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Assurances et services financiers au féminin

Monique F. Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, Christine Marchildon, présidente de la Direction Québec de la Banque TD, Isabelle Hudon, présidente de la Financière Sun Life pour le Québec… Ça ne fait aucun doute : le monde de la finance, des banques et de l’assurance n’est plus un boy’s club.

Tranquillement mais sûrement, les femmes se taillent une place dans l’industrie des assurances et de la finance. En effet, elles représentent actuellement 61 % des membres de la Chambre de l’assurance de dommages (ChAD) et 60 % des membres de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP). La Chambre de la sécurité financière compte, de son côté, 51 % de femmes et, à l’Institut québécois de la planification financière (IQPF), les femmes représentent 45 % des professionnels.

D’une manière générale, selon Statistique Canada, 62 % des travailleurs du secteur des services financiers sont des femmes.

Leur présence est aussi remarquée sur les bancs d’école. «Parmi les 170 étudiants qui suivent le programme Conseil en assurances et en services financiers au Cégep de Sainte-Foy, à Québec, 49 % sont des femmes, remarque Johanne Giguère, coordonnatrice de ce département. La tendance s’observe depuis plusieurs années, et tous nos diplômés, gars ou filles, trouvent facilement de l’emploi.»

Taillée sur mesure

Les femmes qui choisissent l’industrie de la finance et des assurances y trouvent leur compte. «Le service-conseil est à la base des emplois dans ce secteur, explique Johanne Giguère. Les consommateurs se fient beaucoup aux professionnels de l’industrie pour les guider. Le conseil, l’aide et le suivi font partie du quotidien des travailleurs. Or, beaucoup de femmes se sentent à l’aise dans ces fonctions-là.»

De plus, plusieurs employés, particulièrement ceux du domaine de l’assurance de dommages, bénéficient de conditions de travail intéressantes. Par exemple, les horaires flexibles et le travail à temps partiel sont possibles, ce qui facilite la conciliation travaille-famille, confirme Maya Raic, présidente-directrice générale de la ChAD. Des conditions attirantes pour les femmes.

Par ailleurs, certains conseillers financiers, courtiers d’assurance, représentants et planificateurs financiers travaillent à leur compte. C’est le cas, notamment, de 15 % des membres affiliés à l’IQPF. Cette possibilité permet une flexibilité d’horaire, et cela plaît particulièrement aux mères de famille.

Encore du chemin à faire…

Mais, malgré leurs percées, les femmes demeurent sous-représentées dans certaines fonctions. Selon Statistique Canada, la gent féminine n’occupe que 17 % des postes de vice-présidence et 10 % des postes liés à la direction générale des entreprises de services financiers.

Encore aujourd’hui, les femmes se butent au fameux plafond de verre. «Dans les institutions financières, plusieurs femmes chapeautent des divisions ou des régions. À l’heure actuelle, mis à part Monique F. Leroux, aucune n’est à la tête d’une institution financière», déplore Dana Ades-Landy, l’une des directrices du comité Femmes au CA – Mentorat de l’Association des Femmes en Finance du Québec (AFFQ).

Dans les domaines de l’assurance de personnes et de la finance, les femmes ont toujours été bien présentes aux «postes d’entrée», comme ceux de commis, de caissière, d’agente et de courtière d’assurance. «Depuis quelques années, certaines poursuivent des études universitaires et investissent les postes de cadres intermédiaires. Cela dit, les femmes sont encore sous-représentées dans les postes de haute direction et les conseils d’administration», confirme Claude Di Stasio, vice-présidente, Affaires québécoises, à l’ACCAP.

En 2010, les femmes représentaient 46 % des cadres intermédiaires, 30 % des cadres supérieurs et 10 % des présidentes dans les compagnies d’assurances du pays.Des proportions qui ont, toutefois, grimpé de 5 % en 10 ans, un signe qu’il y a quand même quelques gains sur le terrain. Du côté de la ChAD, seulement 20 % des administrateurs de cabinets sont des femmes.

