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D’autres lois sur la langue de travail

De nombreux pays protègent les droits linguistiques et culturels de populations minoritaires, par des lois garantissant l’usage de leur langue dans l’administration publique, à l’école, devant la justice, etc.

Un exemple : le secteur public en Finlande est officiellement bilingue, finnois et suédois, pour accommoder une petite minorité de langue maternelle suédoise (environ 5 % de la population). D’autres minorités de Finlande (Lapons, Russes, Tatars) n’ont pas droit au bilinguisme institutionnel. Pourquoi? Pour des raisons historiques (les Suédois ont joué un rôle important dans l’histoire de la Finlande) et pour consacrer l’usage – de nombreux Finlandais comprennent bien la langue suédoise.

Il est très rare que des États légifèrent pour protéger une langue minoritaire dans tous les milieux de travail, incluant le commerce et l’affichage, comme le Québec l’a fait en 1977 avec la «loi 101». Tour d’horizon des quelques États non souverains dont les politiques linguistiques ressemblent à notre Charte de la langue française.

• La Catalogne est un territoire autonome d’Espagne depuis 1979 (langue : catalan; capitale : Barcelone). Dans un pays où domine le castillan, la Catalogne possède son propre système éducatif, judiciaire, de santé, et de nombreuses lois protégeant sa langue. En 1983, elle a adopté une législation semblable à notre «loi 101» : tout citoyen avait désormais le droit d’utiliser le catalan dans les services publics et privés, à l’école et dans le monde du travail. L’objectif : rétablir l’usage d’une langue interdite par la dictature de Franco (1939-1975) sans nuire au castillan.

Aujourd’hui, le catalan est enseigné à l’école et son usage va de soi dans les services publics. Plusieurs organismes linguistiques (de normalisation, de recherche, de toponymie…) contribuent à promouvoir le catalan. Le gouvernement impose des quotas linguistiques aux médias, encourage une «industrie de la langue» catalane (systèmes de reconnaissance de la voix, de traduction, etc.), mais il n’oblige plus les employeurs du secteur privé à utiliser le catalan.

• Le Nunavut, territoire du Canada, reconnaît quatre langues officielles : les langues inuites (qui comprennent l’inuinnaqtun et l’inuktitut), l’anglais et le français. Deux politiques linguistiques inspirées de la «loi 101», en cours d’implantation, instaurent le droit à l’éducation de même que le droit au travail dans la fonction publique en langue inuite. Le Nunavut prévoit être en mesure d’offrir ses services publics dans toutes les langues officielles… s’il y a une demande significative des citoyens. Pas évident à organiser, car le territoire est très peu peuplé (environ 33 000 habitants).

• Le Royaume-Uni compte trois «administrations déléguées» : le pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord, où subsistent des langues minoritaires. Le cas du pays de Galles est particulier : depuis 2011, une loi confirme le statut officiel de la langue galloise (parlée par environ 20 % de la population), impose aux institutions publiques et à certaines grandes sociétés l’usage du gallois. Le but ultime de la loi : «les individus au pays de Galles doivent être en mesure de vivre leur vie en gallois, s’ils choisissent de le faire».

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Dans ce dossier

– Le français au travail, une cause désuète?
– Francophonie : des possibilités inexploitées
– Le bilinguisme ne fait pas l’unanimité

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