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À table avec Annie Pelletier, médaillée olympique

plongeuse

Dans les entrailles du Stade olympique, je l’aperçois, toute pimpante, qui dévale un escalier. «Ça doit être toi!, me lance-t-elle, en me voyant au loin. Changement de plan! La cafétéria est en rénovation. Alors, on va tous au restaurant». Elle est avec sa «gang du bureau». Je me joins au petit groupe, et on fonce vers le stationnement pour, ensuite, s’entasser dans la fourgonnette d’une collègue.

Annie Pelletier. C’est un nom si familier pour moi. Un drôle de karma. C’est que sans le savoir, Annie est dans ma vie depuis qu’elle a gagné sa médaille de bronze en plongeon aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996. À 22 ans, elle devenait une célébrité. Et depuis, des inconnus me prennent régulièrement pour elle. «Non, non, je ne suis pas la plongeuse!» C’est un compliment, bien sûr. Mais je le constate aujourd’hui : nous sommes assez différentes. Ne serait-ce qu’elle a des yeux bleus hallucinants avec du jaune dedans. Et moi pas.

On arrête notre course dans un sympathique petit bistro du quartier Hochelaga-Maisonneuve, Les Affamés. Ses collègues nous laissent un peu d’intimité. «Nous, on est à jour», glisse à la blague son patron.

On commentait même ce qu’elle mettait dans son panier d’épicerie. «Ah ouin! Ça mange du Nutella, puis des chips, une petite fille de même?», lui lançait-on.

Alors, que devient notre plongeuse nationale? Elle devient un peu comme tout le monde. J’ai devant moi une femme de 38 ans authentique, franche et rieuse. Une fille qui aime les spas, la moto, et qui en pince pour l’acteur Javier Bardem. Une baroudeuse qui rêve d’apprendre à drummer du Metallica et qui jure qu’elle a réellement du fun dans les glissades d’eau, dont elle a fait la promotion pendant 10 ans.

Je rencontre aussi Annie Pelletier la professionnelle, celle qui travaille à temps plein, depuis sept ans, comme directrice des communications à la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec. Elle gère tout ce qui est lié à la promotion des athlètes de la relève. C’est un job qu’elle adore, mais qui n’est pas tombé du ciel parce qu’elle avait une médaille au cou. «Je n’avais jamais passé une entrevue comme ça; trois heures de questions et de mises en situation… Après, j’étais tellement brûlée que je suis allée me coucher!»

Avant de partir pour Atlanta, Annie étudiait en ergothérapie dans le but de travailler auprès des personnes trisomiques. Cependant, sa montée sur le podium l’a vite propulsée sur un autre tremplin, plus glissant celui-là : la télévision. «Ça n’a pas été facile», résume-t-elle. Cette expérience lui a quand même donné envie de poursuivre en communications.

«J’ai mis du temps à trouver ma voie professionnelle, mais, aujourd’hui, je suis bien. Ce qui est important pour moi, c’est de sentir que je fais une différence dans la vie de quelqu’un. C’est l’une de mes priorités depuis que je suis jeune. Dans ce temps-là, je rêvais d’aller travailler pour Vision Mondiale…» À la Fondation, elle est servie : en 2012, l’organisme a versé près d’un million de dollars à plus de 300 athlètes. Voilà qui fait toute une différence pour qui se consacre à un sport!

D’ailleurs, en fait-elle toujours, du sport? «Pas de façon régulière. Depuis l’âge de 5 ans, je cours pour me rendre à un entraînement. Je ne veux plus avoir ce type d’engagement. Mes passe-temps, je les pratique quand ça me tente!» C’est le cas de la danse. Elle prévoit justement se monter un petit studio «avec des miroirs partout» dans le sous-sol de la «maison de ses rêves» qu’elle vient d’acheter dans l’est de Montréal.

Annie se dit de «nature solitaire». Ses deux frères étant beaucoup plus vieux qu’elle, elle a grandi comme une enfant unique. Elle a pratiqué la natation, la gymnastique, puis le plongeon, tous des sports individuels. «Au secondaire, je n’étais pas la queen de la gang d’amis! J’étais souvent absente. Alors, je tissais moins de liens avec les autres. Puis, comme je m’entraînais souvent le matin, j’étais surtout “la fille qui arrive toujours les cheveux mouillés”. On ne comprenait pas trop ce que je faisais.»

Mais tous ont compris lorsqu’elle est revenue d’Atlanta, une médaille dans ses bagages. «Ça a changé ma vie d’un coup. C’était fou…» On commentait même ce qu’elle mettait dans son panier d’épicerie. «Ah ouin! Ça mange du Nutella, puis des chips, une petite fille de même?», lui lançait-on.

«Ce n’était pas méchant. C’était une façon d’entrer en contact avec moi. J’avais l’impression qu’on examinait mes vêtements, mon maquillage, même les personnes qui m’accompagnaient… On me félicitait, ce qui était valorisant, mais je me sentais aussi jugée. Quand je vois les participants des émissions de téléréalité courir après le vedettariat instantané, je me dis Oh My God…»

Au cours des dernières années, Annie s’est réapproprié sa vie privée et elle la défend farouchement. On la courtise toujours pour des entrevues, mais elle dit «non à tout »… ou presque. «Je fais ma vie et j’évite le potinage.» Présentement, elle n’envisage pas un retour à la télévision, sauf ses apparitions ponctuelles comme commentatrice des compétitions de plongeon, notamment aux Jeux olympiques. «J’adore ça! Ça me permet de marier deux passions, le plongeon et la communication. Mais je ne me verrais pas parler de hockey, ni de baseball, ni de golf!»

Annie considère sa notoriété de médaillée olympique comme un grand privilège, dont il faut se servir à bon escient. Encore aujourd’hui, elle retourne les sourires des gens qui la reconnaissent dans le métro. «C’est mon devoir.» Et, au fil des ans, elle s’est beaucoup investie bénévolement dans différentes causes, notamment auprès des enfants. «Je suis contente de l’avoir fait quand c’était le temps. Mais, en ce moment, les athlètes que les gens veulent voir, c’est Émilie Heymans, Marianne Saint-Gelais, Joannie Rochette… Et c’est très bien comme ça. J’ai passé le flambeau.»

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