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Au resto en solo

Au resto en solo

Manger seul à la maison, ça passe encore. Mais manger seul en public, au secours! Pourtant, le plaisir peut être au rendez-vous.

Face à une salle à manger bondée et un maître d’hôtel qui s’approche, beaucoup d’entre nous préfèrent tourner les talons plutôt que d’assumer haut et fort leur solitude en demandant une table pour un. Une hantise qui repose principalement sur la peur des qu’en-dira-t-on.

«Dire que les clients ne remarquent pas les gens seuls serait mentir. Mais il ne faut surtout pas se priver de l’immense plaisir de se faire servir pour ça!» affirme sans ambages Olivier Visentin, maître d’hôtel au bistro Leméac et fervent défenseur des bouffes en solitaire.

Une opinion à laquelle se rallie volontiers Jean-François Allard. Propriétaire du Bistro Détour, dans le quartier Rosemont à Montréal, il pousse l’audace jusqu’à se payer des repas gastronomiques, notamment chez Toqué!, dans une solitude délibérée. «Dans les grands restaurants, je suis souvent seul à être seul, confie-t-il. De la même façon qu’un voyageur solitaire est souvent plus attentif à ce qui se passe aux alentours, déguster seul me permet une réflexion plus approfondie sur ce que je mange.»

Chez Leméac, Olivier Visentin prend bien soin de ses clients seuls. «Je décuple mes efforts pour qu’ils se sentent à l’aise, explique-t-il. Je n’hésite jamais à leur offrir la table qu’ils souhaitent, à faire une bribe de conversation au client qui a besoin de parler, à être chaleureux, mais pas trop pour ne pas être perçu comme un prédateur par les femmes.»

Car celles-ci, qui représentent à peine un dixième de sa clientèle solitaire, semblent craindre de s’attirer une attention pas toujours désirée, selon le maître d’hôtel. Résultat : elles préfèrent généralement les moments de moindre affluence comme le midi ou le début de la semaine. Il remarque cependant que les femmes plus jeunes semblent mieux assumer leur plaisir solitaire à table.

Parmi les autres spécimens solitaires qu’Olivier Visentin observe pendant ses quarts de travail : le curieux-voyeur qui fait semblant de lire tout en épiant la conver­sation de la table à côté, le stressé qui décompresse à coups de Dry Martini, l’habitué qui revient régulièrement et le solitaire dépité, qui préférerait avoir de la compagnie.

Pour cette dernière catégorie de mangeur solo, Mélissa Thériault, professeure de philosophie au Cégep de Rimouski, offre un conseil. «Mangez au bar! Ça donne la possibilité de jaser avec le serveur.»

En accompagnement

Repas solo + alcool

Avantage : Ne croyez pas ceux qui prétendent qu’un verre ingurgité seul est un pas de plus vers l’alcoolisme. Un bon verre de vin ou une bière peut décupler une expérience gastronomique et favoriser la détente.

Attention : Les livres de bonnes manières et les publicités le disent : la modération a meilleur goût. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on ne peut compter sur personne pour nous ramener à la maison.

Repas solo + littérature

Avantage : Un bon livre permet de faire rêver tout en servant d’écran à quiconque cherche à se donner une contenance ou à guetter subti­lement son voisin de table.

Attention : Les mauvaises nouvelles des journaux et les textes d’opinion peuvent avoir un contenu susceptible d’entraver la digestion.

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