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Camps d’été : d’anciens moniteurs se souviennent

Photo : Camp Odyssée

Travailler comme moniteur de camp de vacances, c’est plus que faire du canot ou griller des guimauves autour du feu. C’est une école de vie. Quelques «anciens» se remémorent les leçons apprises durant ces étés où ils ont fait les 400 coups tout en assumant leurs premières vraies responsabilités.

Isabelle Valiquette a été monitrice au camp Edphy, à Val-Morin, dans les Laurentides, à l’été 1989. Lors d’une partie de cache-cache qu’elle avait organisée dans les bois avec des enfants de 8 ou 9 ans, elle a eu la peur de sa vie. «L’une des jeunes s’était tellement bien cachée qu’elle a fini par s’égarer, raconte-t-elle avec un reste d’angoisse. Plus moyen de la trouver! L’armée s’est pointée pour fouiller les bois, un hélicoptère survolait les environs. La pauvre petite n’a été retrouvée qu’au milieu de la nuit!»

Pour des ados qui souvent peinent à assumer la responsabilité du ménage de leur chambre, être moniteur dans un camp de vacances peut représenter tout un baptême du feu. Non seulement doivent-ils assimiler la base d’un nombre impressionnant de sports et loisirs, ils doivent aussi assurer la sécurité des enfants qui leur sont confiés tout en jouant les boute-en-train.

Un camp peut voir défiler plusieurs milliers de pensionnaires au cours d’un été, dont certains n’ont jamais quitté leur famille auparavant. «Les premières nuits, il fallait consoler ceux qui pleuraient, et rassurer les parents inquiets qui appelaient à répétition», se rappelle Geneviève Allard, monitrice au camp Edphy en 1991.

Aux yeux d’un mousse qui doit tenir une semaine loin de papa et maman, le moniteur devient donc rapidement une personne de référence. «L’atmosphère est très détendue et les jeunes se confient facilement», dit Alain Pilon, qui a travaillé aussi au camp Edphy de 1987 à 1993.

«En me lançant dans cette aventure, j’avais sous-estimé l’importance que j’aurais auprès des enfants, admet aujourd’hui Isabelle Valiquette. Une campeuse m’a déjà parlé des problèmes de drogues dures de ses parents. Il faut apprendre à réagir à ce genre de révélation, même si on ne peut pas faire beaucoup plus qu’écouter et sympathiser.»

C’est sans compter l’énergie requise pour occuper toute une marmaille du matin au soir. Chloé Lavoie-Roberge a travaillé dans des camps de vacances entre 2005 et 2009, notamment au Centre de plein air L’estacade, dans le Haut-Richelieu. Celle qui y a été monitrice, puis spécialiste de l’équitation, dresse une liste impressionnante des activités qu’elle devait organiser : tir à l’arc, escalade, chasse aux grenouilles, canot, kayak, voile, pêche, équitation, horticulture, ornithologie, menuiserie, arts plastiques… Ouf! «Pour les activités de voile et d’équitation, il y avait des spécialistes, mais c’était le moniteur qui menait toutes les autres», précise-t-elle. Heureusement, une formation de plusieurs fins de semaine précédait le début du camp.

Esprit de groupe

Partager ces émotions fortes semaine après semaine soude les liens entre les animateurs. Malgré une journée de travail débutant aux aurores et se terminant parfois aussi tard que 22 heures, rares sont ceux qui se précipitent dans leur chambre pour récupérer. La soirée, c’est le temps de se réunir autour du feu (avec l’inévitable joueur de guitare plus ou moins amateur), d’aller faire un tour en canot sur la rivière (même si ce n’est pas tout à fait permis…) ou de retrouver son flirt du moment en tête à tête. Quant au couvre-feu… «Je ne me souviens pas d’une seule fois où on l’a respecté», avoue candidement Geneviève Allard.

Véritable «fraternité» aux yeux d’Isabelle Valiquette, les animateurs se côtoient de près pendant l’été. Parfois même, de très près, se souvient Chloé Lavoie-Roberge. «Disons qu’il ne fallait pas être pudique, s’esclaffe-t-elle. Nous dormions à plusieurs, gars et filles mélangés, dans un petit chalet d’une pièce avec quelques lits.» Elle dit s’être fait plusieurs amis, et même un amoureux qu’elle a fréquenté par la suite pendant plus de deux ans.

Se découvrir soi-même est une partie importante de l’expérience.
– Isabelle Valiquette

Évidemment, qui dit vie de groupe dit aussi… mauvais coups! Le seau d’eau placé sur la porte et qui se déverse sur un collègue a marqué les esprits. Quant aux recrues, elles avaient souvent droit à une initiation. Certaines se sont retrouvées couvertes de peinture, alors que d’autres ont fait un séjour bien involontaire dans un marais!

Marqués à vie

Ces blagues douteuses n’ont pas empêché certains animateurs d’orienter le reste de leur vie professionnelle en fonction de leur expérience au camp. Geneviève Allard y a carrément découvert sa vocation, elle qui a déjà remporté le prix de «meilleure animatrice», décerné chaque année par les responsables du camp Edphy. «Ce contact avec l’animation de groupe a été une véritable révélation, s’exclame-t-elle. J’ai occupé plusieurs emplois du même type par la suite.»

De fait, elle a travaillé comme animatrice auprès des pensionnaires de l’Académie Laurentienne – l’établissement qui cède ses installations au camp Edphy durant l’été. Elle a aussi animé des chantiers de bénévolat de l’organisme Chantiers Jeunesse, et travaillé comme éducatrice à la petite enfance. Elle est aujourd’hui coordonnatrice de Cal en bourg, à Val-David, un regroupement de partenaires de la MRC des Laurentides voué au développement des enfants de 5 ans et moins dans 20 villages de la région.

Alain Pilon, pour sa part, a gravi les échelons au camp Edphy, jusqu’à en devenir le directeur adjoint, un poste qu’il a conservé pendant dix ans. Il a ensuite enseigné dans le Nord-du-Québec, avant de participer au démarrage du centre sportif de Kuujjuaq. Il travaille toujours auprès des jeunes comme directeur du Groupe JAD, un organisme communautaire de Sainte-Agathe-des-Monts qui aide les adolescents aux prises avec des dépendances.

C’est aussi le travail en camp de vacances qui a aiguillé Chloé Lavoie-Roberge vers le métier d’enseignante. Tombée amoureuse de l’imaginaire des enfants, elle a adoré leur transmettre des connaissances lors d’activités telle l’ornithologie. Le camp l’Estacade lui a également fourni l’occasion d’élargir ses compétences. De septembre à la fin de juin, l’établissement reçoit des jeunes qui lui sont envoyés par les services sociaux. «Travailler avec eux était très exigeant physiquement et psychologiquement, se souvient-elle. Mais je réalise maintenant que ç’a été formateur. Je suis beaucoup moins prise au dépourvu avec des enfants qui ont des troubles de comportement. J’ai appris à observer et à évaluer leurs agissements, ce qui m’a beaucoup aidée par la suite lors de mes stages en enseignement.»

Ceci dit, tous n’ont pas attrapé la piqûre. «J’ai réalisé que je n’étais pas faite pour ce genre de travail», confie Isabelle Valiquette, devenue depuis massothérapeute. «La vie de groupe, très peu pour moi! Je suis trop solitaire pour cela. Mais se découvrir soi-même est une partie importante de l’expérience.» Expérience qui, peu importe ce qu’on en retire, fait de bonnes histoires à raconter.

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