Faites avancer le monde en TIC

Travailler dans le domaine des TIC tout en contribuant à l’avancement d’une bonne cause ou en aidant son prochain, c’est possible! Portrait de quatre spécialistes des technologies de l’information qui ont des convictions.

Améliorer la qualité de vie

Marco Guilmette, président d’Infologique innovation
Photo : Geneviève Trudel

On dit de Marco Guilmette qu’il est une source inépuisable de nouvelles idées. L’une de ses récentes créations, Marti (Mon assistant à la réalisation de tâches interactif), a d’ailleurs remporté le prix OCTAS 2012 décerné par le Réseau Action TI (qui regroupe des professionnels des TI) pour l’Application de l’année au service de la société, coiffant au poteau des géants comme Desjardins et la SAQ.

À la tête d’Infologique innovation, une petite firme de consultation en intelligence d’affaires située à Trois-Rivières, ce diplômé en techniques de l’informatique, spécialisation en informatique de gestion du Cégep de Granby a toujours aimé développer des concepts. «Je voulais avoir un impact sur la société, aider les gens tout en me servant de ma créativité», explique-t-il.

L’idée derrière Infologique innovation, qu’il a fondée en 2009, est d’améliorer la qualité de vie des individus en utilisant la mobilité. «Nous voulons être un pont entre la technologie et les personnes qui en ont besoin, en développant des produits pour les aider», précise Marco Guilmette. Et c’est exactement ce que réussit à faire l’application Marti. Installé sur un iPhone ou un iPad, cet outil permet à ceux qui souffrent de déficience intellectuelle ou d’un trouble envahissant du développement, entre autres, d’effectuer seuls des tâches de la vie quotidienne.

Concrètement, Marti est un assistant virtuel qui montre étape par étape comment se faire un thé, nourrir le chat, se préparer un sandwich, etc. Les tâches sont décomposées en plusieurs séquences, en utilisant la vidéo, la photo et des instructions audio qui guident l’utilisateur.

Marti permet de programmer 50 tâches différentes et a été développée en collaboration avec des chercheurs de la Chaire de recherche sur les technologies de soutien à l’autodétermination de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

La beauté de la chose? Cet outil est incroyablement flexible et peut être adapté au quotidien de chaque individu. «Les parents d’un enfant souffrant de déficience intellectuelle peuvent programmer les étapes en fonction de ses besoins spécifiques. Par exemple, en prenant en photo les vraies armoires de la cuisine et en les intégrant à la séquence», explique Marco.

«Depuis que je suis tout jeune, je me valorise au moyen de ce que je peux rendre à ma communauté. J’ai trouvé ma voie avec Marti, qui me permet de concilier à la fois créativité et aide à autrui. D’ailleurs, le retour émotionnel des gens est énorme», confie-t-il. Il raconte que, lors d’une présentation de son produit à des parents, un couple s’est mis à pleurer en lui disant que s’il avait pu utiliser cette application alors que son enfant, aujourd’hui âgé de 39 ans, était jeune, il aurait pu lui apprendre énormément de choses…

Rendre plus autonome les personnes handicapées

Sébastien Bibeau, directeur des opérations chez Kinova
Photo : Josée Lecompte

Les TIC peuvent aussi améliorer la qualité de vie des personnes handicapées, celles qui ont perdu un bras dans un accident par exemple. En 2008, la compagnie Kinova, à Montréal, s’est lancée dans la création du JACO, un bras robotique destiné aux personnes en fauteuil roulant. Cet outil ultra-perfectionné est doté d’une main à trois doigts qui se fixe sur le fauteuil. Il permet de saisir des objets, de tenir une fourchette, de ramasser ses lunettes, voire de se gratter le bout du nez!

Cette petite merveille de l’ingénierie facilite considérablement la vie des personnes à mobilité réduite qui peuvent donc accomplir une foule de gestes quotidiens qui, autrement, nécessiteraient une aide extérieure.

Le directeur des opérations de Kinova, Sébastien Bibeau, ing. jr, a participé à l’élaboration du prototype et à tout le processus de développement. Il a notamment travaillé sur la programmation du «cerveau» du JACO, lequel lui permet de fonctionner adéquatement et de prendre des «décisions» sur ses activités de contrôle, de gestion des systèmes, etc.

