Le volume de travail diminue : que faire?

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Tout le monde l’a déjà vécu : au boulot, le rythme ralentit et on se retrouve avec moins à faire, parfois pendant plusieurs jours. Après le sentiment bienvenu de soulagement vient le doute. Que faire?

Quand Dominique (nom fictif) repense à son épisode de tournage de pouces forcé, il y a quelques années, l’énergique trentenaire frémit. «J’étais en train de mourir là!»

Commis aux services administratifs dans une grande entreprise, elle avait pourtant longtemps eu de la «broue dans le toupet». Mais petit à petit, les projets se sont faits moins nombreux et ses tâches ont fondu. Au début, elle n’était pas fâchée de souffler. Sauf qu’après quelques semaines, son assiduité habituelle a fait place à de l’apathie. Ses journées presque vides ont eu raison de sa motivation. «Mon moteur intérieur s’était éteint. Je me levais en pensant à “caller malade”. Je ne me reconnaissais plus.»

Au bout d’environ un an, elle est partie en congé de maternité. Pendant son absence, l’idée de changer d’emploi a germé. «J’aimais mieux perdre ma permanence que de recommencer à me “pogner le beigne”.» Un sacrifice qu’elle n’a finalement pas eu à faire, puisqu’elle a décroché un poste dans un service plus dynamique de la même entreprise. Aujourd’hui, ses journées sont bien remplies. «Des fois, je panique, tellement j’ai de choses à faire!» Assez pour s’ennuyer de sa période inactive? «Jamais!»

Comme quoi n’avoir rien à faire au bureau n’est pas un cadeau. Et tôt ou tard, tous les travailleurs vivent cette expérience. Que le creux dure quelques jours ou quelques mois, la question se pose : que faire quand il n’y a rien à faire?

Dure, dure, l’oisiveté

Ça va de soi, aucune entreprise ne souhaite payer ses salariés à flâner. «Un bon gestionnaire anticipe la demande de son produit ou de son service et gère son personnel en conséquence. Sinon, il “paie dans le beurre” : c’est une perte nette!» explique Denis Morin, professeur en gestion des ressources humaines à l’UQAM.

Pour un salarié, le résultat n’est guère plus heureux. Parlez-en à Lucie Lacasse. Au fil des ans, cette conseillère principale en gestion de carrière chez Optimum Talent a aidé quantité de travailleurs licenciés à retomber sur leurs pattes. Pour plusieurs, la cadence avait considérablement ralenti avant la suppression de leur poste. «En général, ils vivent une détresse profonde. Se sentir inutile, c’est désastreux pour l’estime de soi et extrêmement angoissant», dit-elle.

Pour Mathilde (nom fictif), le sentiment de culpabilité était aussi de la partie. À l’été 2010, dans le cadre d’un programme de maîtrise, elle a réalisé un stage «vide» de quatre mois dans un ministère fédéral. «Tout le monde autour de moi était débordé, mais personne ne prenait le temps de me déléguer des tâches malgré mes demandes répétées. Comme j’étais rémunérée par des fonds publics, je me sentais très coupable.»

«Comme patron, je préfère de loin l’employé proactif à celui qui se tourne les pouces sans faire de vagues»
— René-Louis Comtois, Formations Qualitemps

Au moins, son stage avait une durée déterminée. Selon Lucie Lacasse, plus l’oisiveté s’étire, plus les travailleurs souffrent. Après une longue période d’inertie, certains ont même besoin de repos. Car aussi incongru que ça puisse paraître, on peut se brûler à ne rien faire. «On pense à tort que seul le surmenage mène à l’épuisement. Mais être continuellement sous-stimulé et faire un travail qui n’a plus de sens, ça use», assure-t-elle.

Quand le couperet tombe, le désarroi est pire pour ceux qui se sont tourné les pouces sans aviser personne, poursuit-elle. «Est-ce qu’ils auraient pu être mutés dans un autre service et garder leur emploi s’ils avaient agi? Ils n’en auront jamais le cœur net.»

Du travail, s.v.p.

Pour éviter ce genre de regrets, mieux vaut cogner à la porte du patron aux premiers signes de ralentissement afin d’évaluer la situation. Avec un peu de chance, le creux sera momentané, par exemple à cause d’une diminution d’achalandage saisonnière ou d’un repositionnement stratégique.

Ces baisses de régime temporaires peuvent avoir du bon. «C’est l’occasion de réviser ses outils et méthodes de travail afin d’être plus efficace quand la machine s’emballera de nouveau», dit René-Louis Comtois, un pro de la gestion du temps qui vient au secours des travailleurs débordés. On peut, par exemple, adopter un meilleur système de gestion de courriels, mettre à jour son carnet de relations, ou même faire du bon vieux ménage. «Ce n’est pas spectaculaire, dit-il, mais c’est utile!»

En proposant des façons productives de s’occuper, un travailleur marque des points. «Comme patron, je préfère de loin l’employé proactif à celui qui se tourne les pouces sans faire de vagues», dit-il. Dans son entreprise, Formations Qualitemps, pas question de gaspiller les périodes creuses annuelles que sont l’été et le début de janvier. Tout au long de l’année, les membres de son équipe notent leurs idées d’amélioration. «Dans les temps morts, on s’attaque aux gros morceaux», explique-t-il. La compagnie en a notamment profité pour enrichir l’interactivité de ses cours et simplifier l’identification des participants à ses ateliers.

Et si vous êtes le seul à connaître des journées allégées? Raison de plus pour en parler! «C’est possible qu’un gestionnaire répartisse mal les tâches dans son équipe. Si vous vous la coulez douce pendant que vos collègues se démènent, ils vont s’en rendre compte», dit Lucie Lacasse. Votre réputation risque d’en prendre un coup, tout comme l’esprit d’équipe.

Aux grands maux…

Pour les passages à vide plus sérieux, mettre de l’ordre dans ses documents ne suffit pas. «Si un employé n’a rien à faire pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, c’est que ses tâches ne sont plus essentielles ou qu’il y a trop d’effectifs», estime Denis Morin. À la longue, des suppressions de postes sont à prévoir.

