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Équipe solidaire

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Le travail expose à plein de situations inattendues pour lesquelles on n’est pas préparé. Un ordinateur qui bogue. Un client qui exige la lune. Des priorités conflictuelles.

Quand on est pris au dépourvu de la sorte, n’est-il pas rassurant de se tourner vers un collègue ou un superviseur pour lui demander : «Toi, que ferais-tu à ma place?» C’est ce que les spécialistes de la santé au travail appellent le soutien social.

Cette notion englobe la possibilité de compter sur des gens capables de nous tirer du pétrin (que ferait-on sans les techniciens en informatique, entre autres?), mais aussi le fait d’appartenir à une équipe tissée serrée ou d’avoir un patron accessible.

Hélas, tout le monde n’a pas cette chance. En 2005, 49 % des travailleurs québécois déploraient la faiblesse du soutien social dans leur milieu de travail, selon une étude publiée par l’Institut de la statistique du Québec. Un moindre mal? Pas si on considère que cette carence est associée à un risque accru de détresse psychologique et de dépression majeure, disent les auteurs.

Michel Vézina, qui cosigne l’étude, est professeur au Département de médecine sociale et préventive à l’Université Laval et médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec. Selon lui, le problème est dû en partie à l’indisponibilité de certains gestionnaires, qui ont soit trop d’engagements, soit une connaissance limitée du travail qu’ils supervisent. «Si le supérieur a une expertise en gestion uniquement, il ne peut saisir la difficulté du travail qu’effectuent ses employés», estime-t-il.

Même si le problème ne peut être résolu, le seul fait de pouvoir en parler à quelqu’un capable d’en apprécier la complexité est bénéfique.

Une désolidarisation peut aussi survenir quand une entreprise favorise un groupe d’employés plutôt qu’un autre (les jeunes par rapport aux vieux, par exemple) ou qu’elle fait cohabiter des travailleurs de statuts différents (permanents et temporaires, notamment). Mis en compétition les uns avec les autres, les salariés sont alors plus sujets aux conflits, voire au harcèlement psychologique.

Dans un tel contexte, demander de l’aide équivaut à passer pour faible ou incompétent, alors bien des travailleurs préfèrent ruminer leurs problèmes chacun de son côté.

C’est pour remédier à ce sentiment d’isolement que l’Établissement de détention de Québec a mis sur pied en 2005 un programme de mentorat pour ses recrues au poste d’agent de services correctionnels. «Auparavant, l’accueil n’était pas toujours bon», raconte Stéphane Robitaille, agent de services correctionnels et responsable du programme de mentorat depuis 2008. «Quand on leur envoyait un nouveau, certains agents se sentaient dérangés dans leur travail.» Mais à présent, les nouveaux sont tenus de choisir un mentor parmi leurs pairs plus anciens. «Ils ne sont pas dans l’obligation de se confier, mais les jeunes savent qu’ils ont un appui en cas de problème», dit Stéphane Robitaille.

Les organisations ont tout avantage à offrir aux employés des occasions d’exprimer ce qui les turlupine, croit Michel Vézina. D’autant plus que le soutien social peut agir comme un antidote au stress qui vient avec la surcharge de travail. Par exemple, «les réunions d’équipe sont l’occasion de parler des problèmes, mais aussi de remplir d’autres besoins fondamentaux, comme la reconnaissance», dit-il.

Une étude parue en 2007 dans l’American Journal of Public Health confirme d’ailleurs qu’en période de crise, avoir l’oreille d’un collègue ou d’un superviseur réduit la probabilité de souffrir de maladie mentale ou physique. Même si le problème ne peut être résolu, le seul fait de pouvoir en parler à quelqu’un capable d’en apprécier la complexité est bénéfique, disent les auteurs. À l’opposé, la frustration survient lorsqu’on ne se sent pas écouté ou pris au sérieux.

Et si on prenait tous une pause pour voir où en est le voisin?

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