«C’est à la fois gratifiant et motivant de pouvoir aider les personnes handicapées. C’est une véritable mission de vie. J’ai toujours voulu participer à la conception de produits qui améliorent l’existence des gens. D’ailleurs, je souhaitais que mon expertise puisse servir à une entreprise “noble”. Je n’aurais jamais pu œuvrer pour une compagnie de tabac, par exemple!» fait-il valoir. Avant de se retrouver chez Kinova, le diplômé en génie des technologies de l’information à l’École de technologie supérieure avait travaillé pour une firme de création de jeux vidéo. Bien qu’intéressant, ce domaine ne lui donnait toutefois pas l’impression «de faire quelque chose qui fait avancer le monde».

Outre la gestion des opérations quotidiennes de la compagnie, il présente aussi le produit aux clients. Ce volet qui touche aux relations interpersonnelles lui tient particulièrement à cœur. «C’est à ce moment-là qu’on se rend vraiment compte à quel point le JACO peut aider une personne handicapée», se réjouit-il.

Développer des outils dédiés à la psychiatrie

Axel Van Leeuw, chef du service informatique à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas
Photo : Josée Lecompte

En tant que chef du service informatique de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, Axel Van Leeuw supervise le travail d’une équipe de 20 personnes. L’Institut Douglas, situé à Montréal, comprend trois entités : la fondation, l’hôpital et le centre de recherche. Autant dire que le travail ne manque pas pour ce titulaire d’une maîtrise en informatique de l’Université du Québec à Montréal et d’un baccalauréat en sciences physiques obtenu préalablement en Belgique.

Actuellement, il travaille au virage technologique de l’Institut Douglas, afin que ce dernier devienne un établis­sement entièrement numérique d’ici cinq ans. Tout un défi, qui demande à la fois de moderniser les systèmes informatiques (gestion de paie et de ressources humaines, d’archivage, de transmission d’images médicales, etc.), mais aussi de développer des outils dédiés à la psychiatrie. Il travaille notamment sur OACIS, un logiciel de dossiers cliniques informatisés. Ce système permet aux médecins d’avoir accès au bilan de santé global des patients au moyen d’un dossier électronique unique qui contient toutes les informations médicales mises à jour.

«L’Institut Douglas est reconnu pour son leadership dans le domaine de la santé mentale et le ministère de la Santé et des Services sociaux nous a confié le mandat de développer des outils informatiques spécifiques», explique Axel Van Leeuw. Pour ce faire, lui et son équipe ont travaillé de concert avec des cliniciens de l’Institut et des trois autres établissements psychiatriques de la région de Montréal. Les cliniciens ont rédigé un cahier des charges à propos des fonctionnalités qu’ils aimeraient voir dans OACIS, pour l’adapter à la pratique en santé mentale. Par exemple, des outils informatiques pour l’évaluation de la cote de dangerosité d’un patient, de son risque suicidaire, pour gérer les différents aspects légaux concernant la garde en établissement, etc.

Ce n’est pas tout à fait un hasard si Axel Van Leeuw s’est retrouvé dans le domaine de la santé, car c’est un milieu dans lequel il a toujours baigné : sa mère et sa tante étaient infirmières et il a lui-même été préposé aux bénéficiaires pendant ses études. «Dans le domaine de la santé mentale en particulier, le personnel a un côté humain très développé. Cela en fait un milieu de travail formidable, où l’on met l’accent sur le respect et l’attention qui est portée aux patients. En ce qui me concerne, je m’estime chanceux que mes compétences puissent aider à améliorer le bien-être des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale», dit-il.

Contribuer au rayonnement culturel

Xavier Normand, gestionnaire de réseaux chez De Marque
Photo : Valerie Busque

La compagnie De Marque change elle aussi le monde à sa façon, en sauvant des milliers d’arbres. L’entreprise distribue des contenus éducatifs et culturels sous forme numérique, en particulier des livres. Actuellement, près de 200 éditeurs utilisent l’entrepôt de livres numériques De Marque, totalisant des milliers de ventes chaque semaine.

Xavier Normand est gestionnaire de réseaux pour l’entreprise, où il travaille depuis 13 ans. Il y est d’abord entré comme stagiaire, alors qu’il terminait une attestation d’études collégiales en administration et gestion de réseaux dans une école privée de Québec. Au quotidien, son rôle consiste à administrer les systèmes et à gérer les plateformes sur lesquelles les éditeurs déposent leurs livres numériques. «Je dois m’assurer que les serveurs ne sont pas débordés, que les fichiers déposés sont bien stockés, qu’il y a suffisamment d’espace mémoire dans les serveurs», énumère-t-il.

