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De nouveaux horizons pour le droit autochtone

Me Nadir André, avocat spécialisé en droit autochtone Photo : Josée Lecompte

Me Nadir André, avocat spécialisé en droit autochtone
Photo : Josée Lecompte

Le droit autochtone sort aujourd’hui de son cadre traditionnel. Alors qu’un nombre croissant d’entreprises sont attirées par le potentiel économique du Nord québécois, les avocats spécialisés dans le domaine ont de nouveaux terrains à explorer.

Tiré du magazine Les carrières du droit 2014.

Au cours de la dernière année, des communautés autochtones de partout au pays ont réclamé le respect de leurs droits, dans la foulée du mouvement Idle No More. D’autres se sont mobilisées pour contester des projets de développement sur leurs terres ancestrales. Les problématiques reliées aux Premières Nations sont donc plus actuelles que jamais, estime Me Nadir André, avocat en droit autochtone et lui-même membre de la communauté innue de Matimekush-Lac John, dans la région de Schefferville.

La proximité et l’appartenance à la communauté peuvent s’avérer négatives lorsqu’on doit participer à des décisions difficiles, qui ne font pas consensus. Les gens vous connaissent depuis que vous êtes enfant, et ne se gêneront pas pour dire que vous avez mal travaillé!
— Me Nadir André, associé chez Borden Ladner Gervais

Auparavant, ce domaine était l’apanage des petits cabinets spécialisés, et consistait essentiellement à gérer des conflits opposant Autochtones et gouvernements ou entreprises privées. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Désormais, le droit autochtone relève de plus en plus du droit des affaires. «Les Autochtones deviennent des acteurs commerciaux, et leurs besoins changent. Plus une Première Nation prend sa destinée en main, plus les grands cabinets sont intéressés à développer une relation professionnelle avec elle», souligne Me André.

Aujourd’hui associé chez Borden Ladner Gervais, Nadir André négocie des accords entre les communautés autochtones et les entreprises qui veulent exploiter les ressources du Nord québécois. Ces ententes ont pour but d’assurer aux Premières Nations certains avantages, comme des emplois, de la formation et des compensations financières, en échange de leur consentement à la réalisation de projets sur leur territoire.

Même si les besoins des communautés autochtones ont changé, il n’est pas à la portée de tout avocat de travailler avec cette clientèle particulière. La connaissance de leurs spécificités régionales, culturelles et linguistiques est certainement un atout. Mais nul n’est prophète en son pays… «La proximité et l’appartenance à la communauté peuvent s’avérer négatives lorsqu’on doit participer à des décisions difficiles, qui ne font pas consensus. Les gens vous connaissent depuis que vous êtes enfant, et ne se gêneront pas pour dire que vous avez mal travaillé!» admet Me André.

Le désir d’aider

Comme pour bien des jeunes Autochtones qui choisissent cette voie, c’est le désir d’aider sa communauté qui a mené Nadir André vers le droit. Ses aspirations ont toutefois été rapidement modérées. «Il faut être très réaliste en début de carrière. On n’est pas des sauveurs ou des héros.»

C’est pourtant le piège dans lequel tombent de nombreux juristes autochtones. «Souvent, l’erreur du jeune avocat est de vouloir utiliser son statut afin d’influencer des décisions ou de faire de la politique. Même si on a des motivations qui dépassent la carrière, il faut faire preuve de professionnalisme.»

Cela ne l’empêche pas de ressentir une grande fierté pour le travail qu’il accomplit. La signature d’ententes avec des compagnies minières établies dans sa région natale a notamment permis d’y réduire de façon importante le taux de chômage et de mettre sur pied des projets d’infrastructures, comme la construction d’un centre communautaire et d’une piscine.

«Je ne peux pas prendre tout le mérite pour ça; j’ai seulement été l’un des acteurs. Mais ma satisfaction, c’est de voir le résultat. Les jeunes vont pouvoir travailler et bénéficier d’occasions qu’ils n’auraient pu avoir autrement. Ils ont un avenir devant eux», se réjouit-il.

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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