La passion du fait maison

Marc-André Roy, associé de l’atelier-boutique Article 721, situé à Québec, et une de ses lampes-bidons.  Photo : Bianca Joubert

Marc-André Roy, associé de l’atelier-boutique Article 721, situé à Québec, et une de ses lampes-bidons.
Photo : Bianca Joubert

À l’ère de l’obsolescence programmée et de la surconsommation, le fait main et le système D connaissent une recrudescence, propulsés par le Web et les nouvelles technologies. Bricoleurs militants, bidouilleurs en électronique et autres «patenteux» font un doigt d’honneur à la société de consommation en mettant à profit l’huile de coude.

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«Le Do it yourself? Je suis née dedans!» s’exclame Émilie Hébert, au milieu des lampes fabriquées à l’aide de bidons d’essence recyclés, des coussins faits main et des valises-haut-parleurs, créations hétéroclites de l’atelier-boutique Article 721, qui a ouvert ses portes en novembre 2012 à Limoilou. «Ma mère ne m’achetait pas de poupées Bout d’chou, mais le patron pour en confectionner une. J’ai grandi avec la mentalité qu’on n’achète pas ce qu’on peut faire soi-même.»

Créations de l’atelier-boutique Article 721. Au premier plan : valise-haut-parleur. À l’arrière-plan : lampe-bidon et scie-ardoise. Photo : Bianca Joubert

Créations de l’atelier-boutique Article 721. Au premier plan : valise-haut-parleur. À l’arrière-plan : lampe-bidon et scie-ardoise.
Photo : Bianca Joubert

Les deux associés d’Article 721, Émilie Hébert, 32 ans, et Marc-André Roy, 36 ans, sont des «patenteux». À la fois artisans et copropriétaires, ils exposent et vendent leurs créations tout en donnant une vitrine à d’autres artisans locaux. Émilie à la machine à coudre, Marc-André au marteau ou à la sérigraphie. «Pour la déco de la boutique, on avait zéro budget», relate Émilie. Un vieux guidon de vélo est ainsi devenu un support à bijoux, des palettes de bois une cabine d’essayage et un bâton de golf un support à vêtements…

«Dans ma maison, tout ce que je peux faire moi-même, je le fais : je lis là-dessus sur le Web et j’essaie. Je me suis fabriqué un plancher chauffant, j’ai refait mon balcon en fer forgé et en bois… Ce qui me coûterait 15 000 $, je le fais pour 2 000 $», explique Marc-André.

Aide-toi et le Web t’aidera

Difficile de parler de la tendance Do it yourself (fais-le toi-même) sans parler de conscience écologique, de développement durable, de simplicité volontaire et… de technologies.

À Saint-Samuel, dans le Centre-du-Québec, Bianca Béliveau, 37 ans, s’est mise à fabriquer son propre savon, son yogourt, ses bijoux, ses vêtements, son terreau, à cultiver son jardin. «J’ai une rage contre le suremballage et une volonté d’utiliser et de consommer des produits le moins chimiques possible. Sur Internet, on trouve tout : des techniques de jardinage, comment se soigner au naturel», explique l’assistante optométrique, formée en design de mode.

Quoi qu’on veuille faire ou réparer, la marche à suivre se trouve sur l’un des nombreux sites voués au bricolage, comme le magazine virtuel Make ou le site Pinterest.

L’atelier Les Redoreuses, une petite entreprise montréalaise spécialisée dans le recyclage de vieux objets. Photo : Bianca Joubert

L’atelier Les Redoreuses, une petite entreprise montréalaise spécialisée dans le recyclage de vieux objets.
Photo : Bianca Joubert

«On est très 2.0 dans nos recherches», confirme Sophie Arshoun, 33 ans, l’une des deux têtes de la petite entreprise montréalaise Les Redoreuses, spécialisée dans le recyclage de vieux objets. «Par exemple, pour le décapage, on a cherché des techniques sur YouTube, trouvé des décapants plus verts», poursuit sa collègue, Laurence Clément, 28 ans.

Des créations des Redoreuses : porte-bijoux, porte-manteaux ou porte-clés muraux faits avec des poignées, des vieux cadres ou des retailles de tissus. Photo : Bianca Joubert

Des créations des Redoreuses : porte-bijoux, porte-manteaux ou porte-clés muraux faits avec des poignées, des vieux cadres ou des retailles de tissus.
Photo : Bianca Joubert

Dans leur atelier de la rue Alexandra, à Montréal, le bois de grange côtoie des piles de vieilles fenêtres, des outils, des échantillons de tissus et des photos anciennes. C’est le plaisir du travail manuel et la volonté de redonner de l’éclat aux objets fanés qui ont poussé les designers autodidactes, issues du milieu du cinéma, à se lancer en affaires.

Sophie Arshoun, l’une des deux associées des Redoreuses, à Puces Pop Montréal, en juin 2013. Photo : Bianca Joubert

Sophie Arshoun, l’une des deux associées des Redoreuses, à Puces Pop Montréal, en juin 2013.
Photo : Bianca Joubert

Depuis 2011, année de leur première présence aux Puces Pop, foire montréalaise d’artisanat et de design fait main, elles fabriquent porte-bijoux, porte-manteaux, pochettes de voyage ou porte-clés muraux avec des poignées, des vieux cadres, des retailles de tissus…

De grano à techno

Cet engouement pour la fabrication artisanale ne date pas d’hier. En 1968, un manuel réalisé avec une machine à écrire électrique, un Polaroïd et des ciseaux, le Whole Earth Catalog, faisait figure de précurseur en la matière, abordant la construction durable, le commerce équitable, les énergies alternatives, l’autosuffisance et même la cyberculture avant la lettre. Son créateur, l’Américain Stewart Brand, auteur, environnementaliste et touche-à-tout, avait vu le potentiel des technologies de l’information comme outil de démocratisation du savoir, à une époque où l’ordinateur était l’apanage des gouvernements et des multinationales.

Ainsi, c’est grâce à Google et aux tutoriels que Maze Pépin, 36 ans, éducatrice en service de garde à Montréal, réussit à bidouiller un peu de tout : elle répare des ordinateurs, tout comme elle colmate les trous dans les murs. «Je lis beaucoup en ligne et compare les commentaires pour évaluer les techniques les plus fiables. Je fonctionne par essais-erreurs.»

Pour sa part, Francis Coupal, 42 ans, était prêt à débourser 400 $ pour s’acheter un ukulélé neuf l’an dernier. Mais, déçu du service dans les magasins, il a fini par s’en fabriquer un lui-même. «Je me suis dit : après tout, cet instrument, c’est juste une boîte montée sur un manche…» Après avoir refait un ukulélé au manche cassé et découvert un site de lutherie sauvage (création d’instruments de musique à partir d’objets divers), il a soutiré de la collection de sa mère quelques boîtes à biscuits métalliques vides pour créer la collection Ukulélé Bling Bling.

«Presque tous les matériaux sont recyclés : retailles de bois pour le manche, aiguilles à tricoter pour les frettes, drains de plomberie pour l’amplification», explique l’artisan de Mercier, qui est aussi tourneur de billes de verre de collection. Une vingtaine de ukuleles plus tard, dont presque la moitié se sont vendus autour de 250 $ pièce, il s’affaire à la création d’une autre série.

Un robot fabriqué à l’échoFab. Photo : Bianca Joubert

Un robot fabriqué à l’échoFab.
Photo : Bianca Joubert

Le Do it yourself n’est pas que le dada des recycleurs. Employé d’IBM le jour, Marc-André Bazergui, 45 ans, devient le soir créateur de robots, dans sa salle de lavage qui fait office d’atelier. «Je fabrique des modèles en LEGO selon mes propres plans, en m’inspirant de personnages connus, comme Wall.E», explique le passionné de robotique. Il exhibe ses créations sur son site, Bazmarc.ca, et dans diverses expositions, dont le premier Mini Maker Faire de Montréal, en 2012. La seconde édition de cette grand-messe de la culture du faites-le-vous-même et du bidouillage aura lieu dans la métropole en septembre 2014.

