Navigation des articles

eric-grenier

Dehors la raison!

lemmings

Sale temps pour les économistes!

Imaginez, deux ans après la débâcle financière, les voilà obligés de laisser place à un truc qui, on dirait, vient de l’intérieur du corps, comme des petits papillons dans la poitrine. Chez les roturiers, ils appellent ça des émotions.

Ils ne sont pas trop habitués à pareil dévergondage. Dans le bon vieux temps, c’est-à-dire en 2007, tout était si simple. Suffisait de brasser des éléments de la mathématique quantique dans un grand bol, et voilà, tout l’avenir économique était expliqué et prévu. Aucune dérive déraisonnable du genre «pas sûr que la main invisible du marché soit une pensée plus rationnelle que l’idée que nous soyons des rats de labo des Éloïmes» n’était tolérée.

Après plus de 30 ans, l’expérience de ce qu’on a appelé les «marchés efficients» a dérapé avec les spectaculaires coûts que l’on connaît. Des milliers de milliards de dollars engloutis on ne sait où (mais certainement pas dans nos poches), des dizaines de millions de chômeurs, des générations endettées à tout jamais. Un fiasco monumental.

La fameuse main invisible des marchés n’était en fait que la main très visible des cupides, puisqu’il n’y a qu’eux qui en ont profité. On raconte d’ailleurs que le célèbre théoricien Adam Smith, à qui on doit la fameuse idée, avait voulu faire une figure de style, une métaphore! Un peu comme Moïse qui, cherchant à expliquer l’Univers de manière un peu moins plate qu’en une simple démonstration scientifique, a écrit que le tout avait été créé en six jours, et que le septième jour, Dieu a pris une pause (il s’agissait, bien entendu, de la première blague à caractère syndical de l’Histoire).

La faillibilité des marchés maintenant démontrée, les économistes doivent se rendre à l’évidence que, derrière les marchés, il y a l’homme et son «hommerie». Ça complique drôlement la tâche.

Ce que l’on vit aujourd’hui, c’est le résultat de décennies de dictature de la raison, comme l’appelait l’essayiste John Ralston Saul dans son essai Vers l’équilibre, publié en 2005. En excluant toute autre forme de pensée comme le sens commun, l’éthique (l’éthique! Grand Dieu qu’on l’a mise de côté, celle-là…), l’imagination, l’intuition et la mémoire, le modèle dans lequel les économistes nous avaient enfermés depuis des années était condamné à l’effondrement.

Cette suprématie de la raison nous a déjà apporté d’autres catastrophes. Ainsi, quand on a commencé à nourrir les bœufs avec de la farine animale, aucune preuve scientifique ne laissait croire que cela pouvait poser problème. Mais si nous avions usé d’intuition, nous aurions compris qu’on ne peut nourrir des vaches avec de la viande de moutons malades! Ça nous aurait évité la maladie de la vache folle.

Comme me le disait Saul lors d’un entretien accordé en 2005, si vous faites du sergent responsable de l’approvisionnement en uniformes votre général sur la ligne de front, il est évident que la chose la plus importante pour lui, selon la raison, sera que tout le monde soit bien vêtu. Mais pas d’imaginer comment gagner. Ce sera de la bonne gestion. Mais vous vous ferez massacrer!

C’est ce qui nous est arrivé.

commentez@jobboom.com

Partager