Navigation des articles

equipe-jobboom

Des collègues inséparables

Les relations intimes, profondes et à long terme ne sont pas confinées au domaine de l’amour. Au travail aussi, on peut s’embarquer à deux pour un bon bout de chemin professionnel. Rencontre avec trois combinaisons gagnantes, qui ont uni leurs forces pour le meilleur, en évitant le pire!

Les patrouilleurs Richard Lefebvre et Henri Denis, policiers

Avec 23 années de «vie commune», Richard Lefebvre, 46 ans, et Henri Denis, 49 ans, forment le plus ancien duo de patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal. «On a été plus endurants l’un envers l’autre que nos ex-femmes!» rigole Henri.

Dès sa deuxième journée au poste 38, sur le Plateau-Mont-Royal, Henri était jumelé par hasard avec Richard. Six mois plus tard, ils décidaient de former un duo fixe et ne se sont jamais séparés depuis. Une possibilité dans les petits postes, alors que dans les gros, une rotation des équipes est imposée.

«Quand on passe 8 heures par jour à 15 cm l’un de l’autre durant autant d’années, ça rapproche», relate Richard, qui considère Henri comme le frère qu’il n’a jamais eu. Ainsi, les deux hommes se sont beaucoup épaulés pendant leurs divorces, survenus à un mois d’intervalle. Leur quartier général est l’un de ceux qui reçoivent le plus d’appels à Montréal. Ça tombe bien : Richard et Henri carburent à l’adrénaline et aiment que ça roule. «On a le même plaisir à aider les gens, le même rythme de travail et la même vision du métier.»

La clé de leur entente réside également dans leur complémentarité. Henri, c’est la sagesse et le calme. Richard se dit plus extraverti, plus impulsif. Le premier conduit, l’autre jase…

Leur grande complicité va parfois au-delà des mots. «On a souvent la même idée en même temps. On n’a même plus besoin de se parler, on se fait un signe. À six mètres de moi, Richard sait si je suis énervé ou pas…»

Les deux collègues se font un point d’honneur de ne jamais mettre en doute la décision de l’autre et ont tous deux une confiance aveugle en leur partenaire.

Comme le moindre geste peut devenir fatal, ils ont intérêt à être solidaires. «L’intégrité physique d’Henri dépend de moi. Si Henri mange une volée, c’est sûr que je vais y aller, quitte à être blessé», explique Richard. Ils sont, ajoute-t-il sans jeu de mots, des polices d’assurance l’un pour l’autre!

Les soigneuses Christine Caron, médecin, et Suzan Guité-Gagnon, infirmière

Autour d’un sandwich ou dans les allées de la clinique Médecine privée Notre-Dame, à Saint-Lambert près de Montréal, elles se tutoient comme mère et fille. Mais devant les patients, la docteure Christine Caron, omnipraticienne spécialisée en phlébologie, et son assistante et aînée, l’infirmière bachelière Suzan Guité- Gagnon, se gardent une petite gêne. «Une question d’éthique professionnelle», affirment-elles. Un des rares écarts à leur familiarité habituelle.

Les deux femmes se sont rencontrées à l’unité d’obstétrique de l’Hôpital Charles LeMoyne de Longueuil en 1995, où elles se côtoyaient à l’occasion. «On a fait plusieurs accouchements ensemble. Lorsque je voyais apparaître son visage souriant au bout du corridor, j’étais contente. Je me disais que la patiente était entre bonnes mains», témoigne Christine.

Lorsque Christine a commencé à travailler en clinique privée, en 2002, elle a tout de suite su qui elle voulait à ses côtés. Seul hic : Suzan était à la retraite depuis six mois… Qu’à cela ne tienne, la docteure a fait une offre à son ancienne assistante. «J’ai dit oui tout de suite!» s’exclame Suzan.

Sept ans de pratique commune n’ont jamais entamé l’amitié qui les unit. Et ce, même si elles évoluent dans un milieu où la surcharge de travail, le manque de personnel et la mobilité ont peu à peu raison des relations professionnelles à long terme.

Quelques déménagements et trois cliniques plus tard, elles travaillent toujours ensemble. «Ses valeurs concordent avec les miennes, confie Suzan. Elle a du respect pour ses patients, le souci de leur venir en aide et elle ne les laisse jamais en plan.»