Fais-le toi-même… avec les autres

Autre manifestation de cette culture, l’échoFab a ouvert ses portes en janvier 2012, rue De Castelnau, à Montréal. Il s’agit d’un Fab Lab (Fabrication Laboratory), un atelier de fabrication numérique communautaire homologué par le Massachusetts Institute of Technology. Il en existe environ 200 dans le monde, dont un autre au Québec, le DèmosLab de Saguenay.

Les imprimantes 3D de l’échoFab, un atelier de fabrication numérique communautaire de la rue De Castelnau, à Montréal. Photo : Bianca Joubert

Les imprimantes 3D de l’échoFab, un atelier de fabrication numérique communautaire de la rue De Castelnau, à Montréal.
Photo : Bianca Joubert

On peut y faire ce que font les industries, mais à petite échelle, en ayant accès à des imprimantes 3D, des découpeuses laser et des fraiseuses commandées par ordinateur. «La mentalité, c’est : j’ai un projet, je n’ai pas d’argent, mais je me débrouille, je le fais!» lance Hélène Brown, de Fab Labs Québec, un groupe communautaire voué à l’émergence du concept dans la province.

L’échoFab accueille en moyenne une centaine d’usagers par mois, dont un noyau dur d’une vingtaine d’habitués. Des artistes, des ingénieurs, des designers, des musiciens, des étudiants, des inventeurs, des développeurs…

Un usager de l’échoFab, Charles Bicari, communique sa passion pour la musique. Photo : Bianca Joubert

Un usager de l’échoFab, Charles Bicari, communique sa passion pour la musique.
Photo : Bianca Joubert

Venu pour fabriquer des couvercles pour ses pots de germination, Stéphane Rousseau, un entrepreneur montréalais, a fini par faire de ses mains l’«échoRap», la deuxième imprimante 3D d’échoFab, en 2012, et finalise le modèle 2013. Charles Bicari, un passionné d’électroacoustique, y a de son côté réparé un vieil orgue composé de circuits électroniques qui n’existent plus, avec l’aide de Serge Dubé, un ingénieur retraité rencontré sur place.

«À la maison, on n’a pas toujours l’espace, les outils ou les compétences pour réaliser un projet de A à Z», explique Marc-Olivier Ducharme, chargé de projets d’échoFab mandaté par Communautique, l’organisme communautaire qui pilote et finance l’initiative. «Avec les laboratoires citoyens, ça devient Do it with others : fais-le toi-même, avec les autres.» À quand une percée technologique issue du milieu communautaire?

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Profession : propriétaire d’une perroquetterie

Ghyslaine Piette

Ghyslaine Piette, Perroquetterie Nostalgia, Mont-Saint-Hilaire
Photo : Patrice Lamoureux

Sa demeure est un hôtel pour perroquets.

Je garde des perroquets en l’absence de leurs maîtres. Les clients viennent aussi pour les soins : taille des griffes, taille des ailes, changement de pansement des oiseaux blessés.

Je possède moi-même sept perroquets et j’en accueille en moyenne quatre ou cinq autres. Les périodes les plus occupées sont les vacances d’été et le temps des fêtes. Il n’y a que cinq ou six perroquetteries dans la grande région de Montréal et la Montérégie, c’est pourquoi ma clientèle s’élargit rapidement depuis 2003.

Un perroquet n’est pas fait pour vivre en cage, et surtout pas seul à la maison. Les oiseaux sont toujours en liberté quand moi ou mon conjoint sommes là.

On taille les griffes pour le confort : si elles sont trop longues, le perroquet aura de la difficulté à se percher et souffrira. La taille des ailes – une pratique controversée – sert à limiter les déplacements du perroquet, soit pour le rendre plus dépendant de l’humain ou empêcher la fuite de ceux qui vont à l’extérieur. On lave aussi les oiseaux, soit sous la douche, dans le lavabo ou au vaporisateur.

Les perroquets sentent bon! Ils dégagent une odeur de fruits tropicaux, surtout les aras et les perroquets à moustache. Mais la poussière blanche qui protège leur peau se dépose partout sur les cages et les meubles!

Certains clients amènent leur oiseau seulement pour une heure ou deux afin de le faire interagir avec d’autres, généralement de taille et de tempérament semblables. Il y a une hiérarchie chez les perroquets. Il faut leur apprendre que l’humain est au sommet. Ici, c’est le plus ancien et le plus gros qui domine. Il occupe le perchoir le plus haut et ne laisse pas les autres toucher ses choses.

L’attachement du perroquet envers son maître est aussi fort que celui du chien. D’ailleurs, le perroquet appelle souvent son maître «papa» ou «maman»!

Le soin des perroquets comporte des risques de morsures. Mon conjoint a déjà eu un doigt sectionné, et moi, je me suis fait perforer trois fois la lèvre par un cacatoès de Goffin… Mais les perroquets ne crient et ne mordent jamais pour rien. Il y a toujours une raison : la faim, la peur, un inconfort.

Les gris d’Afrique sont les plus intellectuels. Ils ont besoin de logique dans le jeu. Par exemple, ouvrir des coffres au trésor avec des clés pour accéder à une récompense comme une arachide. On dit que cette espèce a un vocabulaire d’environ 300 mots : l’un de nos oiseaux en connaît le double… Les gris d’Afrique adorent aussi s’amuser, en imitant la sonnerie du téléphone, par exemple. Ils comprennent très bien ce qu’ils disent : l’un d’eux a même rendu fou notre caniche. Il l’appelait en imitant ma voix, puis prenait celle de mon conjoint pour le réprimander et lui dire de partir!

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Cuisiner comme un chef à Noël

Préparation d’un dessert turc, chez Les Touilleurs
Photos : Bianca Joubert

Les petits sandwichs pas de croûte ont perdu de leur lustre depuis que foodies, émissions culinaires et livres de recettes griffés ont envahi le Québec. Si l’idée de recevoir pour le temps des fêtes vous donne la migraine, c’est le moment de réveiller le chef qui sommeille en vous en participant aux ateliers de cuisine offerts par des professionnels. Une expérience culinaire ludique, sans courses ni vaisselle!

C’est l’heure de la fermeture à la boutique d’accessoires de cuisine Les Touilleurs, avenue Laurier, à Montréal. Mais tout au fond, dans une cuisine ultramoderne, une pétillante soirée s’annonce. Fisun Ercan, du restaurant de fine cuisine turque Su, s’active aux fourneaux, qui commencent à répandre leurs effluves. Ses élèves d’un soir arrivent, une bouteille de vin à la main, et prennent place autour de la grande table de bois. Au menu, soupe de lentilles rouges, lapin aux griottes et künefe, un dessert croquant aux cheveux d’ange et fromage.

Fisun Ercan et Sylvain Côté

Fisun Ercan et Sylvain Côté, chez Les Touilleurs


Trois fois par semaine, les plus grands chefs de la métropole défilent derrière le comptoir de la boutique-atelier pour livrer leurs secrets à un public avide et curieux. Très conviviale, la formule permet d’échanger avec le chef et l’animateur – François Longpré ou Sylvain Côté, cofondateurs et associés de la boutique Les Touilleurs et coanimateurs de l’émission du même nom, sur ARTV. On prend des notes, on pose des questions, on se rapproche du comptoir pour regarder ce qui se mijote… «Les gens repartent toujours avec au moins un petit truc», assure Sylvain Côté.

Ça, c’est pour la version paresseuse… Pour passer de la théorie à la pratique, plusieurs établissements offrent de mettre la main à la pâte. Le prix (qui varie entre 80 et 150 $ environ) comprend en général la démonstration, l’exécution des plats, la dégustation, un ou deux verres de vin et un livret de recettes.