En travaillant pour De Marque, Xavier a d’abord la satisfaction de contribuer au développement durable et à la préservation des ressources forestières, car un livre numérique n’a pas besoin de papier pour exister. «Cet aspect est important pour moi, et j’ai l’impression de faire mon effort dans ce sens», dit-il.

Mais il a aussi le sentiment d’aider au rayonnement et à la promotion de la culture, dans la mesure où De Marque rend les livres plus accessibles. «Grâce au format numérique, on peut tenir des dizaines d’ouvrages dans le creux de sa main! Depuis l’an dernier, De Marque rend aussi les livres électroniques disponibles dans plusieurs centaines de bibliothèques publiques», se réjouit-il. Un usager peut donc emprunter un livre par Internet, de n’importe où, en téléchargeant un fichier qui s’autodétruira de lui-même au bout de 21 jours. Pas de doute, les TIC peuvent bel et bien changer le monde!

Cet article est tiré du guide
Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

Dominique Anglade : dame de cœur

Dominique Anglade, ingénieure et présidente de la Coalition Avenir Québec
Photo : Josée Lecompte

Présidente de la Coalition Avenir Québec, fondatrice d’un organisme d’aide internationale, ingénieure dans des entreprises de renom. En à peine 15 ans de carrière, Dominique Anglade a cumulé les postes de prestige. Rencontre avec une femme de tête et d’action.

D’entrée de jeu, ce qui frappe en parlant avec Dominique Anglade, ce sont sa détermination et sa grande humanité. «Deux choses indépendantes de notre volonté déterminent en grande partie notre destinée : le pays où l’on est né et les parents que l’on a eus», raconte cette ingénieure industrielle de 38 ans diplômée de l’École Polytechnique Montréal. «Pour ma part, j’ai été chanceuse, et j’ai le devoir de redonner à la société une partie de ce que j’ai reçu.» Une philosophie en filigrane de tout son parcours.

J’aime le concret, j’aime l’action, mais j’aime aussi les gens. Le génie industriel me ressemble, car on travaille en usine, sur le plancher des vaches, avec des machines mais aussi avec des individus. Real products, real people…

Ainsi, pendant plusieurs années, Dominique Anglade a siégé au sein de conseils d’administration de plus d’une douzaine d’organisations comme Centraide et la Conférence canadienne du Gouverneur général sur le leadership. Plus de 25 distinctions ont souligné cet engagement. Mais elle souhaitait aller plus loin.

Née au Québec, elle a gardé des liens très étroits avec la terre d’origine de sa famille où elle a passé trois ans durant son adolescence : Haïti. Plusieurs proches, notamment ses parents, ont péri lors du séisme du 12 janvier 2010.

En juillet 2010, elle a donc fondé KANPE – qui signifie «debout» en créole – un organisme qui vise à enrayer le cycle de la pauvreté en favorisant l’autonomie financière des familles les plus vulnérables à Haïti. Par exemple, la fondation aide des familles à trouver de nouvelles sources de revenu et à accéder au microfinancement.

Real products, real people

Ses activités professionnelles sont tout aussi remarquables. Après avoir décroché son diplôme, Dominique Anglade a amorcé sa carrière en 1996 comme ingénieure industrielle chez Procter & Gamble, dans une usine en Ontario. Elle a rapidement accédé à un poste de chef de service. À l’âge de 24 ans, elle se retrouvait à la tête d’une centaine d’employés. «J’étais une femme, jeune, noire et de surcroît francophone…», se souvient-elle. Pas facile d’établir sa crédibilité! «Pour y parvenir, j’ai rencontré chacun des membres de l’équipe et j’ai écouté. Cela a tout de suite créé un lien.»

En 2000, elle est revenue au Québec pour assumer les fonctions de directrice des affaires externes et gouvernementales chez Nortel, avant d’être recrutée quelques années plus tard par la prestigieuse firme McKinsey & Company comme consultante en gestion auprès de dirigeants de multinationale. En janvier 2012, alors que le benjamin de ses trois enfants n’était âgé que de quelques semaines, elle a fait le saut en politique et est devenue présidente de la Coalition Avenir Québec.