Quand le creux dure et qu’une réorganisation de tâches se prépare, il faut donc passer à l’action, selon Lucie Lacasse. «Si on souhaite rester dans l’entreprise, il faut s’asseoir avec son superviseur et évaluer les possibilités. Est-ce que mes compétences pourraient être mises à contribution dans un autre service? Est-ce que mes tâches actuelles peuvent être bonifiées?» Si l’entreprise en a les moyens, elle peut offrir une formation pour faciliter ce genre de transitions.

Idéalement, la table sera déjà mise. «Ces discussions sont plus faciles si on a établi une relation de confiance avec son patron et qu’on profite des évaluations de rendement annuelles pour faire le point, explique Lucie Lacasse. Même quand ça va bien, il faut prendre l’habitude de vérifier que l’organisation nous prend en compte dans son développement et que nos objectifs personnels cadrent avec ceux de l’entreprise.»

Éviter l’hyperspécialisation est aussi un atout. «Rester polyvalent est important, puisqu’on ne peut jamais présumer qu’une tâche qui existe aujourd’hui existera encore demain», dit Denis Morin.

Si vous êtes prêt à aller voir ailleurs, c’est le moment de mettre votre CV à jour et de lancer des perches dans votre réseau de connaissances. «On le répète souvent : chercher un emploi, c’est un job à temps plein», dit Lucie Lacasse. Autrement dit, une excellente façon de s’occuper!

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Polygraphiste ou détecteur de mensonge

Jacques Landry, polygraphiste

Jacques Landry, polygraphiste
Photo : Maude Chauvin

Jacques Landry est l’un des seuls à exercer ce métier dans le secteur privé au Québec.

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Je suis un spécialiste du polygraphe. Quand on ment, on va à l’encontre des valeurs de la société et, qu’on le veuille ou non, le corps réagit. Le rythme cardiaque s’accélère, la transpiration augmente, la pression sanguine et la respiration changent. Ce sont ces réactions que le polygraphe mesure grâce à cinq capteurs placés sur le corps du sujet. Selon les dernières recherches, sa fiabilité s’élève à plus de 90 %.

J’ai été formé à l’unique école de polygraphie au Canada, à Ottawa, alors que j’étais enquêteur à la Sûreté du Québec. Seuls les policiers qui cumulent de 10 à 15 années d’expérience aux crimes majeurs peuvent suivre la formation.

J’ai quitté la SQ en 1996 et j’offre mes services au privé depuis. Au Québec, nous sommes seulement trois ou quatre à le faire. Mes clients sont des cabinets d’avocats, des compagnies d’assurance ou encore des entreprises victimes de vols à l’interne, par exemple. Le test se fait sur une base volontaire – personne n’est obligé de s’y soumettre, même dans un contexte policier. Par conséquent, environ 75 % de ceux qui le passent sont innocents.

Si la personne ment, son corps réagira même si elle connaît les questions d’avance.

En général, un test comporte dix questions, dont seulement trois sur les faits en cause. Elles doivent être courtes et précises («Avez-vous volontairement fait disparaître votre voiture le 20 décembre 2013?»). Les autres sont des questions neutres («Sommes-nous vendredi, aujourd’hui?»), pour établir la norme physiologique de la personne, et des questions qui pourraient être révélatrices même sans porter sur les faits («Avez-vous l’intention de dire la vérité à chaque question de ce test?»).

Mon but n’est pas de surprendre la personne interrogée. Je commence par lui expliquer le processus et je vérifie si elle est apte à passer le test, physiquement et psychologiquement. Puis, je lui demande sa version des faits et je compose les questions avec elle. Ça paraît étonnant, mais ça me permet de voir d’emblée si elle essaie de se défiler. Si la personne ment, son corps réagira même si elle connaît les questions d’avance. Je pose les dix questions trois fois, dans un ordre différent. Le tout prend près de trois heures.

Je détermine sur-le-champ si la personne dit la vérité ou non. Si elle ment, je tente de lui faire avouer la vérité (hors du cadre des dix questions initiales). C’est là qu’un polygraphiste se démarque : en menant de bons interrogatoires.

Les machines qu’on voit dans les films – avec un rouleau de papier – ne sont plus utilisées depuis 30 ans. Aujourd’hui, les réactions physiologiques sont enregistrées dans un ordinateur.

Depuis mes débuts, j’ai réalisé plus de 7 500 examens. La technologie a beau avoir évolué au fil des ans, l’humain, lui, reste toujours aussi menteur.

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Profession : peintre d’enseignes rétro

Dave Arnold, dit Mr. Sign, peintre d’enseignes Photo : Josée Lecompte

Dave Arnold, dit Mr. Sign, peintre d’enseignes
Photo : Josée Lecompte

Je peins des enseignes et des lettrages à la main depuis près de quatre ans. Mes clients sont en majorité des restaurants, mais je travaille également pour des bars, des boutiques, des salons de barbier, etc. J’ai aussi peint cinq ou six camions-restaurants.

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Je travaille essentiellement sur des vitrines, mais à l’occasion je fais une murale ou un menu à l’intérieur d’un commerce.

Je suis devenu lettreur tout à fait par hasard et j’ai appris sur le tas. Avant, je m’occupais des vitrines et des présentoirs d’une boutique de vêtements. Je détestais cet emploi et j’ai démissionné sur un coup de tête pendant le temps des fêtes, avec l’idée de peindre des décorations dans les commerces de mon quartier.

La ville est en train de devenir ma galerie d’art personnelle.

Dès la première semaine, j’ai cogné chez Joe Beef, rue Notre-Dame, à Montréal. Le propriétaire ne voulait pas de père Noël dans sa vitrine, mais il m’a demandé si je savais comment y peindre le nom de son restaurant. La vraie réponse était non, mais j’ai dit oui – je n’avais plus un sou!