Le secret est dans la sauce

«Ici, ce n’est pas “regardez et apprenez”», explique Olivia Lecomte, chef aux Ateliers & Saveurs, situés dans le Vieux-Montréal et dans le quartier Saint-Roch, à Québec. «Tout le monde s’y met pour préparer le repas qui sera partagé. Notre concept, c’est d’apprendre en s’amusant.» La jeune chef, qui a la langue aussi aiguisée que son couteau, n’hésite pas à taquiner les participants dès les premières minutes : «Deux hommes, deux oignons! dit-elle en désignant des volontaires pour hacher des légumes. J’espère que vous allez vous en sortir, messieurs…»

Les cours sont faits pour monsieur et madame Tout-le-monde, mais il y a assez d’information et de technique pour intéresser ceux qui cuisinent beaucoup.
– Vanessa Gianfrancesco, directrice générale de Chef en Vous

Aux Agitateurs Gourmands, à Montréal, le chef Johan Priolet a concocté un atelier quatre services où se décline le cidre de glace de l’entrée au dessert. Pendant qu’il assaisonne les carrés d’agneau, les apprentis cuisiniers compétitionnent en humour autour de l’épluchage des artichauts, fouettent les œufs, prennent une gorgée de vin. L’atmosphère se réchauffe pendant que les odeurs de romarin et de panais grillé se mélangent. On commence par cuisiner le dessert et on finit par l’entrée, que l’on mangera tout de même en premier : pétoncles poêlés, chutney de poires et émulsion à l’aneth et au cidre de glace. On note comment saisir les pétoncles, la façon de laver les champignons, les quantités pour une crème brûlée parfaite. Sur le comptoir où l’on vient de cuisiner, on dresse enfin la table tous ensemble, l’appétit bien avivé. Mission accomplie : c’est un régal!

Selon Mariève Sirois-Leduc, responsable des relations publiques pour Les Agitateurs Gourmands, les gens viennent chercher des techniques, élargir leur répertoire de recettes, pour épater la famille, les amis. Aussi pour se sentir plus à l’aise dans la mise en place d’un repas, apprendre à bien dresser les assiettes, en créant des effets de hauteur, par exemple.

La cuisine s’amuse

À La Guilde Culinaire, boulevard Saint-Laurent, dans Rosemont-La Petite-Patrie, le cours se divise en trois segments : une démonstration magistrale, la pratique proprement dite, par petits groupes, et la dégustation autour de vins choisis selon le menu. Pour Jonathan Garnier, chef-propriétaire et juge à l’émission Ça va chauffer!, sur les ondes de TVA, chaque recette présentée doit pouvoir être reproduite à la maison : «Ce n’est pas un show!» Sa prestation ne manque toutefois pas de piquant. Le public, jeune et tout ouïe, s’amuse ferme lorsqu’il évoque Hannibal Lecter durant l’atelier de tartare ou risque une blague grivoise. Au fil du cours, le chef distribue ses petits trucs, comme fabriquer de l’essence de vanille en faisant macérer des restes de gousses évidées dans de la vodka pendant quatre mois.

Jonathan Garnier

Démonstration de Jonathan Garnier, à La Guilde culinaire


À Chef en Vous, à Pointe-Saint-Charles, une quinzaine de chefs s’activent à tour de rôle, selon leur spécialité, lors des différents ateliers offerts : verrines et hors-d’œuvre, canard et foie gras, cuisine indienne, tapas… «Les cours sont faits pour monsieur et madame Tout-le-monde, mais il y a assez d’information et de technique pour intéresser ceux qui cuisinent beaucoup», explique Vanessa Gianfrancesco, chef spécialisée en cuisine italienne et directrice générale de Chef en Vous.

Un luxe, les ateliers de cuisine? «La clientèle est très large, estime Jonathan Garnier. Certains économisent pour s’offrir cette expérience, d’autres se paient ça comme soirée au lieu d’aller au resto.» Ça va du jeune qui vient d’emménager au couple de retraités, en passant par la gang de filles et les gourmets qui veulent sortir de leur zone de confort. Beaucoup d’entreprises, aussi : la formule est toute désignée pour le team building et les fêtes de bureau.

Chez toi ou chez moi?

Guillaume Barry mène seul sa petite barque avec son concept Un Chef à Québec, démarré il y a un an. Le jeune homme a quitté un poste de chef dans la capitale pour répondre à la demande. Pour un prix qui en vaut la chandelle (50 $ pour l’atelier de macarons, par exemple), il débarque chez vous avec tout le matériel – nourriture, tabliers, linges, vaisselle –, laissant votre cuisine propre comme un sou neuf, ou vous invite chez lui. «J’essaie de faire travailler les participants le plus possible, sinon ils n’arrivent pas à reproduire les recettes à la maison.»

La nourriture est par essence conviviale. Et mène à tout… Julien Dupeyroux, d’Ateliers & Saveurs, en a vu des vertes et des pas mûres dans les ateliers : batailles de nourriture entre avocats respectables, convives qui échappent leurs plats, enterrements de vie de garçon avec célibataire en lycra et talons hauts qui reçoit la fessée… «Ce n’est pas ce qu’on propose ici, mais il se crée parfois une certaine atmosphère et… les choses arrivent!» relate le mixologue, qui dirige les ateliers de cocktails. À La Guilde Culinaire, on a même déjà vu une demande en mariage. «On avait mis une bouteille de champagne au frais!» rigole Jonathan Garnier.

Fini la migraine : on a l’embarras du choix pour apprendre à traiter ses invités aux petits oignons… de son propre chef!

Noël zen

Huîtres, verrines et hors-d’œuvre, canard et foie gras, tapas, pâtisseries, chocolats fins et bûches sont les ateliers vedettes à l’approche du temps des fêtes. À La Guilde Culinaire, on offre deux formules de cours : recevoir en grand et recevoir en express. «La tendance actuelle, ce sont les petites bouchées. À notre ère individualiste, chacun y trouve son compte», selon le chef Garnier.

«À Noël, il faut s’organiser un peu plus pour ne pas passer tout son temps en cuisine et être avec ses convives», insiste Sylvain Côté, des Touilleurs. En novembre, la boutique donne carte blanche aux chefs pour revisiter le repas du temps des fêtes, de l’apéro au dessert. «On peut faire des verrines et des hors-d’œuvre la veille pour gagner du temps, conseille Vanessa Gianfrancesco, de Chef en Vous. Dans nos cours, on enseigne la gestion d’un événement à la maison, la mise en place. Ensuite, les hôtes sont plus détendus quand ils reçoivent.»


Gourmet pressé

Pas de temps le soir pour suivre des cours? Ateliers & Saveurs offre un concept unique : Gourmet pressé, à l’heure du lunch. Le jour de notre visite, un groupe qui travaille dans la finance apprenait à préparer un risotto aux champignons sauvages à l’huile de truffes en trente minutes, passant ensuite à la salle à manger pour le déguster durant la deuxième demi-heure. Le tout pour 20 $.


Bonnes adresses

À Sutton
• Ateliers gourmands avec François Dompierre

À Gatineau
• École culinaire pour tous

À Sainte-Catherine
• Créations Gourmandes

À Québec
• Un Chef à Québec
• Ateliers & Saveurs

À Laval, Montréal, Québec
• Académie Culinaire 

À Montréal
• Ateliers & Saveurs
• La Guilde Culinaire
• Les Agitateurs Gourmands
• Les Touilleurs
• Chef en Vous
• Sushi chez soi

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Jean-Sébastien Cournoyer, de FounderFuel

Jean-Sébastien Cournoyer
Photo : Jean-Pierre Roy

Jean-Sébastien Cournoyer croit à l’entrepreneuriat qui change le monde. Partenaire cofondateur et directeur général chez Real Ventures et Montreal Start Up, il a contribué à mettre au monde le programme FounderFuel.

«Je ne suis pas un financier : j’aide les gens à avoir du succès! C’est ce qui fait que je me lève le matin.» Jean-Sébastien Cournoyer, 38 ans, père de cinq enfants, veut surtout avoir un impact positif sur la société.

Le hockey, la force directrice de ses jeunes années, lui a appris tout à la fois l’esprit d’équipe et la compétition, et a très tôt tracé son chemin vers les États-Unis au début des années 1990. Après un bac en physique au Middlebury College (Vermont), c’est vers Boston qu’il met le cap, bientôt rejoint par sa high school sweetheart québécoise.

De 1998 à 2001, Jean-Sébastien voit naître en terre américaine ses deux premiers enfants et ses deux premières compagnies, démarrées dans «l’extravagance de la bulle Internet» des débuts. Ce n’est pas un succès financier, mais qu’importe… «Avoir peu d’échecs signifie qu’on n’a pas assez essayé, pas assez pris de risques! Mes défaites m’ont appris de bonnes leçons et m’ont aidé à définir qui je suis. Je me remets toujours en question, et je n’ai pas d’égo! Je suis toujours ouvert à la critique.»