Le fil conducteur de ce parcours hors du commun? Peut-être ce qui l’a conduite initialement vers le génie industriel. «J’aime le concret, j’aime l’action, mais j’aime aussi les gens. Le génie industriel me ressemble, car on travaille en usine, sur le plancher des vaches, avec des machines mais aussi avec des individus. Real products, real people…»

Elle compte appliquer la rigueur de la gestion opérationnelle à la politique, aussi tissée de relations humaines. «J’aime rêver, mais je veux aussi du concret. Et dans ce sens, je veux avoir une société qui fonctionne. Aujourd’hui, le Québec n’est pas le reflet de ce que nous sommes. On peut faire mieux…»

Cet article est tiré du guide
Les carrières de l’ingénierie 2013

Secrets bien gardés

Parce qu’ils sont peu connus ou qu’ils n’ont pas le vent dans les voiles, certains programmes d’études sont boudés par les jeunes. C’est le cas des formations liées à la foresterie, à la fabrication industrielle, à l’agriculture et au textile. Mais pendant que les inscriptions baissent, les offres d’emploi persistent dans ces secteurs.

La foresterie fait partie de ces secteurs qui n’intéressent plus les jeunes depuis belle lurette. Les crises successives traversées par l’industrie du bois et des pâtes et papiers, comme le conflit du bois d’œuvre, les fermetures de scieries et la chute de la construction chez nos voisins du sud, ont littéralement vidé les salles de cours, et pourtant…

Foresterie : encore du boulot dans le bois

«Au début des années 2000, nous comptions 110 diplômés du diplôme d’études collégiales [DEC] en technologie forestière», indique Johnny Gauthier, responsable du Service de placement du Cégep de Chicoutimi. «En 2012, nous n’avions plus qu’une dizaine de diplômés. Or, nous pourrions en former annuellement une vingtaine, et nous les placerions tous.» Ces technologues travaillent à la régénération, à la coupe et à l’aménagement de la forêt. Ils exercent notamment dans les entreprises forestières, les firmes d’ingénieurs-conseils, les coopératives forestières, les municipalités ou les ministères.

Au Cégep de Trois-Rivières, le seul à offrir le DEC Procédés et valorisation (autrefois connu sous le nom de Technologie des pâtes et papiers), le constat est le même. «Nous avons reçu 10 offres d’emploi pour nos 2 diplômés de mai 2011. Et en 2012, nous n’avons même pas offert le programme, faute d’inscriptions», explique Caroline Hamel, responsable du Service de placement.

Même s’il y a eu un ralentissement dans les pâtes et papiers, l’industrie a besoin de main-d’œuvre, notamment pour remplacer les départs à la retraite. «L’industrie du papier, ce n’est pas que le papier journal. On parle de papier hygiénique, d’essuie-tout, de carton et d’emballage alimentaire», note Jean-Patrice Lamothe, enseignant du programme au Cégep de Trois-Rivières. Il mentionne que les entreprises recherchent ces technologues pour pourvoir des postes d’opérateurs, mais aussi pour des emplois liés à la fabrication, la gestion, la représentation, le contrôle de la qualité et la recherche en pâtes et papiers.

L’industrie du papier, ce n’est pas que le papier journal. On parle de papier hygienique, d’essuie-tout, de carton et d’emballage alimentaire. — Jean-Patrice Lamothe, Cégep de Trois-Rivières

Les nouvelles ne sont guère meilleures du côté du génie forestier. François-Hugues Bernier, directeur des communications et de la foresterie à l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, en témoigne. Dans les trois programmes menant à la profession d’ingénieur forestier, le nombre d’étudiants est en déclin constant. «En 1991, la cohorte en aménagement et environnement forestiers comptait 120 diplômés, dit-il. En 2012, ils n’étaient que 25.» Les baccalauréats Opérations forestières et Génie du bois ont aussi connu des baisses d’inscriptions semblables.

«Les gens voient les scieries fermer et pensent qu’il n’y a pas d’avenir dans la forêt. Mais il y aura toujours du travail pour les ingénieurs forestiers, qui sont les seuls à pouvoir signer des plans d’aménagement forestier. Le nombre et le type d’employeurs qui recherchent ces diplômés ont explosé depuis quelques années. Le ministère des Ressources naturelles, qui s’occupe désormais de la planification forestière, a d’importants besoins. On trouve aussi ces ingénieurs dans les MRC et les entreprises forestières de coupe de bois», énumère François-Hugues Bernier. Pour attirer les jeunes, les employeurs offrent des salaires et des conditions de travail compétitifs. «On s’arrache les quelques ingénieurs forestiers disponibles», conclut-il.

En foresterie, on ne peut pas dire que les besoins en main-d’œuvre soient croissants pour tous les métiers. Mais le nombre de diplômés a tellement décru au cours des dernières années que les offres d’emploi restent sans réponse.

Fabrication métallique industrielle : vers une pénurie de travailleurs «Dans les années 1990, les salles de cours des formations professionnelles liées à la fabrication métallique étaient pleines. Aujourd’hui, on peine à recruter des élèves…», déplore de son côté Claude Dupuis, directeur général de PERFORM, le Comité sectoriel de la main-d’œuvre dans la fabrication métallique industrielle (FMI).