J’ai pris quelques jours pour fouiller dans Internet à la recherche des techniques et du matériel à utiliser et je me suis lancé. Le résultat a été au-delà de mes espérances. D’autres contrats se sont tout de suite présentés, puisque je suis pratiquement le seul à faire ce métier à Montréal.

Au début, je faisais tout à la main. Ça prenait un temps fou! Avec l’expérience, j’ai réussi à simplifier des étapes. Aujourd’hui, je réalise des croquis au crayon, que je fignole à l’ordinateur et que je fais imprimer grandeur nature. Ce sont mes pochoirs.

Chaque contrat pose un nouveau défi. Certains clients ont déjà un logo que je reproduis sur leur vitrine. D’autres me demandent d’en créer un ainsi que toute l’esthétique de leur compagnie. En un mois, je peins au maximum cinq ou six enseignes. Je peux consacrer un mois entier à un seul contrat si je dois concevoir le logo.

La grande majorité des lettrages pour les commerces sont des autocollants en vinyle qui manquent de caractère. Les miens sont des pièces uniques que les commerçants affichent comme des œuvres d’art sur leur devanture. Maintenant que j’ai une cinquantaine de vitrines à mon actif, la ville est en train de devenir ma galerie d’art personnelle!

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Scaphandrier de terrains de golf

Pierre Cabana, plongeur-récupérateur de balles de golf, Cabana golf    Photo : Patrice Bériault (singenu.com)

Pierre Cabana, plongeur-récupérateur de balles de golf, Cabana golf
Photo : Patrice Bériault (singenu.com)

Je récupère les balles de golf au fond des étangs depuis 30 ans. J’ai des contrats avec une trentaine de terrains dans les Laurentides, à Terrebonne, près de Québec, etc.

Je récolte environ 2 000 balles par jour. Avant de plonger, j’observe le terrain pour déterminer où les balles risquent de se retrouver. Je passe environ une heure par étang et je les revisite à peu près aux trois semaines.

Les étangs ont rarement plus de 3,5 mètres de profondeur. Je fouille le fond à tâtons, sans torche, parce que je soulève tellement de vase que l’eau devient trop brouillée pour que je puisse y voir quoi que ce soit. Au début et à la fin de la saison, l’eau est froide, alors je porte une combinaison étanche et des gants. Sinon, j’enfile une combinaison non étanche et je travaille à mains nues pour mieux sentir les balles.

Je mets les balles dans un filet accroché autour de mon cou. Il peut en contenir 800 et peser jusqu’à 32 kg. Avec la bonbonne de 9 kg et la ceinture de poids (pour rester au fond) qui en pèse 16, ça fait beaucoup. C’est du travail très physique.

Une fois les balles sorties de l’eau, je les lave et je les trie selon leur marque et leur état. Ensuite, je les revends dans des magasins, à des terrains de golf ou au centre de pratique La Falaise que je gère à Val-David. Elles coûtent entre 15 ¢ et 1 $ chacune. Je donne une redevance aux terrains où je les ai ramassées, soit en argent, soit en balles.

On me demande parfois d’aller chercher un bâton perdu par un joueur. J’ai déjà trouvé une voiturette.

À une époque, le travail se faisait plutôt la nuit pour éviter de déranger les joueurs. Maintenant, je travaille le jour. Les gens sont parfois surpris de me voir sortir de l’étang!

En 30 ans, l’industrie a beaucoup changé. Il y a plus de terrains, plus de joueurs et plus de balles à récupérer. Mais il y a aussi plus de compétition. Parfois, je tombe sur un étang vide : un plongeur est passé avant moi de façon illicite pendant la nuit!

J’ai déjà plongé en Floride. C’est complètement différent. Les étangs sont plus creux et plus grands, l’eau est plus claire… Et il y a des alligators! Je les voyais sur les berges et même dans l’eau. S’ils s’approchaient à moins de 3 mètres, je sortais. En général, les plongeurs peuvent travailler, mais il y a déjà eu des attaques.

Je me sens bien dans l’eau, c’est mon élément. J’aime aussi le design des terrains de golf. Pendant longtemps, jouer ne m’attirait pas. Je viens à peine de commencer. Je trouve ça pas trop mal.

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Les carrières de l’ingénierie 2013

Le guide annuel Les carrières de l’ingénierie propose aux étudiants et finissants un regard sur les réalités du marché du travail dans ce secteur de l’économie québécoise.

Découvrez l’édition 2014 du guide
Les carrières de l’ingénierie.

Publié en août 2012, le guide Les carrières de l’ingénierie 2013 aborde divers thèmes reliés au marché du travail dans le secteur du génie à l’intention des étudiants et des finissants, de même qu’à ceux et celles qui évaluent la pertinence d’y travailler.

Le guide est disponible en format papier en librairie ou encore en version numérique pour tablettes.

Valeurs sûres

Décidément, les temps sont durs pour l’ingénierie québécoise. Une série de scandales accable des firmes réputées. Des employés de ces entreprises font l’objet d’accusations dans des histoires de corruption. Sans compter la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, qui crée d’autres remous. Force est de constater que l’année 2012 a été à l’image des trois dernières pour l’industrie de la construction et le monde de l’ingénierie : rude pour la réputation.

Bien sûr, seulement une poignée de professionnels sont mis en cause. Et beaucoup d’initiatives ont déjà vu le jour pour dissiper le nuage de collusion qui continue de flotter au-dessus de nos têtes. Il reste qu’à la veille de faire son entrée sur le marché du travail, cet état des lieux peut être angoissant. Une fois sur le terrain, comment assurer son intégrité?

Une des clés se trouve dans les quatre valeurs mises de l’avant par la profession : la compétence, le sens de l’éthique, la responsabilité, l’engagement social.

En apparence théoriques, ces valeurs ont des applications bien concrètes et jouent un rôle de garde-fou contre les pièges de la corruption. Découvrez comment elles s’incarnent au quotidien en lisant les témoignages d’ingénieurs qui les placent au cœur de leur pratique.

