étudiants.

Du côté de la formation universitaire, on multiplie aussi les moyens pour attirer des étudiants. À l’École Polytechnique, un nouveau baccalauréat en génie aérospatial verra le jour en septembre 2009, alors qu’avant il s’agissait d’une spécialisation en dernière année des autres programmes de génie. «En septembre 2001, son élaboration a été mise sur la glace, raconte la conseillère aux futurs étudiants, Sophie Larrivée. Mais en voyant les demandes qui persistaient dans le cadre des partenariats qu’on avait notamment avec Bombardier et CAE, dont le but était justement d’accroître le nombre de diplômés, elle a été remise en marche.» Or, comme beaucoup d’initiatives de recrutement, l’industrie aérospatiale devra attendre quelques années avant d’en récolter les fruits.

 

Qui sont ces travailleurs de l’aérospatiale tant recherchés?

Le Magazine Jobboom en a rencontré trois qui exercent dans des domaines où il manque de main-d’œuvre.

Nom : Martin Busque
Emploi :Monteur et ajusteur
Martin Busque travaille chez Bombardier depuis 14 ans. «Le monteur est extrêmement important parce que c’est entre ses mains que repose le résultat final : [le montage de toutes les pièces de l’avion]», dit-il avec enthousiasme. Dès l’enfance, il était fasciné par les avions. Il habitait Chicoutimi et son père l’emmenait tous les jours voir les avions qui atterrissaient et décollaient à la base militaire de Bagotville. Pour M. Busque, un bon monteur doit posséder des habiletés manuelles, un esprit d’analyse, un esprit d’équipe, un bon sens de l’observation et de la précision, en plus d’être un passionné!

Nom : Sébastien Savard
Emploi : Technicien d’entretien d’aéronef
Sébastien Savard travaille chez Hélicoptères Canadiens depuis 10 ans. Il aime avoir beaucoup de responsabilités et devoir apprendre à maîtriser des systèmes mécaniques complexes. Un de ses plaisirs est de remettre à neuf un vieil hélicoptère. «Quand on a fini, si je mettais devant toi un appareil neuf et un appareil de 20 ans sur lequel on a travaillé, tu ne pourrais pas me dire lequel est lequel!» dit-il fièrement. Pour M. Savard, le milieu de travail est aussi un milieu de vie. «Le monde de l’aviation est un petit monde où la camaraderie est bien l’fun!»

Nom : Arnaud Mappa
Emploi : Ingénieur en avionique
Employé d’Air Canada depuis huit ans, Arnaud Mappa a reçu sa formation en France. Son travail le comble puisqu’il y assouvit ses passions pour l’aéronautique et la mécanique. «C’est le défi, [la résolution] de nouveaux problèmes», dit-il avec passion. Concrètement, M. Mappa doit trouver des façons de modifier des appareils déjà existants pour qu’ils répondent à de nouveaux besoins, soit pour les membres de l’équipage, soit pour les passagers, ou pour qu’ils rejoignent les standards les plus récents en matière de mécanique. Il peine à trouver un point négatif à son métier, sinon qu’il ne peut pas se concentrer sur une chose à la fois : tout en faisant attention aux moindres détails, il doit avoir une vision globale! L’exploit technologique de l’avion et la complexité de la machine émerveillent encore l’ingénieur impressionné depuis l’enfance par les oiseaux de tôle.

L’aiguilleur aérospatial permet d’obtenir les adresses Internet de toutes les écoles offrant des cours spécialisés et de tous les organismes liés au secteur au Québec.