Selon les données de la Relance au secondaire en formation professionnelle, le nombre de diplômés du diplôme d’études professionnelles (DEP) en soudage-montage a diminué de 1 308 en 1998-1999 à 983 en 2009-2010. Du côté du DEP Techniques d’usinage, le nombre de diplômés a chuté de moitié en dix ans, passant de 1 123 à 510. Quant aux attestations de spécialisation professionnelle en outillage, matriçage et fabrication de moules, elles ne produisent que très peu ou pas de diplômés.

Au printemps 2012, le Centre de formation Harricana en Abitibi a reçu plus de 25 offres d’emploi pour ses 6 diplômés en techniques d’usinage.

Et pourtant, l’emploi existe. «À l’automne 2010, une enquête menée auprès d’entreprises du secteur a révélé que les besoins en main-d’œuvre étaient supérieurs au nombre de candidats disponibles», soutient Claude Dupuis. Ainsi, en 2010, l’industrie aurait eu besoin de 1 400 soudeurs et assembleurs-soudeurs, alors qu’on ne comptait que 983 nouveaux diplômés en soudage-montage. En 2012, la demande est toujours aussi forte. Claude Dupuis mentionne d’ailleurs qu’entre janvier et septembre 2012, des entreprises ont dû se tourner vers l’embauche de 65 soudeurs et 20 machinistes venus de l’étranger pour répondre à leurs besoins. Pas de doute, le déséquilibre entre l’offre et la demande est important.

L’effervescence du secteur minier, notamment, accentue la demande de fabrication d’outils et de pièces d’équipement dans les ateliers d’usinage. Par exemple, au printemps 2012, le Centre de formation Harricana en Abitibi a reçu plus de 25 offres d’emploi pour ses 6 diplômés en techniques d’usinage. Certains ateliers d’usinage doivent même refuser des contrats, faute de main-d’œuvre spécialisée.

Plusieurs facteurs expliquent ce manque d’intérêt pour le secteur, soutient Claude Dupuis. D’abord, les jeunes qui s’intéressent au travail manuel sont davantage attirés par les métiers de la construction que par ceux de la FMI, compte tenu de la vigueur de l’immobilier. «De plus, la FMI a peu de couverture médiatique. Le domaine est mal connu. Nous représentons pourtant 3 500 entreprises au Québec, mais surtout des PME», dit-il. Des entreprises qui ont une capacité d’attraction moins forte que les grandes compagnies.
Pour satisfaire aux besoins, plusieurs entreprises forment leur personnel à l’interne. Par exemple, un manœuvre qui travaille pour la compagnie depuis quelques années et qui est intéressé à devenir machiniste peut recevoir une formation sur le terrain.

Agriculture : retour a la terre

Les jeunes ne sont pas davantage au rendez-vous en agriculture, un domaine dont les besoins en ouvriers agricoles ne sont pas pourvus, notamment en production laitière et en production porcine. «Nous n’avons pas de chiffres sur les manques de main-d’œuvre, mais les producteurs nous disent qu’ils ne trouvent pas de candidats lorsqu’ils appellent dans les Centres d’emploi agricole du Québec», explique Hélène Varvaressos, directrice générale d’AGRIcarrières, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de la production agricole.
Les dernières données de la Relance au secondaire en formation professionnelle indiquent que le nombre de diplômés est en baisse depuis quelques années dans les DEP en production porcine et en production laitière, deux programmes qui seront officiellement regroupés en 2013. «Une fois leur DEP en poche, la plupart des diplômés prennent la relève de l’exploitation familiale. Ils ne peuvent donc pas pourvoir les emplois offerts par les autres producteurs», précise la directrice générale.

À la campagne, l’exode des jeunes n’aide pas la situation puisque, traditionnellement, les personnes s’inscrivant à ces formations étaient issues du milieu rural. «Qui plus est, l’offre variée de programmes en formation professionnelle amène les candidats à se tourner vers d’autres domaines plus attirants, comme les nouvelles technologies», dit Hélène Varvaressos.

Pourtant, le domaine a évolué. «Le secteur s’est mécanisé et automatisé, dit Hélène Varvaressos. Les nouvelles technologies occupent désormais une place importante.» Par exemple, les technologies ont fait leur entrée dans certaines fermes dans la distribution des aliments aux animaux, dans la traite des vaches et même dans la machinerie agricole.

