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Bateau-stop : voyager en travaillant

Bateau de croisière de la compagnie Princess, amarré aux Bahamas.
Photo : Harmonie Bouchard

Qui n’a jamais rêvé de tout lâcher pour aller explorer les Caraïbes ou la Méditerranée à bord d’un voilier? C’est plus facile qu’il n’y paraît, même sans expérience de navigation. Bienvenue en bateau-stop!

Au beau milieu de l’Atlantique, une tempête fait rage. À bord du Frankiz, les vagues frappent si fort contre la coque, que Mahée Lacourse a l’impression que le voilier va rompre. Impossible de dormir dans ces conditions. Seul le capitaine peut tenir la barre. Il semble fatigué, mais le vieux loup de mer en a vu d’autres.

Ainsi a débuté en 2010 le baptême de mer de Mahée Lacourse, alors âgée de 21 ans. Elle venait de s’embarquer comme matelot à Saint-Martin, dans les Antilles, sur un Bénéteau de 12 mètres. Une page blanche lui tenait lieu de CV nautique.

Des amis français qui avaient traversé l’Atlantique sans expérience de navigation lui avaient parlé du bateau-stop, un mode de transport similaire à l’auto-stop, mais en mer. Aussi appelé conavigation, le concept est plus accessible que jamais grâce aux sites Web spécialisés sur la voile. On peut y trouver des capitaines du monde entier à la recherche de matelots pour mener leur navire à bon port.

Mahée Lacourse

Mahée Lacourse, à la barre du Frankiz.
Photo : Mahée Lacourse

Qualités recherchées

Mais comment se faire valoir quand on n’a pas d’expérience? «En gros, je recherche des gens qui sont bien dans leur tête et qui ont envie d’apprendre», explique Alain Le Norman, le capitaine breton qui a embauché Mahée. Honnêteté, sincérité, débrouillardise, voilà la clé du succès, selon lui. Et gare à l’image que vous projetez sur les réseaux sociaux, prévient-il.

Mahée, qui étudie en histoire à l’Université Laval, garde un excellent souvenir de son aventure. Après quelques jours de tempête, la mer s’est calmée et elle a révélé tous ses charmes. «J’étais comme en transe. On voyageait à un rythme ralenti. Ç’a été un long moment d’introspection.»

Elle a particulièrement apprécié les quarts de nuit, où capitaine et équipiers se relayaient pour prendre la barre du bateau – l’une des tâches que tout le monde partageait, avec la popote et le ménage. «C’est une sensation unique d’être seuls au milieu de l’océan, sans pollution lumineuse et avec tellement d’étoiles que tu n’en reconnais aucune», ajoute-t-elle pleine d’émotion.

Il a fallu 18 jours à l’équipage de trois personnes pour atteindre les Açores, où elles ont passé un mois avant d’entreprendre deux semaines de navigation pour rejoindre le sud du Portugal, puis Gibraltar, en Espagne. Au total, le séjour d’un peu plus de deux mois sur le navire a coûté à Mahée 300 euros (environ 400 $), couvrant les frais de nourriture. Généralement, les bateaux-stoppeurs doivent aussi payer pour le carburant, les frais de port et parfois un léger supplément pour l’utilisation du bateau.

«J’ai eu la piqûre», dit celle qui, à son retour au Québec, a obtenu différents brevets de navigation. Aujourd’hui, peu importe où elle voyage, elle va faire un tour au port, au cas où elle pourrait débusquer de nouvelles occasions de partir en mer.

À bord du Frankiz.
Photo : Mahée Lacourse

Le contact direct

C’est la technique choisie par Éliza Prévost, qui, après avoir terminé des études en photographie, s’est retrouvée en Nouvelle-Zélande pour le passage de la Coupe America en 2003. «J’avais entendu dire qu’il y aurait beaucoup de “super yachts” [des bateaux de luxe qui embauchent du personnel]. Je me suis dit que j’allais tenter ma chance», se souvient celle qui a toujours été fascinée par le monde de la voile.

Faute de trouver un véritable emploi, Éliza s’est rabattue sur le bateau-stop. «J’ai vu une petite annonce, par hasard, dans une auberge de Wellington. Un schooner de 30 mètres partait en direction de la Polynésie française. On allait être huit équipiers. Je ne savais pas du tout dans quoi je m’embarquais», raconte-t-elle.

Éliza Prévost

Éliza Prévost venant de trouver de quoi régaler tout le monde à bord.
Photo : Éliza Prévost

L’expérience a été un désastre. Équipage insuffisant, départ tardif pour la saison, équipement obsolète, cyclones… Le bateau ne s’est jamais rendu à destination. «Ce qui aurait pu être traumatisant et même fatal aura été le commencement d’une nouvelle vie», ajoute Éliza.