Des programmes à investir

Les femmes manquent aussi à l’appel dans certains programmes universitaires liés à la finance. Par exemple, en 2011, on comptait seulement 1 fille pour 2 garçons (32 %) parmi les étudiants du baccalauréat en administration des affaires, option finance, à HEC Montréal. Même constat du côté des 148 nouveaux diplômés affiliés de l’IQPF : seulement 34 % sont de femmes.

«En droit, en comptabilité et en médecine, on retrouve autant, voire plus de femmes que d’hommes, nous fait remarquer Jocelyne Houle-LeSarge, présidente-directrice générale et secrétaire de l’IQPF. On devrait suivre cette tendance.» À son avis, de beaux emplois attendent les femmes en finance. «On manque de diplômés pour remplacer les planificateurs financiers qui prennent leur retraite alors que les besoins sont grandissants.»

Coup de pouce pour les femmes

Certaines entreprises du monde de la finance et des assurances travaillent justement à l’avancement de leur personnel féminin. «Nous menons plusieurs actions pour faciliter la progression des femmes dans notre organisation, note Evelyne Bundock, vice-présidente, Gestion des talents, à la Banque Nationale du Canada. (NDLR : l’institution financière compte 46 % de femmes cadres intermédiaires et 44 % de femmes parmi ses cadres dirigeants.) Bien qu’il cible hommes et femmes, notre programme de mentorat permet aux employées identifiées comme relève de gestion ou nouvellement promues d’être jumelées à un gestionnaire senior pendant un an. Du coaching externe est aussi offert à notre relève de gestion pour développer certaines habiletés, comme la vision stratégique. Nous voyons à ce que les femmes profitent de ces programmes au même titre que les hommes.»

«Nous avons également lancé le réseau Femmes en tête, poursuit Evelyne Bundock. Il permet à nos employées de discuter de croissance professionnelle et d’affaires afin qu’elles se donnent des outils pour progresser dans l’organisation.» Enfin, l’institution financière offre des bourses d’études et du mentorat aux femmes intéressées par le domaine des marchés financiers et les postes de négociatrice et de gestionnaire de portefeuille, des secteurs où la sous-représentativité des femmes est criante.

Le réseautage est un autre moyen que se donnent de plus en plus de femmes pour accéder aux échelons supérieurs de l’industrie. Pour tisser des liens, elles peuvent compter sur les associations des femmes en assurance de Montréal et de Québec (AFFAM et AFFAQ) de même que sur l’AFFQ.

Dana Ades-Landy mentionne, d’ailleurs, que le comité Femmes au CA – Mentorat de l’AFFQ a permis de placer 45 femmes dans des conseils d’administration au cours des 3 dernières années.

Atouts féminins

Selon Jocelyne Houle-LeSarge, les entreprises ont tout intérêt à faire plus de place aux femmes. «Un nombre grandissant de femmes occupent de bons postes et gèrent elles-mêmes leurs finances, dit-elle. Or, certaines préfèrent souvent traiter avec une autre femme. Parler de ses finances, c’est très personnel. Les femmes savent créer un climat de confiance, écouter et faire preuve d’empathie.»

Selon Maya Raic, les femmes ont encore plus à offrir. «Des études ont démontré que, lorsqu’elles siègent sur les conseils d’administration, les entreprises sont mieux gérées et plus rentables; elles obtiennent aussi de meilleurs résultats en bourse. Les femmes sont également bonnes dans la résolution de problèmes, la recherche de consensus et la mobilisation des équipes. Les entreprises ont donc avantage à les intégrer dans les postes de gestion et de direction. Pas seulement pour des raisons d’équité, mais pour des raisons économiques!»

Hommes en tête

Une minorité de femmes occupe des postes de vice-présidence et de direction générale dans les entreprises de services financiers au Canada.

Vice-présidence

17 % de femmes 83 % d’hommes

Direction générale

10 % de femmes 90 % d’hommes

Source : Statistique Canada

Présence des femmes dans les compagnies
d’assurances au Canada

Cadres intermédiaires 46 %
Cadres supérieurs 30 %
Présidence 10 %


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Dans ce dossier

• Deux femmes en finance et assurances racontent leur parcours.

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