Textile : l’avenir est dans les fibres

Dans le secteur du textile, le DEP Production textile (opérations) ainsi que les DEC Production textile et Matières textiles ne sont plus offerts depuis plusieurs années, faute d’inscriptions. Le Cégep de Saint-Hyacinthe a décidé en 2008 de ne plus proposer ces deux DEC en raison de la difficulté à y attirer des jeunes.

Selon Marlène Lemire, chargée de projets à la promotion des carrières au Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie textile du Québec, cette situation s’explique par une méconnaissance du secteur, de même que par la mauvaise publicité causée par les fermetures de manufactures.

«Le textile, ce n’est pas seulement la confection de vêtements! Dans ce domaine, on produit des fils et des fibres variés et on dessert 12 sous-secteurs, comme le génie civil, l’environnement, la construction, la santé et l’aérospatiale», énumère-t-elle. De plus en plus, le textile devient «technique» et permet de fabriquer des gilets pare-balles, des matériaux isolants, des tissus antimicrobiens, chauffants, sans entretien, infroissables, etc.

Selon le plus récent diagnostic sectoriel, les besoins en main-d’œuvre sont réels. En 2010, plus de 73 % des entreprises sondées étaient en recrutement. Près de 54 % cherchaient à embaucher des opérateurs de machines à coudre industrielles. Et plus de 27 % des employeurs étaient à la recherche de personnel de production, comme des tailleurs ou des manutentionnaires.

Faute de diplômés, les entreprises du textile se débrouillent, souligne Marlène Lemire. Par exemple, certaines embauchent des diplômés en électromécanique de systèmes automatisés ou en mécanique d’entretien et leur enseignent sur le terrain la portion concernant le textile. Mais il est clair que le retour des formations en textile et des diplômés que cela suppose ferait le bonheur des employeurs! 09/12

En avion vers la mine

L’industrie minière a d’importants besoins en main-d’œuvre. Mais comment trouver les travailleurs nécessaires à la bonne marche des chantiers situés à des centaines de kilomètres des grands centres urbains? La solution : la navette aérienne, une formule qui gagne en popularité.

Il fut un temps où l’on construisait des villes entières autour d’exploitations minières. Schefferville, Murdochville et même Fermont sont les témoins de cette époque. Mais aujourd’hui, les besoins en main-d’œuvre ne justifient plus des investissements aussi colossaux, surtout lorsqu’on sait ce qu’il advient de certaines villes mono-industrielles une fois le principal employeur déménagé…

Le système de navette aérienne (qu’on nomme en anglais fly-in fly-out), qui permet de transporter les travailleurs vers les sites miniers pour une à deux semaines, puis de les ramener chez eux pour une période équivalente, apparaît donc comme une bonne solution de rechange.

Une formule indispensable

D’importantes compagnies comme ArcelorMittal Mines Canada, Cliffs Natural Resources, Xstrata Nickel et Goldcorp-projet Éléonore ont recours aux navettes aériennes. Marc-Urbain Proulx, professeur en économie régionale à l’Université du Québec à Chicoutimi et directeur scientifique du Centre de recherche sur le développement territorial, estime que cette formule est promise à un bel avenir. Selon lui, le caractère cyclique de la demande mondiale de matières premières, l’amélioration des moyens de transport et de communication de même que les coûts liés à la construction de villes et à leur maintien une fois les mines fermées, favorisent l’utilisation de travailleurs migrants. «C’est très coûteux de construire des villes et des villages à proximité de la ressource, et quand celle-ci s’épuise, les coûts sociaux sont énormes», souligne-t-il.

Autre aspect à considérer : la modernisation des exploitations minières, qui sont devenues de véritables «technomines», fait en sorte que la main-d’œuvre requise a considérablement diminué. «Par rapport aux années 1950, on calcule qu’il faut désormais de trois à six fois moins de travailleurs pour extraire la même quantité de minerai. Là où 1 000 employés étaient nécessaires, il n’en faut plus que 200», indique Marc-Urbain Proulx. Pas de quoi fonder une ville!

Un système éprouvé

Situé dans le Nord-du-Québec, à 350 km au nord de Matagami, le chantier Éléonore de Goldcorp en est à la phase de construction. L’exploitation de cette mine d’or, qui devrait être l’une des plus importantes au pays, débutera en 2014. Compte tenu de sa situation géographique, le recours à la navette aérienne est évidemment essentiel. «Tous les employés sont volants; la majorité a un horaire de 7/7 ou 14/14», explique Julie Lachapelle, conseillère en communication et porte-parole de la compagnie. C’est-à-dire, par exemple, 7 jours de travail consécutifs à raison de 12 heures par jour, suivis de 7 jours de repos à la maison. Seuls les employés des bureaux de Chibougamau et Rouyn-Noranda travaillent suivant un horaire classique de cinq jours.