Le programme de parrainage de l’Ordre des ingénieurs du Québec est une autre bonne occasion de réfléchir aux grands enjeux de la profession. Facultative, cette activité jumelle un ingénieur junior avec un confrère plus expérimenté. Au menu des échanges : l’intégration à la pratique de l’ingénierie et les valeurs de la profession. Dans My Sponsor and Me, deux duos de parrain-parrainé témoignent avec enthousiasme de leur expérience.

Le gouvernement prend aussi les grands moyens pour assainir l’attribution des contrats publics. Le ministère des Transports du Québec prévoit en effet des embauches massives d’ingénieurs dans le but de retrouver une expertise qui s’est étiolée à force de recourir à la sous-traitance au cours des dix dernières années. Cette nouvelle main-d’œuvre jouera un rôle important, notamment dans le contrôle de la qualité et des coûts des travaux confiés au privé et dans la supervision de chantier.

Le guide renferme une foule de réflexions et conseils sur la vie professionnelle qui attend les jeunes ingénieurs. Vous y trouverez entre autres des trucs pour impressionner les recruteurs, une introduction à l’univers glamour du génie des arts de la scène et un survol des possibilités offertes par une carrière en région.

Aussi à lire dans ce guide :

  • L’emploi au rendez-vous en génie : les résultats de notre enquête annuelle sur les taux de placement en génie.
  • La réalité des ingénieurs formés à l’étranger : la route est longue pour les professionnels formés ailleurs qu’au Québec. Le jeu en vaut-il la chandelle?
  • Going Global (en anglais) : votre employeur a des projets d’expansion à l’international? C’est peut-être votre chance d’obtenir un poste à l’étranger.
  • Dame de cœur : postes de prestige, engagement social, saut en politique… Le parcours de Dominique Anglade est inspirant pour les jeunes ingénieurs.

Métier : promeneur de chiens

Kyle Bartlett, promeneur de chiens, Le chien urbain

Kyle Bartlett, promeneur de chiens, Le chien urbain
Photo : Patrice Bériault (singenu.com)

Je promène entre 15 et 20 chiens par jour, principalement dans le Plateau-Mont-Royal, Hochelaga-Maisonneuve, le Vieux-Port et près du marché Jean-Talon. J’ai fondé mon entreprise il y a quatre ans, après avoir terminé des études en urbanisme.

Une promenade coûte de 15 à 20 $. J’en offre trois types : les pauses pipi, les marches de 30 à 45 minutes et les sorties «aventure» de 60 minutes et plus, sur le mont Royal ou près du canal Lachine.

Pour minimiser les risques d’accrochage avec d’autres bêtes, je ne fréquente pas les parcs à chiens. Mes chiens sont toujours attachés et je n’en promène jamais plus que six à la fois. Sinon, j’aurais du mal à les contrôler et ça pourrait devenir dangereux. D’ailleurs, à Toronto, une loi interdit de promener plus de six chiens en même temps.

J’ai toujours avec moi : ma laisse maîtresse – que je porte en bandoulière et à laquelle tous les chiens sont attachés, afin d’avoir les mains libres –, des friandises, de l’eau, des souliers imperméables et beaucoup, beaucoup de sacs pour ramasser les crottes. J’ai déjà ramassé plus d’excréments que je pensais le faire dans toute ma vie.

Les gens me confient leur animal et les clés de leur maison. Ce n’est pas rien! J’ai une police d’assurance spécialement conçue pour les promeneurs de chiens – qui couvre les frais de vétérinaire en cas d’accident, par exemple – et une preuve que je n’ai pas d’antécédents judiciaires. Ça aide à gagner la confiance.

J’envoie un rapport écrit à mes clients après chaque promenade. Je leur dis si le chien a fait ses besoins, comment il s’est comporté et les variations dans son état de santé quand j’en remarque.

Au fil des ans, j’ai travaillé avec une centaine d’animaux, du chihuahua au grand danois. Je ne discrimine ni sur la taille ni sur la race : les seuls que je refuse, ce sont les chiens agressifs.

Je ne suis pas un dresseur, mais je suis devenu très habile. Certains maîtres sont jaloux de voir que leur chien m’obéit mieux qu’à eux!

Pendant la journée, les chiens sont mes seuls compagnons. Je m’attache beaucoup à eux. J’essaie de ne pas faire de favoritisme, mais certains me plaisent plus que d’autres – en général, ceux qui sont les mieux élevés! Le plus difficile, c’est quand ils déménagent ou doivent être euthanasiés. Heureusement, ça n’arrive pas souvent.

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Le métier de graveur de pierre

Gilles Brunet

Gilles Brunet, graveur
Photo : Maude Chauvin

Son fond de commerce : les inscriptions sur les pierres tombales.

Je suis graveur depuis 1956. Avec mon frère, j’ai repris l’entreprise familiale fondée par mon grand-père en 1876. Ma nièce s’occupe désormais des ventes : elle représente la quatrième génération!

Mon père m’a donné mes premiers outils quand j’avais 12 ans. Je me suis joint à l’entreprise quelques années plus tard, en 1956. À l’époque, le travail se faisait à la main, avec un marteau et un ciseau. Mais depuis la fin des années 1960, nous utilisons des machines.

Avec mes deux employés, nous faisons entre 600 et 700 gravures par année au Cimetière Mont-Royal. Le bureau du cimetière nous fournit l’inscription et l’emplacement du monument à graver. Nous créons ensuite un pochoir en caoutchouc avec un ordinateur et une presse. Puis, on colle le pochoir sur le monument et on grave la pierre avec un jet de sable. Tout notre matériel est dans un atelier mobile, dans un camion.

L’ordinateur offre une centaine de lettrages – gothique, romain, script, etc. – en plus de différents alphabets comme le chinois, l’ukrainien et l’arménien. Si l’inscription est dans un lettrage que l’ordinateur n’a pas, comme un style particulier d’hébreu, je fabrique le pochoir à la main. Je vérifie l’inscription auprès de la famille avant de la graver, car si on fait une erreur, il faut polir toute la pierre avec un disque de diamant et recommencer.