Par la suite, elle a vogué sur différents bateaux qui l’ont menée vers les îles Samoa, Fidji, le Vanuatu, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

«On me parlait de plus en plus d’aller tenter ma chance en Méditerranée, où il y avait pas mal de boulot et où je pourrais continuer à vivre en mer tout en étant payée», lance Éliza Prévost, qui a suivi ce conseil en 2007. Son premier boulot rémunéré en mer : cuistot-matelot-hôtesse à bord d’un yacht motorisé de luxe de 25 mètres parcourant les îles grecques, la Sicile, la Sardaigne, la Corse et le sud de la France. «J’aime la voile, le voyage et la cuisine. J’ai réussi à mettre tout ça ensemble», raconte la jeune femme de 32 ans.

Éliza Prévost

Éliza Prévost apprêtant la prise du jour pour les passagers du yacht.
Photo : Éliza Prévost

La vie en mer n’est toutefois pas de tout repos. Le plus gros désavantage, selon Éliza : la promiscuité. «On doit partager un espace restreint avec des gens qu’on ne choisit pas nécessairement.» Au moment où vous lisez ces lignes, elle travaille sur un voilier de 54 mètres où logent 10 employés et de 12 à 30 clients, dans le sud de l’Italie.

Pour Mahée Lacourse, le plus difficile a été le retour à la vie normale après son périple transatlantique. «Sur le bateau, il n’y a pas d’angoisses. Apéro, lecture, nature.» De quoi attraper le vague à l’âme une fois sur la terre ferme…

Rémunéré ou pas?

En bateau–stop sur un petit voilier, il est rare que les matelots gagnent un salaire. Ils partagent plutôt les frais du voyage avec le capitaine, pour aller du point A au point B. Ceux qui souhaitent vivre en mer sur une longue période peuvent dénicher des emplois sur des navires plus luxueux, qui offrent en général des contrats d’un an. Pour un matelot ou une hôtesse sans expérience, les salaires commencent à 2 500 euros (3 300 $) par mois, logement et nourriture inclus. Pour les postes plus importants, tels cuisinier, assistant-capitaine ou capitaine, les salaires atteignent 6 000 à 7 000 euros par mois (de 8 000 à 9 000 $).

Où postuler

Voiliers et yachts

À bord d’un voilier, le poste le plus recherché est celui de matelot. Dans les yachts, on recherche entre autres des serveurs, des barmans, des chefs cuisiniers, des mécaniciens, des gardiennes ou des concierges.
Sites Web :
vogavecmoi.com
bateau-stop.com
crewseekers.net
stw.fr

Bateaux de croisière

Ces navires embauchent une grande variété de travailleurs : photographes, vendeurs, réceptionnistes, croupiers, entraîneurs physiques, coiffeuses, massothérapeutes, musiciens, etc.
allcruisejobs.com
cruiseplacement.com

Voyager sur un cargo

Pour environ 100 à 150 $ par jour, il est possible d’embarquer à bord d’un cargo pour faire de longs voyages tranquillement.
cargoshipvoyages.com
navigateur.info/cargo

Au Québec

Il n’existe pas de site québécois spécialisé en bateau-stop. Pour offrir ses services aux capitaines de voiliers ou de yachts, il faut se rendre dans les ports. Les croisières AML qui parcourent le Saint-Laurent emploient des serveurs, barmans et autres.
croisieresaml.com

L’industrie du transport maritime embauche également des milliers de personnes au Québec. Renseignez-vous sur la formation requise et les employeurs potentiels.
metiers-quebec.org/transport/navigateur.htm

Cargo MV Cabot

Le cargo M/V Cabot longeant Charlevoix.
Photo : Gabriel Cavanagh

Mal de mer

Pour connaître son degré de sensibilité au mal de mer, il est préférable de faire une brève sortie sur l’océan avant d’entreprendre un long voyage. La règle des 4F rappelle les facteurs aggravants : la faim, le froid, la fatigue et la frousse. En dormant bien, en mangeant bien (sans alcool), en étant bien habillé et bien préparé, il est possible de réduire les symptômes. Si l’inconfort survient quand même, l’idéal est de regarder à l’horizon, au grand air sur le pont, ou de s’allonger là où le bateau bouge le moins. Des traitements préventifs existent. Au besoin, parlez-en avec votre médecin.

Sécurité

Assurez-vous de la qualification du capitaine et de la qualité du bateau, avant de partir. Une fois en mer, respectez en tout temps les consignes du capitaine pour éviter une chute par-dessus bord. Votre vie en dépend.

commentez@jobboom.com

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