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Doit-on accepter le statut d’employé bénévole?

Jeune homme avec les poches vides

Pour plusieurs jeunes travailleurs, il va de soi que les premières expériences professionnelles seront constituées de stages non rémunérés. Mais doit-il vraiment en être ainsi?

Dans beaucoup de secteurs d’activité, offrir des stages non rémunérés à de jeunes diplômés en début de carrière est une pratique courante. C’est une façon pour le travailleur d’obtenir de l’expérience, et, qui sait, de décrocher un poste dans l’entreprise; pour l’employeur, c’est une façon de combler des tâches à peu de frais.

Un état de fait que bien peu remettent en question. Pourtant, ils le devraient : la question des stages bénévoles fait l’objet de débats un peu partout. Certains gouvernements ont même choisi d’imposer des règles d’encadrement strictes, voire de les interdire.

Il y a quelques semaines, le Nouveau Parti démocratique a déposé un projet de loi visant à encadrer et réglementer le travail des stagiaires, notamment le nombre d’heures travaillées, le droit de refuser d’exécuter des tâches dangereuses et les conditions d’embauche. Le projet ne vise que les employeurs relevant du gouvernement fédéral, mais c’est un début.

Il y a deux raisons pour lesquelles le fait d’offrir des stages non rémunérés est discutable. Tout d’abord, comme ce statut n’est pas officiellement reconnu, les stagiaires n’ont pas la même protection que les travailleurs, notamment au niveau des accidents en milieu de travail (j’en parlais dans un précédent billet).

Mais surtout, c’est qu’on demande bien souvent au stagiaire de faire gratuitement un travail qui aurait autrement été effectué par un salarié. Si le stage s’inscrit dans le cadre d’un programme scolaire, ça peut passer, car son but est éducatif. Mais lorsque ce n’est pas le cas, comment justifier que le stagiaire ne soit pas rémunéré? Doit-on accepter l’existence tacite de ce statut d’employé bénévole?

Je suis tombé cette semaine sur une offre de stage qui illustre parfaitement ce dernier point. Je tairai le nom de l’employeur puisque mon but n’est pas de faire son procès.

L’entreprise offre un stage qui s’étale sur cinq mois, du lundi au vendredi, de 9h à 17h. On demande le bilinguisme, une connaissance approfondie du Web et de certains logiciels spécialisés, une capacité à gérer des priorités, un bon sens de l’initiative, ainsi que capacité de travailler de façon autonome. Le poste prévoit des tâches variées dans différents départements de l’entreprise.

Vous ne trouvez pas que ça ressemble davantage à une offre d’emploi qu’à une offre de stage? À commencer par l’horaire : on cherche une personne qui pourra travailler à temps plein pendant presque la moitié d’une année sans aucune rémunération. C’est carrément une forme de discrimination qui avantage les candidats plus aisés financièrement.

J’ose espérer que l’entreprise n’était pas mal intentionnée. En réalité, les employeurs qui offrent ce type de stages profitent simplement d’une zone grise dans les normes du travail. Et comme tout le monde le fait, ils n’ont aucune raison de ne pas le faire aussi.

C’est un cercle vicieux qui s’alimente des deux côtés. L’absence de réglementation encourage les employeurs à offrir de tels stages, et l’acceptation de ce système décourage les travailleurs de s’en plaindre.

Personne ne contredira qu’un stage en entreprise soit une expérience pertinente en début de carrière. Mais les sources d’abus sont nombreuses; peut-on vraiment laisser les employeurs s’autoréguler? L’intérêt des gouvernements pour la question est un premier pas. Mais il faudra plus.

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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