En 2001, la petite famille décide de revenir à ses racines, le Québec, où le natif de Sorel fait son baptême du capital de risque : au service d’Innovatech Montréal entre 2001 et 2003, il prend en charge un portefeuille de dix entreprises et fait six nouveaux investissements.

En 2003, il entre en fonction chez Terrascale Technologies et fait son premier investissement personnel. En 2005, il quitte pour aller cette fois à la Caisse de dépôt et placement du Québec, afin d’aider à créer une industrie du capital de risque dans la province. Mais l’envie de refaire des investissements dans les petites startups le travaille…

En 2007, il rencontre John Stokes, qui arrive de l’Asie et vient s’implanter au Québec, et devient partenaire de Montreal Start Up et de VantagePoint Venture Partners (VPVP). À la même époque, il se donne comme projet de vie de créer au Québec un environnement propice au développement systématique de grandes entreprises technologiques viables à long terme. «La seule façon, c’est de prendre les entreprises tout au début, pour les envoyer dès le départ dans la bonne direction. C’est pourquoi on a choisi l’amorçage.» En 2008, il commence à investir avec ses partenaires et quitte VPVP.

Dans le domaine dans lequel il évolue, Jean-Sébastien prône une vision à long terme et ne cherche pas le profit rapide : «Pour ma réussite financière, il faut d’abord que les entrepreneurs aient du succès. Moi, je ne fais pas ça pour m’acheter une nouvelle maison. C’est important pour moi de donner plus que je ne reçois.

L’entrepreneuriat est une belle manière de le faire. On touche beaucoup de gens et il faut être généreux de son temps.»

Il travaille aujourd’hui à temps plein au sein de Real Ventures et du programme FounderFuel.

Conseils aux entrepreneurs débutants

  • S’entourer d’une équipe solide. On ne bâtit pas une grande entreprise seul. Avoir au moins un associé qui voit les choses de la même manière que soi.
  • Ne pas avoir peur de tenir des discussions, même difficiles, le plus tôt possible. Ne pas laisser traîner les situations problématiques. Les échecs sont principalement causés par des relations interpersonnelles déficientes.
  • Être transparent avec les gens, employés comme investisseurs, et bâtir une relation dans laquelle on peut parler du bon comme du mauvais.
  • S’adonner à beaucoup de recherches avant de faire entrer un nouvel investisseur. Il est important de vérifier si l’on peut vraiment travailler ensemble, si l’on a des valeurs qui se ressemblent.
  • Avoir une grande vision. Ne pas avoir peur de penser grand, de prendre des risques. Ne pas craindre l’échec ni essayer de changer le monde!


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Ian Jeffrey, le mentor qui voit grand

Ian Jeffrey,

Ian Jeffrey, directeur général FounderFuel
Photo : Eva Blue

Après avoir tenté sa chance dans la Silicon Valley, Ian Jeffrey est revenu à Montréal pour assurer la direction générale de l’accélérateur d’entreprises FounderFuel.

Déjà, à 12 ou 13 ans, Ian Jeffrey achetait des billets de spectacles pour les revendre à profit et promenait sa tondeuse à gazon dans le voisinage en échange de quelques dollars. Depuis sa première entreprise, en peinture résidentielle, ce natif de la Rive-Sud de Montréal a toujours aspiré à créer son propre emploi.
Ses études en communication à l’Université Concordia l’ont d’abord conduit chez Cossette, en 2002. Il y passera quatre années… sur les pentes de ski. «Mon coéquipier et moi étions les seuls parmi 500 employés à ne pas travailler dans les bureaux.» Bien avant l’avènement des médias sociaux, il se préoccupait déjà de saisir le pouls des consommateurs à la source.

Pendant les années Cossette, Ian s’occupe en parallèle de Tistik Productions, une entreprise qu’il a cofondée pour mettre en valeur la musique électronique locale émergente. Mais il ferme boutique en 2006, attiré par la Silicon Valley. C’est là-bas qu’il lance Radar, le premier service de microblogage mobile pour photos et vidéos.

Après la vente de la compagnie à l’origine de Radar à Shutterfly, Ian est brièvement directeur de marketing pour cette dernière. L’aventure californienne prend fin en 2010, quand Ian décide de revenir aux sources à Montréal. Il en garde un souvenir positif dans l’ensemble. «La Silicon Valley, c’est le centre de l’univers des startups. J’ai été pas mal chanceux de m’y rendre, même si je n’ai pas connu le succès financier souhaité.»

À 34 ans, il se consacre maintenant à la gestion quotidienne de FounderFuel, programme qu’il a lancé en 2011 avec quatre partenaires. «Quand je suis parti en 2006, la scène des startups était quasi inexistante à Montréal. À mon retour, j’étais très excité de contribuer à cette communauté et d’aider ceux qui commencent.» L’initiative donne de bons résultats. «Jusqu’à présent, nos deux premières cohortes ont récolté sept millions de dollars d’investissements.»

Un succès qu’il attribue à ce qui l’a toujours aidé : la persévérance et une certaine témérité. «On peut avoir les meilleures idées, les meilleures ressources, mais si on a peur, on n’avance pas. Il faut faire plus vite et mieux que les autres. Sinon, quelqu’un d’autre va faire ce qu’on a en tête!»

Conseils aux entrepreneurs débutants :

  • Croire en son idée même si on se fait dire que ça ne marchera pas, tout en étant ouvert aux opinions.
  • Ne pas garder son idée pour soi : en parler pour avoir de la rétroaction et s’exercer à la présenter.
  • Lancer le produit rapidement, sans attendre que tout soit parfait. Ne pas bâtir sur des hypothèses, mais sonder le public.
  • Avoir recours à un vrai spécialiste juridique. Cet aspect est très important, surtout en cas de vente ou de litige.
  • Ne jamais envoyer un courriel à un investisseur : il vaut toujours mieux être présenté par une relation mutuelle.


Lectures

  • Do More Faster, par David Cohen et Brad Feld : «De courtes histoires d’entrepreneurs. Intéressant de voir comment ils ont vécu leur démarrage.»
  • The Lean Startup, par Eric Ries : «Une méthodologie de travail que tous devraient connaître.»
  • Business Model Generation, par Alexander Osterwalder et Yves Pigneur : «Une bible des startups.»
  • The Four Steps to the Epiphany, par Steven Gary Blank : «Un classique que tout entrepreneur doit lire.»
  • Venture Deals, par Brad Feld et Jason Mendelson : «Pour voir comment fonctionne le monde du capital de risque et connaître les erreurs à éviter.»


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Steven Lachance de Live Rides (Drivv)

Steven Lachance, instigateur de Live Rides (Drivv)

Steven Lachance, instigateur de Live Rides (Drivv)
Photo : Jean-Pierre Roy

Steven Lachance, 26 ans, de Québec, est l’instigateur de Live Rides (Drivv), une application mobile de covoiturage. C’est aussi l’une des vedettes de la première série web de Jobboom, Ça passe ou ça casse!

Au grand désespoir de ses parents, Steven Lachance n’a jamais eu de «vrai» job. Mais il a toujours été son propre patron. De sa petite entreprise de travaux résidentiels à la consultation informatique, jusqu’à Live Rides aujourd’hui, c’est son désir de trouver des solutions à sa manière qui lui a permis de mener sa barque.

Live Rides, un outil qui facilite le covoiturage, est ainsi né de ses observations et de son expérience. «Je voyageais chaque semaine entre Québec et Montréal pour mes études, en autobus, en covoiturage ou avec ma voiture. Aucun de ces transports ne me satisfaisait. Le covoiturage, surtout, me semblait encore à l’âge de pierre en ce qui concerne l’aspect pratique. J’ai eu envie de l’adapter au XXIe siècle.»

Depuis son iPhone, un client de Live Rides peut choisir un conducteur ainsi qu’un lieu de départ et d’arrivée, selon les offres. Nom, type de voiture, vérifications d’identité et de coordonnées, notes et commentaires des autres usagers sont autant de données qui assurent une expérience sécuritaire, qui peut se transformer en expérience sociale au gré des rencontres.

