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Avant de réformer les cégeps…

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La proposition des jeunes libéraux d’abolir les cégeps pour créer de grandes écoles de métiers, afin de mieux répondre aux besoins du marché du travail, a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours.

Je ne me prononcerai pas ici sur le bien-fondé de cette proposition, mais voici quelques éléments à considérer lorsqu’on réfléchit sur le futur des cégeps.

D’abord, il est indéniable qu’il y a une grande demande pour la main-d’œuvre possédant des compétences de niveau collégial.

Selon les plus récentes prévisions d’Emploi-Québec sur le marché du travail, publiées récemment, les emplois de niveau technique (qui demandent une formation technique collégiale ou une formation professionnelle du secondaire) représenteront près du tiers de l’emploi total en 2022. À titre comparatif, les emplois demandant une formation universitaire occuperont environ le cinquième de la main-d’œuvre.

Si les emplois de niveau universitaire sont ceux qui connaîtront la plus forte croissance d’ici 2022, les emplois de niveau technique suivent non loin derrière, avec un taux de croissance prévu de 0,8 % par année, ce qui représente pas moins de 99 000 emplois à terme. Du lot, la forte majorité (86 %) demandera une formation de niveau collégial technique.

Lors de notre plus récente enquête sur le placement des diplômés pour le guide Les carrières d’avenir 2014, nous avons identifié pas moins d’une trentaine de formations collégiales offrant d’excellentes perspectives d’avenir.

Nous avons notamment demandé aux institutions scolaires interrogées de nous partager des données concernant le nombre d’offres d’emploi reçues pour les diplômés des programmes retenus. C’est parmi les formations collégiales que les écarts les plus impressionnants ont été constatés.

Par exemple, le Cégep de l’Outaouais a reçu pas moins de 100 offres d’emploi pour seulement deux diplômés en technologie de la géomatique, profil cartographie. Le Collège Lionel Groulx a quant à lui reçu l’équivalent de 10 offres d’emploi par diplômé en techniques de la documentation.

Bien entendu, ces chiffres doivent être analysés avec un grain de sel, puisque ces écarts peuvent résulter d’un contexte particulier à un établissement scolaire ou à une région donnée, mais ils donnent quand même une bonne idée de la demande pour ce type de main-d’œuvre.

La formation collégiale répond-elle donc si mal aux besoins du marché du travail, au point de penser à abolir les cégeps? En tout cas, ça n’affecte certainement pas la demande.

Ce qui est plus inquiétant pour les cégeps, c’est qu’on prévoit que les inscriptions devraient chuter de 16 % d’ici 2020. La baisse sera particulièrement marquée dans les régions. Ce n’est pas par manque d’intérêt de la part des étudiants; l’explication est en grande partie démographique. Ce manque d’effectifs pourrait toutefois causer des difficultés à certaines institutions, qui peinent déjà à maintenir des programmes ouverts en raison du manque d’étudiants.

Comme les cégeps de région sont sur la première ligne pour répondre aux besoins des entreprises locales, cette diminution annoncée du nombre d’étudiants laisse croire que l’écart entre l’offre et la demande s’accentuera.

Une réforme est-elle nécessaire? Peut-être. Mais avant tout, il faut s’assurer d’avoir des étudiants.

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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