Goldcorp nolise des avions d’une quarantaine de passagers au départ de ces deux municipalités ainsi que de Montréal et du village cri de Wemindji. À partir de Chibougamau, il faut compter environ 1 h 15 de vol jusqu’au site. Sur place, un camp temporaire a été aménagé, en attendant la construction de nouveaux édifices. «Mais attention, les employés ne sont pas logés dans des tentes! Ce sont des chambres confortables avec télévision, câble, Wi-Fi, réfrigérateur, etc.», précise Julie Lachapelle. Les employés prennent leurs repas dans une cafétéria où tout est préparé sur place avec des aliments frais.

Une solution qui vaut le coût

«C’est certain que pour la compagnie, ce mode de fonctionnement représente des coûts considérables, par rapport à un site minier localisé près d’une ville. Il faut loger et nourrir les travailleurs et payer les déplacements en avion», indique Julie Lachapelle. Mais il faut ce qu’il faut si on veut avoir de la main-d’œuvre… D’ailleurs, même certaines exploitations minières implantées à proximité d’une ville n’échappent pas pour autant au besoin de faire des déplacements par navette aérienne.

Les gens travaillent cinq mois et demi par année et sont payés pour douze… C’est quand même intéressant, d’autant plus que l’industrie minière offre d’excellentes conditions d’emploi. Plusieurs employés disent qu’ils se reposent ici, car tout est pris en charge.
– Sylvain Gagnon, directeur des ressources humaines, Cliffs Natural Resources

C’est le cas pour Cliffs Natural Resources et sa mine de fer du lac Bloom, située à quelques kilomètres de Fermont, sur la Côte-Nord. Certains employés demeurent dans la ville toute proche, mais d’autres, environ 350, viennent en avion nolisé depuis Val-d’Or, Sherbrooke ou Montréal. La majorité a un horaire de type 14/14, à raison de 12 heures de travail quotidiennes pendant 14 jours, suivis de 14 jours de repos. Ils sont logés dans des maisons de six ou sept chambres ou dans des bâtiments s’apparentant à de véritables hôtels; les employés sont nourris et bénéficient de tout le confort moderne, y compris un service de ménage quotidien! Coûteuse, la navette aérienne? «C’est quand même moins cher que de devoir construire 500 maisons», fait valoir le directeur des ressources humaines, Sylvain Gagnon.

Le complexe minier d’ArcelorMittal à Mont-Wright, situé à 17 km de Fermont, emploie environ 1 300 personnes. Sur ce nombre, de 10 à 15 % ont adopté la formule de la navette aérienne. Les horaires sont généralement de 12/12 ou 14/14 et les départs en avion se font de Gaspé, de Montréal et de Québec. Là encore, tout est pris en charge par l’employeur et le personnel est logé dans des appartements tout confort à proximité de la mine. «Sans la navette, nous souffririons d’une pénurie de main-d’œuvre», note Éric Tétrault, le directeur des ressources humaines.

Obstacle ou aide au recrutement?

En règle générale, les employeurs s’entendent pour dire que la formule facilite le recrutement, dans la mesure où elle permet d’aller chercher la main-d’œuvre là où elle se trouve, pour l’amener sur les lieux de travail.

Mais il y a mieux : «Quand on fait le calcul, on se rend compte que les gens travaillent cinq mois et demi par année [incluant les deux semaines de congé annuelles] et sont payés pour douze… C’est quand même intéressant, d’autant plus que l’industrie minière offre d’excellentes conditions d’emploi, souligne Sylvain Gagnon. Plusieurs employés disent qu’ils se reposent ici, car tout est pris en charge», ajoute-t-il.

Cette formule permet également de mettre la main sur des travailleurs qui, autrement, n’auraient pas été prêts à aller en région éloignée. «Prenons le cas d’une personne qui demeure avec sa famille en Gaspésie. Avec la navette aérienne, elle n’a pas besoin de déménager toute sa famille ni de convaincre son conjoint ou sa conjointe de la suivre», illustre Éric Tétrault.

Pour ceux qui ont de jeunes enfants, cela peut toutefois se révéler plus ardu. «Le parent qui reste a une double tâche pendant que l’autre part travailler», remarque Julie Lachapelle. Cela ne fait donc pas toujours le bonheur des conjointes. Mais certaines confessent qu’elles sont malgré tout bien contentes d’être tranquilles à la maison une semaine sur deux!