Steven Lachance fait à peu près tout au sein de sa compagnie – le marketing, les finances, la gestion du produit, la gestion du personnel, la stratégie d’entreprise –, mais il est entouré d’une équipe essentielle, trois ingénieurs en informatique qui ont vécu l’aventure FounderFuel avec lui : Marc-Alexandre Bérubé, Pascal Hamel et Maxime Boulay-Côté.

Le coup de pouce fourni par le programme FounderFuel n’est pas venu sans efforts ni remises en question… «Ç’a été des montagnes russes sur le plan des émotions! Il a fallu apprendre à écouter, à considérer l’opinion de tous, mais aussi à garder confiance en soi.»

Par exemple, les mentors ont proposé au fil des semaines de faire de l’expérience sociale – les rencontres, les échanges et la création de nouveaux liens entre automobilistes et passagers –, le point central du service de covoiturage.

Un revirement contre lequel Steven Lachance s’est défendu avec conviction, surtout auprès de John Stokes. «Pour moi, l’expérience sociale est importante, mais elle est complémentaire du service de transport. Ce n’est pas la raison pour laquelle les gens utilisent notre service, ils le font pour se rendre d’un point A à un point B.»

L’un des moments forts du programme est le Demo Day, le gala de clôture où les participants présentent leur projet devant 500 personnes, dont des investisseurs. Malgré une préparation stressante, Steven Lachance considère que la présentation de mai a fini l’expérience en beauté : un financement de la part d’investisseurs de 150 000 $ à ce jour. «J’ai appris que ce que je projette est important. Si je ne projette pas de la confiance, tout le monde perd confiance!»

L’application, lancée le Jour de la Terre, le 22 avril dernier, un peu avant la fin de FounderFuel, compte plus de 1 000 utilisateurs.

Trop peu pour son créateur, pour qui même 100 000 utilisateurs restent un petit nombre dans le monde de l’application mobile. Il admet qu’il devra encore faire des efforts en ce qui a trait au marketing. «Le produit a beaucoup évolué, mais le marché est toujours à la case départ. On travaille encore sur l’application elle-même. La version 1 offre un transport longue distance entre des villes, partout au Canada. Pour la version 2, nous voulons proposer un service intra-muros, par exemple du covoiturage pour se rendre à l’école ou au travail.»

À long terme, le diplômé en administration de HEC Montréal aimerait avoir un impact significatif aux points de vue logistique, économique et social en offrant une solution au prix de l’essence et aux problèmes de circulation, partout au Canada, et éventuellement aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

 FounderFuel, accélérateur d'entreprisesBanque de développement du Canada - BDC - Capital de risque


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Le métier de maréchal-ferrant

Richard Morin, maréchal-ferrant et enseignant de maréchalerie à l’Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière
Photo : Guillaume D. Cyr

Ou comment gagner sa vie comme au XVe siècle.

Je ferre et j’entretiens les pieds des chevaux depuis une quarantaine d’années. Je m’occupe de chevaux de course, de randonnée, d’équitation classique ou western et même de rares bêtes qui servent encore aux travaux de la ferme.

Le fer sert à empêcher l’usure du sabot, la corne qui protège le pied du cheval. Comme un ongle chez l’humain, cette corne pousse continuellement et doit être taillée.

Je m’occupe de certains chevaux depuis 28 ans. On s’attache à ceux qui sont gentils, moins à ceux qui sont impatients.

Le métier de maréchal-ferrant n’a pas changé à travers les siècles. Il ne sera jamais remplacé par des machines, même s’il est dur physiquement, pour le dos, surtout, puisqu’on est continuellement penché.

Dans les courses, on peut aller chercher quelques fractions de seconde en s’assurant que l’animal est vraiment d’aplomb dans son angle naturel.

On doit ferrer les bêtes toutes les six semaines en été et toutes les huit semaines en hiver. On retire d’abord le vieux fer pour enlever, à la pince, la corne qui a poussé sous le pied depuis le dernier ferrage. On lime ensuite le dessous du sabot pour le mettre de niveau avec les autres sabots. Puis, on remet le fer ou, s’il est trop usé, on en pose un nouveau. Il faut d’abord chauffer le fer sur le feu de forge avant de l’appliquer à chaud sur le sabot quelques secondes pour qu’il en prenne la forme. Puis, on refroidit le fer pour pouvoir le poser à mains nues, le clouer et fabriquer les rivures, des crochets qui en augmentent la solidité.

J’ai subi plusieurs ruades, mais je n’ai jamais été blessé sérieusement. Il faut toujours rester proche du cheval. Le pire endroit, c’est à deux ou à trois pieds derrière lui, là où on peut recevoir un coup de patte en extension maximale. Je l’ai échappé belle une fois : un cheval de 2 000 livres m’a fait traverser l’écurie en vol plané sur une quinzaine de pieds!

Dans une journée, je peux ferrer environ six chevaux. Cela prend environ une heure pour les quatre pattes, mais il faut aussi compter les déplacements d’une écurie à l’autre. Avant, le client amenait son cheval à forge. De nos jours, c’est le maréchal-ferrant qui va au cheval. Je transporte tout mon matériel dans mon camion, y compris le feu de forge.

Chaque cheval a une démarche unique. Le maréchal-ferrant peut aider à régler les défauts de locomotion et diverses pathologies, comme l’arthrite ou la boiterie, et prolonger ainsi la vie du cheval.

Dans les courses, on peut aller chercher quelques fractions de seconde en s’assurant que l’animal est vraiment d’aplomb dans son angle naturel. L’une de mes satisfactions : quand un cheval dont je m’occupe remporte une compétition. Je me dis alors que c’est parce qu’il était bien ferré!

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Michelin résiste à l’anglicisation

Olga Besnard / Shutterstock.com


Langue de travail

Michelin résiste à l’anglicisation

L’anglais, la langue des affaires? Pas chez Michelin, en tout cas. Chez le géant français du pneu, numéro 2 mondial, la règle est inflexible : dans les 18 pays où l’entreprise est présente, on travaille dans la langue de François Hollande. Même si seulement 10 % du chiffre d’affaires se fait depuis la mère patrie, c’est bel et bien le français que les cadres doivent maîtriser s’ils souhaitent être embauchés, qu’ils vivent au Japon, aux États-Unis ou en Inde. Pete Selleck, président de la compagnie pour l’Amérique du Nord, est venu en témoigner à l’occasion du premier Forum mondial de la langue française, qui a eu lieu en juillet dernier à Québec. Selon lui, la langue constitue le ciment de l’entreprise, car elle véhicule sa pensée, sa manière de faire. Michelin n’hésite ainsi pas à créer des écoles françaises pour ses employés et leur famille.

Au Québec, où l’érosion du français en milieu de travail revient régulièrement dans l’actualité, le studio montréalais Ubisoft partage les mêmes convictions, rapportait en mai dernier le Magazine Jobboom. Ses 2 000 employés travaillent en français à 80 %, même si la conception de jeux vidéo se fait avec des outils en anglais. Des cours de français sont aussi proposés à tous les employés non francophones. Comme quoi dans le business, on peut aussi être en affaires!

Sources : Les News, Magazine Jobboom, volume 13, no 3, mai 2012

Démographie

Garder le nord

L’époque où la pelouse des grands centres semblait plus verte que la taïga semble révolue pour les jeunes de l’Abitibi-Témiscamingue, du Nord-du-Québec et de la Côte-Nord. Selon l’Institut de la statistique du Québec, ces régions nordiques «ont amélioré leur solde migratoire dans la plupart des groupes d’âge depuis le début des années 2000», car les 15-24 ans ont nettement freiné leur exode vers le sud. Des municipalités régionales de comté (MRC) ou des territoires équivalents ont même vu leur population augmenter de façon plus marquée que la moyenne québécoise de 2006 à 2011. La raison de ce revirement? L’accroissement des activités dans le secteur minier, où les investissements ont atteint un niveau record en 2010 dans les trois régions mentionnées, et la construction du complexe hydroélectrique sur la rivière Romaine.