Quand il fait trop froid, la pierre se casse facilement et le pochoir y adhère mal, donc tout le travail se fait entre le mois d’avril et le mois de novembre.

Je grave encore à la main à l’occasion, par exemple quand les clients veulent qu’une nouvelle inscription soit dans le même style que celles qui sont déjà sur un monument ancien. C’est deux fois plus coûteux qu’à la machine!

Avec les années, j’ai moins envie de porter la cagoule, le masque, les manches longues et les gants nécessaires pour me protéger du sable qui rebondit sur la pierre. Depuis cinq ans, je me concentre sur les pochoirs. Mais je continue de graver une ou deux inscriptions par semaine pour garder la main. Et de temps en temps, je sculpte une belle grosse rose pour me faire plaisir.

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Subsister après un acte criminel

Agression, tentative de meurtre, enlèvement… les actes criminels sont des événements traumatisants pour les victimes et leurs proches. Souvent au point de compromettre leur capacité à travailler. De quoi vit-on lorsqu’on doit en surmonter les séquelles physiques ou psychologiques?

Un matin de janvier 2006, deux policiers se sont présentés au travail de Bruno Serre, à Boucherville. Approvisionneur chez RONA, il assistait à une présentation semi-annuelle du premier vice-président, commercialisation. «Ils m’ont emmené dans une salle de réunion et m’ont annoncé la nouvelle», raconte-t-il. Sa fille Brigitte, 17 ans, avait été assassinée durant la nuit, poignardée lors d’un vol à la station-service de Saint-Léonard où elle effectuait son premier quart de travail nocturne.

À peine quatre semaines plus tard, Bruno Serre recommençait à travailler. «Je voulais être fort pour le reste de ma famille et continuer à subvenir à leurs besoins.» C’était trop tôt. À plusieurs reprises, il a «sauté une coche» et a quitté le bureau en larmes. Incapable de se concentrer, il a multiplié les erreurs. «J’étais comme un robot. Certains soirs, je n’aurais pas pu dire ce que j’avais fait pendant ma journée.»

Depuis, Bruno Serre s’investit dans l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues. Accompagner des gens qui vivent des drames similaires l’aide à faire son deuil et à honorer la mémoire de sa fille. Immanquablement, il les encourage à ne pas précipiter leur retour au travail. «Je leur dis de prendre leur temps. Même quand on pense l’être, on n’est pas prêt au bout d’un mois ou deux.»

En 2010 (les chiffres les plus récents), les services de police québécois ont déclaré plus de 80 000 infractions contre la personne, selon le ministère de la Sécurité publique. Pour les victimes comme pour leurs proches, ces actes criminels sont profondément perturbateurs. Blessures physiques, dépression, anxiété, hypervigilance, irritabilité, souvenirs envahissants, insomnie… la liste des séquelles possibles est longue. Toutes les sphères de la vie sont touchées, y compris les activités professionnelles. Des recours existent, mais ils demeurent partiels ou empreints de bureaucratie.

Plein régime

Au Québec, c’est la Loi sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels qui encadre le traitement des victimes. Adoptée en 1972, elle est appliquée par la Direction de l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), qui relève de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST).

Dans le cas des victimes décédées, l’IVAC rembourse les frais funéraires, verse une indemnité et offre 30 séances de psychothérapie aux proches. Les personnes à charge peuvent bénéficier d’une rente.

«Pour les victimes survivantes, notre mandat est de tout mettre en œuvre pour qu’elles retrouvent une vie similaire à celle d’avant l’événement», dit Josée Lamontagne, conseillère en réadaptation. Celles qui sont incapables de retourner travailler reçoivent une assistance médicale – psychothérapie, médicaments, orthèses, etc. – et l’équivalent de 90 % de leur salaire (ou du salaire minimum pour les sans-emploi) pendant leurs traitements.

Une fois le plateau thérapeutique atteint, c’est-à-dire lorsque aucune amélioration n’est prévisible, l’IVAC évalue le degré d’incapacité de la victime et calcule une rente en conséquence. Si elle répond aux conditions d’admissibilité, la personne a ensuite accès aux mesures de réadaptation de l’IVAC, qui comprennent, par exemple, les services d’un ergothérapeute ou de l’aide à la recherche d’emploi.

Chaque cas est unique. «Une personne qui s’est fait agresser dans le métro sera peut-être très anxieuse à l’idée de se rendre au travail. Une autre sera incapable de tolérer le niveau de stress de son ancien emploi dans un centre d’appels», illustre Josée Lamontagne.

Les ratés du système

Le régime de l’IVAC est un des plus généreux au Canada et de plus en plus de victimes ont recours à ses services. En 2010, l’organisme leur a versé près de 77,7 millions de dollars, dont un peu plus de 10 millions en services de réadaptation et 21 millions en incapacité temporaire. Mais le système n’est pas à l’abri des critiques.

Comme toute machine du genre, l’IVAC comporte sa part de lourdeur administrative. «Les procédures sont complexes, il y a beaucoup de formulaires à remplir, les délais sont longs. Pour des gens qui souffrent, c’est difficile», remarque Arlène Gaudreault, chargée de cours en victimologie et présidente de l’Association québécoise Plaidoyer-Victimes.

Pour le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui milite pour une meilleure indemnisation des familles des victimes depuis l’assassinat de sa fille en 2002, l’unique bureau de l’IVAC, à Montréal, n’est pas adéquat. «Tout se fait par téléphone. Ça déshumanise le service.» Il préconise une décentralisation à travers les centres d’aide aux victimes d’actes criminels, les CAVAC, qui offrent du soutien psychosocial et sont présents partout dans la province.

L’avocat Marc Bellemare, spécialisé dans la contestation des décisions de la CSST, de la SAAQ et de l’IVAC, va plus loin. «La loi est désuète et doit être réformée.» Son plus grand reproche : la réadaptation est considérée comme un privilège et non comme un droit, comme c’est le cas dans la loi sur les accidents de travail. «L’IVAC a beaucoup de discrétion à cet égard. Ça donne un système axé sur l’indemnisation», dit-il. Alors qu’il était ministre de la Justice en 2003 et 2004, il a proposé un projet de réforme pour rétablir l’équilibre. Sans succès. «Jean Charest a reculé.»

