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Droit: comment trouver du boulot?

Plus de quatre ans après le début de la crise économique, l’embauche tourne toujours au ralenti dans le domaine du droit, particulièrement pour les avocats. Les occasions demeurent toutefois nombreuses pour les jeunes diplômés, à condition qu’ils sachent les saisir.

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Les carrières du droit.

Certains de mes clients me disent en riant qu’ils n’auraient jamais été engagés si la compétition avait été aussi féroce à leur époque!» lance Me Dominique Tardif, directrice du bureau montréalais de la firme ZSA Recrutement Juridique.

Si la lutte se révèle aussi dure pour décrocher les postes disponibles, c’est notamment parce qu’il y en a moins qu’avant. «La période que nous traversons en droit en ce moment n’est pas une période de plein emploi», remarque Me Michèle S. Lefebvre, directrice du Centre de développement professionnel et de placement en droit à la Faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal.

Les statistiques compilées par le Barreau du Québec sont pourtant favorables. En un an, 90 % des étudiants admissibles de 2010-2011 de l’École du Barreau ont décroché un stage. Me Laurette Laurin, directrice de l’École du Barreau et de la Formation continue est confiante pour la dernière cohorte. «Le taux de placement des stagiaires est stable d’une année à l’autre», indique-t-elle. En juin dernier, 42 % des étudiants de 2011-2012 s’étaient déjà placés.

Les cabinets privés, où travaillent la moitié des avocats au Québec, suscitent toujours de l’intérêt. Toutefois les organisations internationales, les organismes publics, les entreprises et même l’édition juridique les attirent de plus en plus.

Mais c’est par la suite que les choses se corsent. «Depuis la crise économique de 2008-2009, moins de personnes sont engagées à la fin de leur stage, observe Me Dominique Tardif. Les entreprises et les cabinets sont prudents et s’assurent que le besoin est réel avant d’embaucher.»

À l’Université de Montréal, on constate tout de même une amélioration par rapport aux années qui ont suivi la crise. «Selon les commentaires que je reçois de la part de nos diplômés, l’embauche s’est améliorée, mais elle n’est pas revenue aux niveaux précédents, note Aminata Bal, coordonnatrice du Centre de développement professionnel de la Faculté de droit à l’Université de Montréal. Les employeurs attendent la pleine reprise avant d’augmenter leurs effectifs.»

La situation s’avère meilleure dans le domaine du notariat. En juin dernier, environ 75 % des finissants au diplôme d’études supérieures spécialisées en droit notarial avaient trouvé un milieu de stage. «Du nombre restant, certains étudiants ont choisi de remettre leur stage à une date ultérieure, notamment à septembre ou février, afin de compléter leur programme d’études», souligne Me Catherine Dahmen, notaire à la formation préadmission à la Chambre des notaires du Québec.

«Des diplômés ayant terminé leur stage en 2011-2012, environ 80 % sont demeurés au service de leur maître de stage, 15 % ont démarré leur propre étude et 5 % ont poursuivi leurs études afin de développer une spécialité particulière», dit Me Catherine Dahmen.

Carrières alternatives

Plusieurs acteurs du milieu du droit le constatent : il n’est pas facile de décrocher un emploi dans les grands centres, particulièrement pour les notaires. «Il y a un phénomène de saturation à Montréal et à Québec, observe Me Catherine Dahmen. Dans les régions, la demande est réelle, mais peu de jeunes notaires choisissent ces lieux pour pratiquer.»

«Région», ici, n’est pourtant pas nécessairement synonyme d’éloignement. «Il suffit d’aller en périphérie de Montréal, Granby par exemple, pour trouver beaucoup plus d’ouvertures, tant pour les notaires que pour les avocats», dit Me Michèle S. Lefebvre. Pour les avocats, le terme «saturation» ne s’applique pas, mais la compétition se révèle plus féroce dans les grandes villes.

Devant la concurrence dans les champs de pratique traditionnels du droit, plusieurs diplômés se tournent vers des carrières alternatives. «De plus en plus de jeunes notaires choisissent de travailler dans des milieux non traditionnels, comme le milieu bancaire, les assurances, la fonction publique, le droit aérien, le droit international et celui de la santé», observe Me Catherine Dahmen.

À l’Université de Montréal, Aminata Bal remarque le même engouement chez un nombre croissant de futurs avocats. Les cabinets privés, où travaillent la moitié des avocats au Québec, suscitent toujours de l’intérêt. Toutefois les organisations internationales, les organismes publics, les entreprises et même l’édition juridique les attirent de plus en plus. «Plusieurs étudiants se dirigent aussi vers des domaines où leur formation en droit sera un atout, comme les relations publiques, le domaine bancaire ou les ressources humaines», ajoute la coordonnatrice.