Source : Institut de la statistique du Québec, Panorama des régions du Québec, édition 2012

Rétention du personnel

L’autel de la productivité

Comment fidéliser ses employés et leur donner le sentiment d’appartenir à une grande famille? En organisant leur mariage au sein même de l’entreprise! Le 17 février dernier, 28 couples ont ainsi défilé pour se dire oui dans la cafétéria remplie à craquer de Plantronics Mexico, une maquiladora de Tijuana qui produit des casques d’écoute. En 10 ans, 540 personnes ont uni leur destinée en ce lieu, à l’occasion de mariages collectifs qui se tiennent chaque année un jour de février. L’immense noce n’est pas trop ruineuse, puisque les musiciens sont recrutés à l’interne lors d’un concours de talents. D’autres salariés s’occupent, quant à eux, de la cuisine et de la décoration.

La compagnie ne s’arrête pas là! Ses employés peuvent aussi terminer leur secondaire, passer des examens de la vue et même renouveler leur plaque d’immatriculation sans quitter l’usine. Le patron, Alejandro Bustamante, a l’habitude de dire que «si nous résolvons des problèmes pour eux, ils en résoudront pour nous!» D’autres maquiladoras ont emboîté le pas de cette entreprise, se faisant organisatrices de mariages, de compétitions sportives, de pique-niques d’anniversaire et de concours de beauté. Des efforts appréciés dans un secteur où le salaire de départ est d’environ 800 pesos par semaine, l’équivalent de 62 dollars canadiens.

Sources : U-T San Diego, Tijuana Metropolitana

Pertes d’emploi
30 000

Il y a 20 ans cet été avait lieu la plus massive mise à pied collective de l’histoire du Canada et, par le fait même, l’une de ses plus grandes catastrophes économiques, conséquence du moratoire sur la pêche à la morue au large de Terre-Neuve. Du jour au lendemain, plus de 30 000 Terre-Neuviens ont perdu leur gagne-pain, soit presque de 10 % de la population adulte de la province.

Source : Newfoundland and Labrador Heritage

Recrutement
Faute de frappe

On aurait pu espérer que l’ère numérique allait reléguer au rang de curieuse relique l’analyse de l’écriture comme méthode de recrutement. Or, voilà que la graphologie, encore utilisée en France, quoique de plus en plus rarement, pourrait être remplacée par la «frappologie» s’il n’en tenait qu’à des chercheurs comme Christophe Rosenberger, professeur à l’École Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Caen. Cette technique permettrait en effet d’étudier la personnalité d’un individu en observant comment il manie son clavier, sa souris ou son écran tactile. Mise au point par l’agence de recherche de l’armée américaine (Defense Advanced Research Projects Agency), la méthode ne donne pour l’instant que des résultats limités, dont la reconnaissance à distance, neuf fois sur dix, du sexe d’un individu d’après l’intervalle de temps entre la frappe des touches du clavier lorsque le sujet tape un identifiant et un mot de passe. Mais cela n’empêche pas les tenants de la frappologie d’y voir un outil potentiel à ajouter à la trousse des chasseurs de talents du futur. Les adeptes de la frappe à deux doigts seront-ils pénalisés au profit des virtuoses du clavier?

Sources : Modes d’emploi, elaee.com, Cadremploi

Équité salariale
Inégal = illégal

Voilà 15 ans que la Loi sur l’équité salariale est entrée en vigueur. Pourtant, le principe du «salaire égal pour un travail équivalent» n’est toujours pas systématique dans la province, selon la présidente de la Commission de l’équité salariale, Marie Rinfret. En avril 2011, 8 000 plaintes d’employés se considérant lésés ont été reçues. Depuis, 1 300 autres se sont ajoutées à ce nombre. Le temps de la sensibilisation a assez duré, avertit Marie Rinfret. Cet automne, plus de 80 000 entreprises devront démontrer leur bonne foi en remettant à la Commission une déclaration en matière d’équité salariale pour attester qu’elles ont effectué l’évaluation des tâches de leurs employés et qu’elles combleront, le cas échéant, les écarts de salaires entre les postes à prédominance féminine et ceux à prédominance masculine. Qu’on se le tienne pour dit, la Commission a embauché 22 employés supplémentaires pour vérifier la conformité des entreprises à la loi et prévoit des amendes salées pour les délinquants : jusqu’à 60 000 $ en cas de récidive. L’employeur le plus visé? Le gouvernement du Québec.

Source : Les Affaires

Insolite
Reconnaissance zéro

On peut s’attendre à être remercié après une bonne action, mais pas comme l’ont été Debbie Stevens et Tomas Lopez. La première, une mère divorcée de Long Island, n’a pas hésité à offrir un de ses reins à sa patronne lorsque celle-ci lui a fait part de ses ennuis de santé. Faute de compatibilité, l’organe a plutôt servi à un homme du Missouri, mais il a permis à la patronne, Jackie Brucia, de remonter dans la liste d’attente et de subir une transplantation plus rapidement. La vie sauve, la gestionnaire s’est comportée d’une curieuse façon envers sa généreuse employée. Rapidement de retour au travail après la chirurgie, Debbie Stevens doit prendre congé trois jours plus tard, souffrant de complications liées à son opération. Sa supérieure, toujours en convalescence, ne l’entend pas ainsi : elle réprimande son employée et la somme de cesser d’aller et de venir à sa guise, pour ne pas laisser croire qu’elle bénéficie d’un traitement de faveur. Accablée, Debbie Stevens prend un avocat. Cela lui vaut de ne plus être payée pour ses heures supplémentaires et d’être mutée à 80 km de chez elle… Un psychiatre et deux autres avocats plus tard, la bonne Samaritaine est finalement congédiée. Aujourd’hui, elle poursuit son ex-employeur, Atlantic Automotive Group, ce qui pourrait lui valoir un dédommagement aussi généreux que son geste, ou plus…

Le second, Tomas Lopez, a aussi sauvé une vie au bon moment, mais au mauvais endroit. L’homme de 21 ans, employé de Jeff Ellis Management, une compagnie privée qui recrute les surveillants de la plage de Hallandale Beach, au sud de Fort Lauderdale, a couru plus de 500 m pour sauver un nageur en détresse. C’était trop au goût de son employeur, qui l’a congédié pour avoir quitté sa zone de surveillance. L’élan de sympathie déclenché par la médiatisation de l’histoire a valu au jeune sauveteur la possibilité d’être réembauché, offre qu’il a poliment déclinée.

Source : The New York Post, The Globe and Mail

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Pauses gourmandes à San Sebastián

Photo : Bianca Joubert

À San Sebastián, au Pays basque espagnol, cuisine rime avec passion, tourisme et impact économique. La longue pause-dîner des travailleurs et la culture des pintxos – les tapas à la basque – complètent la mise, faisant de la ville une mine d’or pour les restaurateurs.

«Ici, nous ne mangeons pas pour vivre, nous vivons pour manger!» affirme sans ambages Ander Murua, restaurateur de San Sebastián, ville d’un peu plus de 180 000 habitants située en bord de mer, à une vingtaine de kilomètres au sud de la frontière française.

Une hyperbole qui se traduit dans le quotidien des travailleurs par le temps accordé aux repas, à commencer par la longue pause du midi.

Tant qu’à casser la croûte dans une des villes les plus étoilées au monde – trois des sept tables espagnoles comptant trois étoiles au guide Michelin y sont installées – autant bien le faire.

Il n’y a pas que les touristes qui font vivre les quelque 1 000 bars et restaurants de San Sebastián, dont environ 250 sont situés dans la Parte Vieja, le quartier historique et touristique. Ici comme dans le reste de l’Espagne, l’heure du lunch d’un salarié typique dure en fait deux heures au minimum, mais s’étire souvent jusqu’à trois. Une éternité si l’on songe à la moyenne de 45 minutes ailleurs en Europe et une aberration du point de vue nord-américain, où avaler un sandwich devant l’ordinateur est monnaie courante.

«C’est sûr que la longue pause du midi, le gros repas ici, profite aux restaurateurs. Les travailleurs apportent peu leur lunch, et ils ont le temps de manger», confirme le Longueuillois d’origine Pascal Blanchet, de la Creperia Québec Café, sise en plein cœur de la Parte Vieja.

Selon Ander Murua, propriétaire des restaurants Pasaleku et Asador Trapos, les gens vont peut-être un peu moins au restaurant à cause de la crise qui sévit actuellement en Espagne, «mais manger à l’extérieur, ici, ce n’est pas un luxe. On vit dans la rue. On ne boit pas à la maison comme les Français, c’est une tradition de sortir. Les affaires se règlent aussi au restaurant.»