C’est une question de sous, selon lui. Réadapter une victime – payer pour sa réorientation et les indemnités de remplacement de revenu pendant sa formation, par exemple – coûte beaucoup plus cher que lui verser une rente. D’autant plus que les degrés d’invalidité sont régulièrement sous-évalués, tirant les rentes vers le bas. «L’IVAC n’est pas liée au diagnostic du médecin traitant. Et les spécialistes qu’elle désigne penchent tous du même bord.»

Pour contester une décision, la victime doit payer des contre-expertises de sa poche en plus des services d’un avocat. «Ça prend vite des allures de bataille de David contre Goliath», dit Arlène Gaudreault.

Il reste que tout n’est pas noir et que les gouvernements sont de plus en plus sensibles au sort des victimes. «Les choses évoluent, ajoute-t-elle. Il faut voir les mesures actuelles comme une base à modifier.»

Du côté fédéral

Au moment du drame qui a frappé Bruno Serre en 2006, rien ne protégeait le lien d’emploi d’une personne éprouvée par un événement tragique. Heureusement, il a pu compter sur une convention collective et des assurances. Son médecin l’ayant mis en arrêt de travail, il a eu droit à 60 % de son salaire. Or, depuis décembre 2007, la Loi sur les normes du travail a été modifiée pour permettre à un salarié de s’absenter jusqu’à deux ans si lui-même ou son enfant mineur subit des blessures graves ou encore si son enfant ou son conjoint décède à la suite d’un acte criminel. Un congé d’un an est prévu en cas de disparition d’un enfant mineur. Les travailleurs de compétence fédérale – les employés de la Société Radio-Canada et ceux des banques, par exemple – auront droit aux mêmes congés dès janvier 2013.

Sauf que tous ces congés sont sans solde. Pour pallier en partie ces pertes de revenus, le gouvernement fédéral annonçait en avril dernier la création d’une mesure de soutien financier aux parents dont l’enfant disparaît ou meurt à la suite d’un acte criminel. À partir du 1er janvier 2013, ils recevront une compensation hebdomadaire de 350 $ pendant un maximum de 35 semaines. Ceux qui auront préalablement cotisé à l’assurance emploi auront aussi droit aux 15 semaines de prestations de maladie qui y sont prévues.

Pour le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, cette mesure s’imposait. «Un homicide, c’est comme un train qui vous frappe. Et contrairement à un accident, il est suivi de longues procédures judiciaires. Jusqu’à maintenant, faute de sous, la majorité des proches des victimes devaient retourner travailler alors qu’ils n’étaient pas prêts à le faire.» Dorénavant, les proches pourront choisir de toucher les prestations au moment qui leur convient, lors du procès par exemple. Environ 1 000 familles par année devraient en bénéficier.

Aux yeux de la députée bloquiste Maria Mourani, c’est trop peu. Son propre projet de loi, déposé en décembre 2011, donnerait accès aux prestations de l’assurance emploi à un éventail plus large de proches des victimes, notamment les conjoints et les parents de suicidés. Ces personnes pourraient donc recevoir un maximum de 485 $ par semaine pendant un an, à condition d’avoir préalablement cotisé au régime. Mais comme les projets de loi émanant d’un député sont rarement adoptés, les chances que celui-ci aboutisse sont minces.

En attendant, les personnes éprouvées font ce qu’elles peuvent avec ce qu’elles ont.

Marqués à vie

Peu importe leur nature, les actes criminels laissent des cicatrices profondes chez leurs victimes.

Pas facile de mesurer tous les impacts d’un acte criminel sur sa victime. Mais pour Sylvie Biscaro, il n’y a pas de petit crime. «Dès que quelqu’un prend le pouvoir sur ta vie, même par un geste qui semble banal comme une menace, il y a des conséquences», affirme la porte-parole provinciale des centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et directrice du CAVAC de la Mauricie.

Dans sa thèse de doctorat sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels, Geneviève Parent – aujourd’hui professeure adjointe à l’Université Saint-Paul, à Ottawa – décrit cinq types de conséquences :

  • Physiques
    La plupart des victimes de crimes violents en souffrent. Selon les circonstances, elles sont battues, poignardées, brûlées, blessées, etc. Si la tête est touchée, elles peuvent subir des dommages cérébraux.
  • Psychologiques
    Le développement de peurs et l’état de stress post-traumatique (souvenirs envahissants, insensibilité émotive, hypervigilance, troubles de concentration, insomnie, irritabilité, nervosité, dépression, anxiété, etc.) sont extrêmement fréquents et peuvent durer plusieurs années, voire ne jamais disparaître.
  • Financières
    Le remplacement d’objets volés, les funérailles, les frais médicaux ou encore l’invalidité temporaire ou permanente représentent des coûts directs pour les victimes. Indirectement, l’incapacité de reprendre le travail précédent a souvent des effets sur le portefeuille.
  • Sociales
    L’effritement des relations entre la victime et son entourage, qui peut mener à la séparation de couples, d’amis ou de familles.
  • Existentielles
    Exit l’idée que le monde est bon et qu’il suffit d’être prudent pour ne pas devenir la proie des criminels.


Qui sont les victimes?

Les mesures à l’intention des victimes d’actes criminels et de leurs proches ne s’adressent pas toutes aux mêmes personnes.

Les services de la Direction de l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) sont accessibles aux victimes de crimes contre la personne, qui comptent pour le tiers de la criminalité au Québec. Entrent dans cette catégorie le meurtre, les voies de fait graves ou les agressions sexuelles, mais le harcèlement et les menaces en sont exclus.

