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La santé, c’est dans la tête

zen

Une offre d’emploi glanée sur Internet disait à peu près ceci : Vous avez cinq ans d’expérience en comptabilité? Vous aimez les défis? Cet emploi est pour vous. Nous offrons un salaire concurrentiel, des avantages sociaux, un gym en milieu de travail…

Un gym en milieu de travail… Belle occasion de se remettre en forme, non? Et belle occasion pour l’employeur de projeter une image positive.

De plus en plus d’organisations se targuent d’offrir un environnement pro-santé pour attirer des candidats et retenir leurs effectifs. En 2009, selon une étude pancanadienne*, 91 % des employeurs offraient au moins une mesure visant le mieux-être des employés, comme l’évaluation ergonomique des postes de travail ou encore des infolettres sur la santé.

Bonne nouvelle? Oui et non. Si l’intention est admirable, on ne peut en dire autant des résultats, pour la simple raison que les employeurs agissent à l’aveuglette. Selon la même étude, seulement le quart s’enquièrent au préalable des besoins des salariés et moins du tiers vérifient si leurs initiatives donnent quelque chose.

C’est bien d’installer un gym, mais combien d’employés iront pour la peine? Combien savent s’entraîner sans risquer l’infarctus? L’ignorer, c’est investir en vain.

Autrement dit, favoriser la santé au travail est plus complexe qu’il n’y paraît. Et surtout, cela implique non seulement de s’occuper de la forme physique, mais aussi du moral des troupes : en 2008, le piètre état de santé psychologique était à l’origine de 40 % de toutes les prestations d’invalidité versées par les assureurs canadiens.

Inciter des employés à gérer leur stress tout en les exposant à une charge de travail excessive ou à un climat de travail tendu n’avance pas à grand-chose.

Certes, faire de l’exercice est un excellent moyen d’améliorer sa productivité. La pra­tique régulière du yoga, par exemple, aide à contrôler son stress dans des situations exigeantes, remarque Annick Messier, fondatrice d’une école de yoga qui offre des cours en milieu de travail. Mais elle reconnaît que d’inciter des employés à gérer leur stress tout en les exposant continuellement à une charge de travail excessive ou à un climat de travail tendu n’avance pas à grand-chose.

Depuis 2008, il existe au Québec une norme appelée Entreprise en santé, qui vise justement à favoriser la santé au boulot sous tous ses aspects : les habitudes de vie, la conciliation travail-famille, l’environnement physique ET les pratiques de gestion, lesquelles ont une incidence sur ce qui se passe entre les deux oreilles des travailleurs. Pour être certifiée, une entreprise doit, entre autres, faire une collecte de données sur la santé des employés, se fixer des objectifs précis (par exemple, diminuer l’absentéisme de x %), déterminer un budget et un calendrier puis évaluer les résultats.

Il est vrai que la démarche peut paraître lourde. Certains diront même que ce n’est pas aux organisations de veiller à la santé des individus. Mais Marie-Claude Pelletier, présidente-directrice générale de GP2S, l’organisme à l’origine de la norme, n’en démord pas : ne pas agir est bien pire. Selon un mémoire de GP2S, les coûts des problèmes de santé peuvent représenter jusqu’à 17 % de la masse salariale d’une entreprise.

Au Mouvement Desjardins, la prise de conscience a eu lieu il y a une dizaine d’années déjà. On y offre, entre autres, un programme d’accompagnement pour les travailleurs en invalidité et des formations pour aider les gestionnaires à reconnaître les troubles de santé psychologique. «Chaque dollar consacré au mieux-être se traduit en retombées de 1,50 à 3 $, affirme Réal Cassista, directeur assurances collectives et gestion de la santé chez Desjardins. C’est suffisant pour nous convaincre de continuer à investir.» Et ça vaut mieux que le rendement de bien des placements par les temps qui courent.

* National Wellness Survey, par le cabinet Buffett & Company Worksite Wellness.

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