Elles observent aussi une certaine hiérarchie. «Même si j’ai 20 ans de plus qu’elle, elle est le médecin et je respecte son autorité», explique Suzan. Cela dit, Christine laisse son assistante prendre beaucoup d’initiatives. «Il faut se donner de la liberté. Je démontre une grande confiance à Suzan et vice-versa.» Les patients en profitent puisque la qualité des soins s’en trouve améliorée, croient-elles.

La bonne entente entre les deux collègues est précieuse. «Je ne m’imagine pas travailler avec quelqu’un d’autre, avance Suzan. Je me sens bien avec Christine et je la considère presque comme ma fille.»

La prochaine fois qu’elle quittera le métier, ce sera pour de bon.

Les coordonnateurs Martine Boyer et Stéphane Simard, réalisateurs

Elle était réalisatrice, il était acteur. En entrevue pour dénicher un metteur en scène, en 2002, d’entrée de jeu, elle l’a trouvé allumé. Il n’en fallait pas plus pour souder la relation professionnelle qui fait de Martine Boyer et Stéphane Simard le duo à la source du succès de l’émission jeunesse Une grenade avec ça, présentée depuis sept saisons à VRAK.TV.

«C’était un gros show, se remémore Martine. Stéphane n’avait jamais travaillé à la télévision, sauf comme acteur, et j’avais moi-même peu d’expérience.» Ils n’ont néanmoins jamais remis en question leur association.

En sept saisons d’Une grenade…, ils ont beaucoup appris l’un de l’autre. Grâce aux bons conseils de Stéphane, qui a une formation de comédien, Martine a perfectionné sa direction d’acteurs.

En retour, elle a encouragé Stéphane dans sa transition de metteur en scène à réalisateur (ils réalisent aujourd’hui conjointement les épisodes). «Lors de ma première réalisation, je manquais de confiance et je parlais tout bas. Elle m’a assuré que j’étais capable de faire la job», soutient Stéphane, qui fêtait ses 40 ans cette année.

Martine, qui n’a pourtant que sept ans de plus que lui, se dit stimulée par le côté fou de «jeunesse» de Stéphane. «Je suis plus brouillon, elle est plus organisée. On se complète», ajoute-t-il.

«En répétition, on ne s’obstine pas. Nous n’avons pas de gros égos, la meilleure idée l’emporte», constate Stéphane. Voir le travail de l’autre dans un épisode les pousse à aller plus loin. «Nous réalisons différemment et cela donne souvent de belles surprises. On s’inspire l’un de l’autre», résume Martine.

Les deux complices se racontent tout et s’affublent de surnoms affectueux. «Je l’appelle Martinette, lance Stéphane avec un clin d’œil, ou la belle Martine… Celui-là, c’est quand je veux faire passer mon idée pour la meilleure!»

La vie à deux

Les clés d’une longue et fructueuse relation professionnelle? La complémentarité et les valeurs communes, croit Gilles Demers, consultant spécialisé en climat de travail chez Dolmen Capital humain. «Si l’un des deux est fort dans les détails et que l’autre a une vision plus globale, c’est gagnant, dit-il. L’important, c’est que chacun y trouve son compte.»

Peu importe le domaine de travail, une constante demeure : le rôle de chacun des partenaires doit être bien défini et les tâches doivent être claires et précises. Les duos qui ne tiennent pas la route seraient souvent victimes d’une «guerre de place». «Ça commence souvent à aller mal quand l’un des deux ne trouve plus sa place dans le duo. Si les tâches changent, par exemple, et qu’un partenaire en est insatisfait. Ou qu’un seul sent les retombées d’une réussite, alors que les deux y ont contribué.»

Quand, à force de se côtoyer, un duo professionnel se lie plus intimement, l’amitié peut créer une certaine ambiguïté. «Au travail, on peut faire abstraction des émotions. Pas avec les amis. Si un collègue ne nous invite pas à un événement ou oublie notre anniversaire, ce n’est pas dramatique. Mais si le collègue devient un ami très proche, on entre dans d’autres enjeux, qui ne sont plus exclusivement liés au travail. Il est important d’en être conscient.»

Pour éviter les accrochages, mieux vaut clarifier la nature de la relation et les attentes de chacun. «Si les gens ont des affinités, à long terme, ils finiront par partager leur vie privée, estime Gilles Demers. Quand tout est clair et compris de la même façon des deux côtés, des associés peuvent accomplir des choses extraordinaires et rester ensemble 30 ans!»

Partager

SUR LE MÊME SUJET