Les centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), eux, offrent leur soutien psychosocial aux victimes de tous types de crimes, incluant ceux contre la propriété. «L’introduction par effraction à domicile peut causer du stress intense aux victimes, qui risquent d’avoir peur chaque fois qu’elles rentrent à la maison», illustre Sylvie Biscaro, porte-parole provinciale et directrice du CAVAC de la Mauricie.

Les proches

Proches, entourage, famille… plusieurs termes sont utilisés pour désigner les personnes qui ont un lien avec les victimes. Par exemple, la Loi sur les normes du travail prévoit un congé pour une victime et son entourage. Par entourage, elle entend : le parent d’un enfant mineur disparu, assassiné ou blessé gravement, ou le conjoint d’un adulte décédé à la suite d’un acte criminel.

De son côté, l’IVAC considère les personnes suivantes comme des proches de la victime décédée : le conjoint, le père et la mère (ou la personne lui tenant lieu de père ou de mère), l’enfant, le frère et la sœur, le grand-père et la grand-mère, l’enfant du conjoint de son père ou de sa mère.

Après le meurtre de ses deux enfants par son ex-conjoint, Isabelle Gaston a tenté de faire reconnaître les parents d’enfants assassinés comme des victimes aux yeux de l’IVAC, ce qui leur donnerait droit à une plus grande compensation (remplacement de revenu, réadaptation, etc.). En mars 2012, le gouvernement a refusé d’adopter cette mesure, sous prétexte qu’elle serait trop coûteuse. Il a néanmoins bonifié plusieurs indemnités versées aux proches des victimes décédées, comme les sommes pour le remboursement des frais funéraires.

La faute lourde

Les victimes et leurs proches ne sont pas admissibles aux indemnités, prestations et congés quand il y a faute lourde, c’est-à-dire quand la victime s’est volontairement mise dans une situation risquée. C’est le cas des membres de gangs de rue, par exemple.



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Les yeux du réseau routier montréalais

Pierre Charbonneau

Pierre Charbonneau, contrôleur de la circulation principal, Centre intégré de gestion de la circulation de Montréal, Transports Québec
Photo : Martin Laprise

Tableau de bord

Je suis chef d’équipe des contrôleurs de la circulation. Cinq ou six contrôleurs sont en poste en tout temps. Notre rôle est de repérer tout événement qui perturbe la circulation – panne, accident, débris sur la chaussée, piéton, animal, etc. – et d’intervenir afin de sécuriser les lieux et de dégager le réseau le plus rapidement possible.

À Montréal, 178 caméras sont braquées sur le réseau de Transports Québec (principalement formé des autoroutes 15, 25, 40 et 720). Il y en a aussi 85 dans le tunnel Ville-Marie et une quarantaine dans le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Deux contrôleurs observent le réseau en direct sur 60 écrans. Comme le tunnel Ville-Marie est particulièrement critique, un contrôleur y est affecté exclusivement. Le tunnel compte 12 000 points d’information : caméras, ventilateurs, feux de voies, détecteurs de gaz, etc. Lors d’un événement, le contrôleur peut réagir à distance en signalant la fermeture d’une voie avec les feux et en actionnant les ventilateurs pour évacuer la fumée, par exemple.

Nous devons également informer les usagers de toute perturbation. Un contrôleur s’occupe donc des 34 panneaux fixes et un autre des panneaux mobiles (il y en a 316, mais tous ne sont pas toujours en fonction). Nous y affichons les messages pertinents sur la fluidité de la circulation, les accidents, les fermetures de voies, les travaux à venir. Un dernier contrôleur communique avec les médias et les chroniqueurs à la circulation.

Le réseau est très achalandé. Par exemple, plus de 200 000 véhicules circulent tous les jours à la jonction des autoroutes 15 et 40. En 2011, 54 000 événements ont été signalés par l’équipe du Centre. Chacun déclenche une intervention : un surveillant routier est toujours dépêché pour sécuriser les lieux. Grâce à notre vue d’ensemble, nous guidons les services d’urgence vers le meilleur chemin pour se rendre sur place et éviter la congestion.

Comme chef d’équipe, je m’assure que tout se passe bien et je donne un coup de main quand trop d’événements surviennent en même temps. J’ai déjà vu 40 incidents se produire simultanément!

En 10 ans, j’ai vu beaucoup d’événements tragiques : des suicides, des voies de fait, des agressions sexuelles, des accidents, des poursuites policières. En pareils cas, la tension monte. Mais il faut garder son sang-froid et faire ce qu’on a à faire.

Peu de gens sont conscients que quelqu’un veille sur eux quand ils sont sur la route et qu’ils seront pris en main en cas d’incident. Je me sens très utile.

Michel Coulombe

Michel Coulombe, surveillant routier, Transports Québec
Photo : Martin Laprise

Sur la route

Je suis surveillant routier depuis 24 ans. Je patrouille la portion du réseau routier de Montréal qui relève de Transports Québec (principalement formé des autoroutes 15, 25, 40 et 720). Je me vois comme une pilule contre le cholestérol : je débloque les artères!

En général, nous sommes huit ou neuf surveillants sur le réseau en tout temps. Le Centre intégré de gestion de la circulation nous envoie sur les lieux de chaque événement qui perturbe la circulation : véhicule en panne, accident, débris sur la chaussée, piéton, etc. Je franchis entre 300 et 600 km par jour. Le volume d’incidents est très variable. Pendant une grosse journée, je réponds à 40 appels.

Quand j’ai un appel du Centre, je me rends sur les lieux le plus rapidement possible. Nos camionnettes ne sont pas reconnues comme véhicules d’urgence au sens de la loi, mais je peux emprunter l’accotement s’il y a de la congestion. Dans presque tous les cas, je ralentis la circulation avec les gyrophares et la flèche lumineuse sur le toit de ma camionnette, et je ferme une ou plusieurs voies avec des fusées routières et des cônes.

Les gens en panne sur l’autoroute sont souvent paniqués, je dois savoir les réconforter. Les automobilistes sont moins contents de me voir arriver quand c’est pour fermer leur sortie!

Une fois les lieux sécurisés, j’attends que les services comme la remorqueuse ou les policiers arrivent. Quand la situation est réglée et que la chaussée est dégagée, je rouvre tranquillement les voies.