Nouveaux créneaux

Le contexte économique mouvementé des dernières années a également modifié le marché du travail à d’autres points de vue. «Les entreprises sont devenues plus conscientes du coût élevé des services juridiques, observe Me Dominique Tardif. Pour mieux contrôler leurs dépenses, plusieurs embauchent désormais des avocats à l’interne plutôt que de faire appel aux cabinets.» Résultat : de plus en plus de postes en entreprise, au contentieux, sont disponibles pour les avocats.

Parmi les autres secteurs où il y a de la demande figure notamment le droit fiscal, une spécialisation souvent boudée par les étudiants. «Comme il y a peu de gens qualifiés dans ce domaine, c’est relativement facile, comparativement à d’autres spécialités, d’y trouver un emploi», souligne Me Dominique Tardif. Même chose pour la gouvernance corporative et la réglementation, une expertise de plus en plus recherchée en entreprise avec les divers scandales – corruption, collusion, conflits d’intérêts, etc. – qui font la manchette au Québec et ailleurs.

Malgré l’incertitude qui plane sur le marché du travail, les jeunes demeurent recherchés, particulièrement dans le domaine du notariat.

La directrice chez ZSA Recrutement Juridique prévoit une hausse possible de la demande d’avocats spécialisés en droit minier. «En ce moment, avec le Plan Nord, tout le monde ne parle que de ça. Il y aura aussi probablement un impact sur le droit de l’environnement et le droit autochtone. Mais il est encore trop tôt pour savoir si ces trois champs de pratique seront les secteurs gagnants des prochaines années.»

Proactif

Malgré l’incertitude qui plane sur le marché du travail, les jeunes demeurent recherchés, particulièrement dans le domaine du notariat. «Beaucoup de notaires plus âgés cherchent des nouveaux diplômés pour assurer la relève», dit Aminata Bal. «De nombreux bureaux veulent aussi embaucher des jeunes notaires afin de développer de nouveaux champs de pratique et élargir leur clientèle», souligne Me Catherine Dahmen.

Du côté des avocats, les entreprises et cabinets recherchent et apprécient les stagiaires, même si l’embauche demeure plus difficile ensuite. À l’École du Barreau, Me Laurette Laurin observe même un véritable engouement des organisations internationales pour les stagiaires. «Elles en redemandent année après année!»

Mais les jeunes ne doivent pas attendre que les offres de stages et d’emploi tombent du ciel une fois leur diplôme en main. Il faut donc que les étudiants développent leur réseau de contacts dès leur première année à l’université, que ce soit en s’engageant dans une association étudiante, en participant à des concours de plaidoirie ou à des cinq à sept avec des employeurs, en effectuant des voyages à l’étranger, etc. Sans oublier les formations et activités, comme celles sur le réseautage ou le savoir-être, offertes par les centres de placement dans les facultés de droit. «Les étudiants peuvent aussi chercher un emploi d’été dans un domaine où ils pourront effectuer leur stage plus tard», indique Aminata Bal.

Le mot d’ordre est donc de se montrer proactif, une qualité qui, à court terme, aidera les futurs avocats et notaires à dénicher un emploi. À long terme, elle leur permettra aussi d’élargir leur clientèle, de développer de nouveaux créneaux et de réussir dans le domaine du droit. Retroussez vos manches!

Qualités recherchées

Capacité à travailler en équipe, bon jugement, bilinguisme – voire trilinguisme – assiduité, rigueur… La liste de qualités recherchées chez les notaires et avocats est longue! Certains éléments s’avèrent toutefois plus importants que d’autres, notamment la capacité à communiquer. «Beaucoup d’employeurs cherchent des candidats capables d’établir de bons contacts professionnels avec les clients», dit Me Michèle S. Lefebvre, directrice du Centre de développement professionnel et de placement en droit à la Faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal. Ce qui nécessite notamment de savoir vulgariser le langage juridique.

L’entrepreneuriat figure également parmi les aptitudes clés. «C’est une des plus importantes pour ceux qui pratiquent en cabinet ou à leur compte, dit Aminata Bal, coordonnatrice du Centre de développement professionnel de la Faculté de droit à l’Université de Montréal. Elle permet de créer des liens, d’aller chercher des clients et de développer un bon portefeuille de relations.» Mais surtout, il faut avoir le réflexe de toujours en faire plus que ce qui vous est demandé, dit Me Dominique Tardif, directrice du bureau montréalais de la firme ZSA Recrutement Juridique. «Un client impressionné par la qualité du service, c’est un client qui revient et un employeur qui est satisfait.»

Cet article est tiré du guide
Les carrières du droit 2013

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