Dépenses (g)astronomiques

À la pause-café, vers 11 h, il ne faut pas se surprendre de voir des hordes de salariés quitter le bureau et s’accouder au bar du coin pour prendre un café accompagné d’un croissant, d’un sandwich ou de pintxos, ces fameuses tapas à la basque. Ni de croiser, l’après-midi, des touristes déboussolés de se cogner le nez aux portes entre 13 h et 16 h, ou entre 14 h et 17 h, selon les commerces. Mais ces plages horaires correspondent à une grande affluence pour une multitude de bars à pintxos et de restaurants offrant el menú del día – un menu du jour qui comprend souvent entrée, deuxième plat, dessert et boisson, y compris vin ou cidre.

«En fait, ici, il y a cinq repas», explique Maribel Martinez, une conseillère d’orientation native de San Sebastián. «Le petit déjeuner (el desayuno), la pause-café, la pause-dîner (la comida), le goûter (la merienda) et le souper (la cena).»

Les renommés pintxos, qui vont du simple canapé aux brochettes, en passant par la cuisine de haute voltige en miniature, sont englouties tant à la pause-café, le midi ou à la tardive heure de l’apéro. «Les pintxos, c’est lucratif», assure Marc Clua, copropriétaire du Borda Berri, un bar-restaurant réputé où l’on mange… debout. Bien que relativement abordable, l’offre alléchante et colorée de petites bouchées, en surabondance sur les comptoirs de la plupart des établissements, incite à la gourmandise et à la dépense, à la grande joie de ceux qui en font leur gagne-pain.

«On a toujours l’impression d’être la veille d’un congé quand on voit les rues et les bars pleins, même en semaine, jusqu’à 23 h… Les gens se lèvent tôt, mais ils ne travaillent pas huit heures de suite, ils peuvent se reposer pendant quelques heures», commente Pascal Blanchet, qui habite San Sebastián depuis neuf ans.

Décalage horaire

Mais trouve-t-on le temps de travailler avec toutes ces occasions de faire bombance? «Lorsque je vivais en Ontario, une collègue m’a demandé pourquoi je n’étais pas restée en Espagne, car chez moi, selon elle, on ne travaille pas!

Il y a plein de clichés comme ça, mais je pense pourtant que ça ressemble au Canada pour ce qui est des heures travaillées, au bout du compte…», s’exclame Maribel Martinez. Si l’on en croit Eurostat et Statistique Canada, les Espagnols travailleraient même plus : 40,4 heures par semaine contre 36,2 pour les Canadiens.

La longue pause du midi a le mérite de couper la journée en deux, mais oblige les travailleurs à reprendre du service à une heure où le reste de la planète a l’habitude de fermer boutique. Ainsi, une journée typique commence à 8 ou 9 h, mais se termine rarement avant 20 h. «Cela fait que tout est décalé : le premier bulletin de nouvelles du soir est à 21 h et les émissions les plus regardées commencent à 22 h, 22 h 30», commente Pascal Blanchet.

Cet horaire brisé, qui dure depuis la guerre civile espagnole, dans les années 1930, est cependant contesté, notamment parce qu’il entrave la conciliation travail-famille. Différents groupes, comme la Commission nationale pour la rationalisation des horaires, militent pour le remplacer graduellement par un horaire continu, où les travailleurs quitteraient le boulot au plus tard à 18 h. Les fonctionnaires de San Sebastián ont déjà ouvert la voie : depuis 2006, ils travaillent de 9 h à 15 h et écourtent la pause du midi.

Et avec le climat d’austérité qui flotte sur l’Espagne depuis 2008 (le taux de chômage y dépasse 20 %), d’autres sont tentés de rentrer dans le rang. «Avec la crise, les gens ont besoin de travailler encore plus, croit Maribel Martinez. Les commerces doivent rester ouverts l’après-midi au cas où quelqu’un viendrait.» Des changements qui pourraient favoriser les boîtes à lunch au détriment des bonnes tables…

Espagne

  • Population : 47 millions
  • PIB : 1 369 milliards $US en 2010 (14e économie mondiale, juste devant le Canada)
  • Taux de chômage : 21,5 %*
  • Taux d’activité : 60,1 %*
  • Taux d’emploi : 47,2 %*

*Au 3e trimestre de 2011

Sources : CIA World Factbook, ministère du Travail espagnol

Langue au travail : trouver le bon ton

Dis-moi comment tu parles et je te dirai qui tu es… et peut-être aussi ce que tu fais dans la vie! Que l’on parle plutôt mal ou plutôt bien, doit-on se tourner la langue sept fois avant d’aller travailler?

Anne-Karine Brodeur sait comment faire rire ses collègues de travail. Alors que tous s’en vont «luncher», elle dit plutôt qu’elle part en «pause-déjeuner». Pas de «payroll» ni de «set-up» pour elle. Elle ne «booke» pas, elle convoque, ne «challenge» pas, mais met au défi.

Depuis la quinzaine d’années qu’elle travaille à Montréal, elle essuie des remarques sur son langage pointu, modelé par une enfance passée à Ottawa avec des parents soucieux de la qualité du français et par des études au Lycée français en Afrique durant l’adolescence.

Si je dis à mon collègue de me passer la boîte de rondelles au lieu des washers, il y a bien des chances qu’il ne sache pas de quoi je parle…
– Francis Francoeur, électricien

«Comme je parle relativement bien, je me sens plus à l’aise dans un milieu international», explique cette technicienne en ressources humaines de 39 ans, qui a travaillé pour Médecins du Monde et le Cirque du Soleil, et qui est aujourd’hui en poste chez Behaviour, un studio de création en jeux vidéo, à Montréal. Au fil des ans, elle a tout de même banni certains mots de son vocabulaire, «pour se faire accepter», dit-elle. Ainsi, elle ne «rigole» plus, elle rit. Elle fait la fête et non plus la «bamboula».

Son frère, qui a bénéficié de la même éducation qu’elle, est aujourd’hui technicien en foresterie dans l’Outaouais. Il passe ses journées dans le bois avec des travailleurs qui parlent joual et qui sacrent. «Il a dû s’adapter… Il est maintenant capable de passer d’un langage de forestier à un français impeccable selon les gens à qui il s’adresse. C’est plutôt drôle à entendre!» dit Anne-Karine Brodeur.

Chassez le naturel…

Les Québécois passent en moyenne 1 700 heures par an au travail. À moins d’œuvrer dans un monastère, voilà de quoi se faire aller le mâche-patates devant patrons, collègues et clients. Chaque travailleur s’exprime avec un langage unique acquis tout au long de sa vie : un certain accent et débit, des expressions, un vocabulaire pauvre ou riche, une maîtrise plus ou moins approfondie de la syntaxe, des habitudes de prononciation, une affection ou aversion pour les anglicismes ou les gros mots…

Mais parle-t-on bien ou mal – ou quelque part entre les deux? Difficile de juger soi-même de la qualité de son expression orale. Seuls les autres peuvent rendre un verdict – et encore, qui sont-ils pour en juger? Car la notion de «bien parler» varie d’un individu à l’autre, selon Diane Vincent, professeure de sociolinguistique à l’Université Laval. Et l’évaluation des fautes commises à l’oral reste subjective. «On remarque souvent moins les fautes de construction de phrases chez une personne qui s’exprime avec aisance. À l’inverse, on peut avoir l’impression qu’une personne qui parle mal fait des fautes alors que ses phrases sont bâties correctement!»

Chose certaine, côté boulot, la façon dont on communique ne passe pas inaperçue. Parlez-en à Michel Dupont. À une époque, son langage coloré aurait pu être une mine d’or pour feu l’humoriste Marc Favreau, alias Sol, qui raffolait des jeux de mots. Pour ce technicien de son et éclairage au Collège d’Alma, pas besoin de chercher les calembours : ils s’inséraient bien malgré lui dans ses phrases… «Avant, je pensais souvent à deux choses en même temps et mes mots ne reflétaient pas toujours ma pensée!» dit-il. Mais son charisme et son assurance l’ont toutefois empêché de devenir un «bouc hémisphère», recalé au travail pour ses «banaleries», constate-t-il.