Au fil des ans, j’ai à peu près tout vu sur la route. J’ai ramassé des frigidaires, des poêles, des sofas et même un VTT, échappé par un transporteur de Bombardier. J’ai aussi dû attraper des canetons quand une cane a décidé de nicher sur le bord de la 20. Plusieurs collègues ont eu à porter assistance à une femme en train d’accoucher. Heureusement, ça ne m’est jamais arrivé!

Le plus difficile, ce sont les accidents. La nuit, je suis souvent le premier arrivé, avant les ambulanciers et les pompiers. Je dois d’abord ériger un périmètre de sécurité pour éviter que la situation s’aggrave. Ensuite, j’essaie de réconforter les personnes impliquées. Des gens sont décédés alors que je leur tenais la main. Ça fait partie du métier.

Avant de travailler ici, j’étais irrité par toutes les interventions quand je circulais sur le réseau. Maintenant, je mesure à quel point c’est une grosse machine qui nécessite beaucoup d’entretien et d’attention.

Jean Morin

Jean Morin, technicien principal en électrotechnique, Centre intégré de gestion de la circulation de Montréal, Transports Québec
Photo : Martin Laprise

Système nerveux

Je suis technicien principal en électrotechnique. Avec mon équipe, je veille au bon fonctionnement de tous les systèmes de transport intelligents utilisés sur le réseau routier de Montréal et dans la salle de contrôle du Centre intégré de gestion de la circulation.

Plus de 300 caméras filment la circulation 24 heures par jour, 365 jours par année. Elles sont perchées en haut de fûts en béton ou sur les murs des tunnels. Nous vérifions tous les jours l’état de marche de chacune d’elles. Les bandes vidéo sont gardées sept jours. De temps en temps, le service de police nous demande un enregistrement pour voir comment s’est déroulé un accident.

Aux caméras s’ajoutent les panneaux à message fixes et mobiles, et les boucles de détection intégrées à l’asphalte, qui servent au comptage de véhicules pour les statistiques. Tout cela doit fonctionner pour que les contrôleurs puissent effectuer leur travail.

Vu la quantité de matériel, les bris d’équipement sont fréquents. Mes collègues et moi sortons tous les jours pour diagnostiquer des problèmes, remplacer des caméras, etc.

Dans le corridor principal – formé des autoroutes 15, 25, 40 et 720 –, les caméras sont disposées environ à chaque kilomètre. Si l’une d’elles cesse de fonctionner, les contrôleurs peuvent faire pivoter une caméra à proximité et utiliser le zoom pour regagner la visibilité. Mais si, pour une raison ou une autre, un tronçon de route n’est plus visible, il faut réparer le bris rapidement.

Dans le tunnel Ville-Marie, le bon fonctionnement de l’équipement est trop critique pour risquer une panne électrique. Deux génératrices alimentent les caméras, les feux de voies – que les contrôleurs mettent au rouge pour fermer une voie en cas de besoin –, les ventilateurs pour évacuer la fumée, les détecteurs de gaz. Ailleurs sur le réseau, on ne peut rien faire en cas de panne.

Après 11 ans, les autoroutes de l’île et de sa périphérie n’ont plus vraiment de secrets pour moi.

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Métier : épithésiste

Louise Desmeules

Louise Desmeules, épithésiste à l'Hôtel-Dieu de Québec
Photo : Guillaume D. Cyr


Artiste dans l’âme, elle confectionne des parties de visage pour des patients défigurés ou handicapés.

Je fabrique des épithèses – des prothèses en silicone qui ressemblent à la peau. Je fais des nez, des yeux et des oreilles, pour des patients auxquels il manque une partie de visage à cause d’une absence congénitale ou qui l’ont perdue à la suite d’un cancer ou d’un accident.

Je commence par sculpter la partie du visage dans de la cire, en présence du patient qui me sert de modèle. Quand la forme et tous les détails sont au point, j’en fais un moule en plâtre dans lequel je coule de la silicone. Le tout est cuit au four pendant deux heures et demie.

Je colore la silicone – qui est translucide – avec des poudres, des crèmes et des fibres. Je fais plusieurs couches, avec différentes couleurs, pour reproduire les ombrages, les cernes, la texture de la peau, les veinules sur l’œil, etc. Le plus difficile, c’est les yeux. Je dois réussir à transmettre l’âme qui anime le regard.

Je suis la seule épithésiste au Québec. J’ai toujours eu un tempérament artistique, mais je voulais un métier sûr. Comme j’ai aussi un petit côté mère Teresa, j’ai d’abord choisi les soins infirmiers. J’ai travaillé trois ans comme infirmière avant de devenir assistante dentaire en oncologie, essentiellement pour avoir un horaire de jour. Ça a changé ma vie!

Un médecin y faisait à l’occasion des épithèses et ça me fascinait. Pendant 10 ans, je lui ai signifié mon intérêt, puis, en 2000, il m’a passé le flambeau. Il continue d’assumer les aspects médicaux – comme la chirurgie pour poser les implants dans lesquels l’épithèse sera fixée – et je crée les épithèses.

La confection comme telle prend trois jours. Mais, pour le patient, le processus dure entre cinq et six mois.

Le patient doit enlever l’épithèse tous les soirs. Au bout de trois ans environ, il lui faut la renouveler. S’il est satisfait, je lui en refais une avec le moule original. S’il y a des modifications à apporter, je fais une nouvelle sculpture.

Les patients qui ont perdu une partie de leur visage sont très troublés quand ils nous arrivent. Avec l’épithèse, ils peuvent reprendre le cours de leur vie. Ils sont extrêmement reconnaissants et, pour moi, c’est très valorisant.

Il y a cinq ans, j’ai été touchée par un cancer et j’ai subi l’ablation d’un sein. Quand j’ai eu ma prothèse, j’ai ressenti un immense bonheur à retrouver une partie de moi. J’ai vraiment compris ce que vivent mes patients.

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