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Dans ce dossier

• Navette aérienne : témoignages de travailleurs miniers.

Navette aérienne : témoignages de travailleurs miniers

Pour de nombreux employés de l’industrie minière, faire la navette par avion est devenu un mode de vie. Si la formule demande une période d’adaptation, ceux qui l’adoptent ne s’imaginent plus vivre autrement.

Mardi, 16 h. Denis Ricard quitte sa résidence de Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, et roule jusqu’à l’aéroport de Chibougamau, à 240 km. Là, il monte dans un avion avec plusieurs de ses collègues. Après un vol de 50 minutes, il atterrit sur la piste du chantier Éléonore de Goldcorp, au sud-est du réservoir Opinaca, près de la baie James.

Depuis deux ans, Denis travaille à titre de superviseur dans cette mine d’or souterraine. Les journées sont longues, de 6 h à 18 h, parfois davantage, mais après sept jours de ce régime, il remonte dans l’avion et repart chez lui pour une semaine de repos. «J’aime cet horaire, je ne pourrais plus m’en passer! Je ne sais pas comment font les gens pour travailler pendant cinq jours et n’avoir qu’une petite fin de semaine de congé», s’exclame-t-il.

Plus de congés en famille

Âgé de 51 ans et père de trois garçons, Denis a presque toujours travaillé en rotation. «Auparavant, je travaillais pour Agnico-Eagle, à la mine d’or de Meadowbank au Nunavut, selon un horaire 14/14», explique-t-il. Selon lui, le système de navette aérienne lui permet de passer plus de temps avec ses enfants que s’il faisait du neuf à cinq, cinq jours par semaine.

L’inconvénient qu’il note cependant : ces absences prolongées l’ont empêché de participer à certains événements comme des spectacles d’enfants, des anniversaires, des compétitions sportives… «J’ai manqué certaines choses parce que j’étais au boulot», convient-il. Cette réalité est toutefois compensée par l’ambiance conviviale qui règne au travail. «On est un peu comme une grosse famille», dit-il.

Bon pour l’esprit d’équipe

Julie Lachapelle, 37 ans, conseillère en communication pour Goldcorp, exerce elle aussi son métier suivant le principe de la navette aérienne, selon un horaire de quatre jours de travail suivis de trois jours de repos. Originaire de Montréal, elle a déménagé dans le Nord-du-Québec pour occuper cet emploi. Elle décolle le lundi matin à 8 h 30 de l’aéroport de Chibougamau-Chapais, puis atterrit aux alentours de 9 h 30 au chantier Éléonore. À l’instar de Denis, elle apprécie l’esprit d’équipe qui prévaut sur son lieu de travail. «Cet emploi me permet aussi d’avoir accès à une vie professionnelle dynamique. C’est un milieu en effervescence et fort intéressant. Ç’a été un gros changement par rapport à ma vie à Montréal, mais je ne le regrette pas. Je me déplace beaucoup, car je peux aussi avoir à travailler depuis Rouyn-Noranda ou Chibougamau, en plus du site d’Éléonore, poursuit-elle. Tout le monde ne serait pas nécessairement à l’aise, mais moi, c’est exactement ce que je cherchais.»

François Lavoie, 25 ans, est ingénieur de procédé pour Cliffs Natural Resources, à la mine de fer du lac Bloom, près de Fermont. Au service de la compagnie depuis un an, il travaille selon un horaire 14/14 et prend l’avion à partir de Québec, où il réside. «J’aime le beat de la vie de mine. Ici il y a beaucoup de défis à relever, j’ai des responsabilités intéressantes et de bonnes conditions de travail», précise-t-il.

Après 14 jours de travail à raison de 12 heures par jour, il rentre chez lui où il a «14 jours pour décompresser et relaxer», selon ses dires. Selon lui, le seul inconvénient lorsqu’il est de retour à la maison, c’est d’être en congé alors que les autres travaillent. «Mais je me tiens occupé et je fais beaucoup d’activités», dit-il.

Sur le site, François habite dans une maison de sept chambres qui peut accueillir quatre ou cinq personnes en même temps. «Nous sommes regroupés par équipes de travail. J’ai même habité un certain temps avec mon patron! Ce mode de vie permet de créer des liens forts entre collègues. Parfois, on se dit en riant qu’on se voit plus souvent qu’on ne voit nos propres blondes!» conclut-il.

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