Si notre voix a le pouvoir de nous trahir, notre expression orale, elle, nous traduit. «Au bout de quelques phrases, notre interlocuteur a généralement une idée de notre âge, de la région d’où nous venons, de notre niveau d’éducation. Il va de soi qu’une personne qui s’exprime mal laisse généralement une mauvaise impression», dit Diane Vincent. Ainsi, dans certains domaines, travailler son langage peut être rentable pour obtenir une promotion, au même titre que la musculation pour un athlète, estime la professeure.

Faut-il pour autant courir chez un professeur de diction? Pas si vite! Car tenter d’adopter un langage qui n’est pas le nôtre est risqué. «Si on fait trop attention à notre façon de parler, on peut devenir maladroit et sonner faux», souligne Gilles Demers, chef de pratique climat, harcèlement et civilité à la firme de ressources humaines Dolmen Capital humain, à Montréal. Selon lui, inutile d’essayer d’intimider les autres à travers un langage élitiste ou de cacher ses origines sous un faux vernis verbal. «Il y a bien parler et être hautain, condescendant. C’est l’attitude qui fait une différence.»

En entrevue, je sens qu’un faux pas, comme de mettre un “le” au lieu d’un “la”, peut me discréditer.
– David Fontaine, Franco-Albertain d’origine

Un travailleur doit toutefois au moins adapter son langage à celui qui est utilisé dans son milieu, dit le spécialiste. «Le langage d’un cabinet d’avocats diffère de celui d’un chantier de construction… quoique j’aie connu des avocats qui sacraient comme des charretiers!»

Des gens qui articulent mal, qui parlent trop vite, qui se perdent dans leurs idées, ou d’autres qui veulent faire meilleure figure en entrevue d’embauche, Marie Guimont, coach et formatrice en communication orale à Montréal, en conseille tous les jours. Elle constate que les gens font aujourd’hui plus attention à la façon dont ils parlent. «Certaines personnes sont prises avec des tics de langage, des expressions d’enfance, des anglicismes. Il y a une rééducation à faire. Mais je ne travaille pas sur l’imitation : il ne faut surtout pas que mes clients sonnent faux ou maniérés!»

Paroles, paroles, paroles

Francis Francoeur, électricien à la pige dans la région de Québec, travaille souvent sur des chantiers de construction. Il constate que ceux qui parlent «trop compliqué» ne sont pas pris au sérieux et peuvent être mis de côté par le groupe. «Mais en même temps, sur un chantier, un gars qui parle mal et vite peut provoquer des erreurs s’il est mal compris!» déplore-t-il. Pour être efficace, mieux vaut donc utiliser le langage technique que tout le monde connaît. Même si ce n’est pas du bon français. «J’ai beau vouloir employer la terminologie en français, si je dis à mon collègue de me passer la boîte de rondelles au lieu des washers, il y a bien des chances qu’il ne sache pas de quoi je parle…»

Dans le milieu de la santé, au contraire, une langue soignée est prescrite, constate Roseline Desjardins, infirmière bachelière à l’Hôpital Sacré-Cœur, à Montréal. «Mal maîtriser le français et être limité sur le plan du vocabulaire peut te reléguer à une position d’exécutant. Dans ce métier, on est toujours en train de parler aux patients, aux médecins ou aux secrétaires.

On doit constamment faire le point sur l’état des patients à nos collègues. La moindre erreur de langage peut être grave. On ne peut se permettre qu’un jargon incompréhensible en soit la cause», dit-elle. Elle souligne que le personnel infirmier a tendance à rehausser son niveau de langage pour se faire respecter des médecins. Si certaines blagues peuvent être utiles pour détendre l’atmosphère, aucun langage grossier n’est par contre toléré dans ce milieu.

Les spécialistes s’entendent : les exigences en regard des compétences linguistiques dépendent beaucoup du milieu dans lequel un travailleur évolue. À ce propos, Hélène Hudon, consultante en ressources humaines chez Adecco, à Montréal, évoque ses collègues qui recrutent des camionneurs, par exemple. «Dans ce milieu, on ne peut exiger un langage de directeur de société!»

La nature du poste occupé importe également. Il est aussi généralement attendu que les travailleurs qui sont en contact avec la clientèle s’expriment bien, car ils sont la vitrine de l’entreprise. Et plus le statut d’une profession est élevé et synonyme d’influence dans l’inconscient collectif – avocat, médecin, journaliste, par exemple –, plus l’attente envers le niveau de langage est élevée.

Mais il ne faut pas se leurrer : bien parler est relatif. Pour Diane Vincent, le français international n’existe pas. «C’est un idéal à atteindre, mais dans les faits, personne ne le parle, sauf peut-être quelques professeurs de langue.»

Le langage se compose de trois éléments : les mots, le ton de la voix et l’attitude physique – les gestes, la façon de se tenir, le regard. Ils s’intègrent à la façon dont on se présente aux autres.

C’est pourquoi Hélène Hudon travaille notamment sur l’expression orale des candidats qu’elle prépare pour des entrevues d’embauche. «On vise, par exemple, l’utilisation de mots justes et la capacité de synthèse du propos. Si c’est un poste dans un domaine spécialisé, le travailleur doit connaître le vocabulaire qui s’applique.»

Franco-Albertain d’origine, installé depuis une dizaine d’années au Québec, David Fontaine est cadre dans une bibliothèque. Il maîtrise bien le français, qui, dans son cas, sonne plus européen que québécois. Au cours de sa carrière, il a parfois lu une question sur le visage des recruteurs : il sort d’où, lui? «Les gens sont parfois intimidés par mon langage. Ils ne savent pas trop où me situer. En entrevue, je sens qu’un faux pas, comme de mettre un “le” au lieu d’un “la”, peut me discréditer.»

Dans le cadre de son travail, certains régionalismes lui donnent parfois du fil à retordre. «Il y a peut-être une difficulté supplémentaire pour un nouvel arrivant qui croyait maîtriser le français et qui trouve ici une langue bien différente de celle qu’il a apprise», confirme Diane Vincent.

Que l’on migre de l’étranger au Canada, de l’Alberta au Québec, de Montréal au Saguenay ou d’une multinationale à un campement dans le bois, le langage fait partie du processus d’adaptation. Car nos origines langagières nous suivent partout, toujours, comme notre ombre!

Ça jure

Longtemps considéré comme un péché, le fait de détourner les mots du vocabulaire religieux pour jurer, lancer un «calice» ou un «hostie» n’a plus grand-chose de choquant de nos jours. Torrieu, qui vient de «tort à Dieu», n’a plus le même air de défi envers l’Église. «Au cours des derniers siècles, c’était interdit, mais on transgressait», dit Diane Vincent, professeure de sociolinguistique à l’Université Laval. «Les jurons québécois étaient employés au départ dans un monde d’hommes : dans les chantiers de bûcherons, les mines, la construction, il y avait sur les chantiers des concours de sacres. C’était un exutoire, mais aussi une marque de reconnaissance du groupe.»

Un juron bien senti peut soulager la douleur engendrée par un coup de marteau sur un doigt ou souligner la joie ressentie lorsqu’on marque des points. Mais a-t-il sa place au travail? Les sacres sont acceptés et quasi incontournables dans certains milieux, dit Gilles Demers, chef de pratique climat, harcèlement et civilité chez Dolmen Capital humain, à Montréal.

Mais il y a une différence entre sacrer tout court et sacrer contre quelqu’un. On frôle alors l’injure, qui vise à blesser ou à dénigrer l’autre. «Au travail, on doit se garder une petite gêne et viser la civilité, qui est un cadre de référence que se donne un groupe de personnes pour assurer le bien-être de la majorité. Même les Hell’s ont un code de civilité! Mais, dans certains milieux, il s’installe parfois une culture où l’inadéquat devient la norme.»

Même si l’injure en milieu de travail est une forme d’agression, elle peut aussi avoir un caractère ludique et être employée pour marquer la cohésion du groupe. «Par exemple, traiter quelqu’un de “grand niaiseux” peut lui signifier qu’on l’apprécie, qu’il fait partie du groupe», illustre Diane Vincent.

Mais l’utilisation de jurons ou de sacres à répétition peut aussi témoigner de la pauvreté du vocabulaire du locuteur. Ah, ce sacré mot juste qui ne vient pas…


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