Navigation des articles

tecia-pepin

À chacun son testament

En voyage dans le Sud, vous êtes happé mortellement par une voiture. Ô malheur! Trop occupé à vivre, vous avez oublié de mettre sur papier votre testament. Dans l’autre monde, vous n’aurez plus aucun pouvoir sur votre succession.

À 39 ans, Madeleine (nom fictif) espère toujours avoir des enfants. Rédiger son testament? Cette conseillère en emploi de Montréal préfère ne pas y penser. «J’aurais l’impression d’inverser les choses en pensant à ma mort avant de penser à fonder une famille», dit-elle. La mort comme telle ne l’effraie pas, mais sa planification, à ce stade-ci de sa vie, lui semble incongrue. «Dans la trentaine, on a d’autres priorités», résume-t-elle.

Quoique ce ne soit pas le cas de Madeleine, bien des gens entretiennent la superstition que la Grande Faucheuse frappera sitôt leur testament rédigé. «Tarder à faire son testament est souvent l’indication d’une très grande peur, explique la psychologue Michelle Michaud. Faire un testament réveille l’angoisse de sa propre mort! C’est aussi la peur de devoir se séparer des gens, des choses et des activités que nous aimons.»

Mais cette peur, si compréhensible soit-elle, n’est pas fondée. Un testament, ça ne fait pas mourir, comme l’écrit la Chambre des notaires sur son site Internet. En revanche, ne pas en avoir complique grandement les choses si vous quittez ce monde subitement.

Si vos dernières volontés ne sont pas consignées, ce sont les lois du Code civil qui décideront de vos héritiers. De quoi vous retourner dans votre cercueil quand votre frère, à qui vous n’adressiez plus la parole, héritera de votre nouvelle bagnole sport!

Mettre ses affaires en ordre

Un testament vous permet de décider ce que vous souhaitez qu’il advienne de vos biens après votre mort. Il vise aussi à protéger ceux que vous aimez et à éviter les querelles entre légataires. Quiconque possède des biens de valeur, telle une résidence ou, encore plus important, a des enfants à charge, devrait faire un testament, peu importe son état civil.

Les conjoints de fait ont intérêt à avoir un testament s’ils souhaitent laisser un héritage à leur partenaire de vie. Sans testament, ce sont les enfants du conjoint décédé ou encore ses parents, frères et sœurs qui hériteront.

«Plus précisément, un testament de base comprend le nom de vos héritiers et ce que vous souhaitez leur léguer, ainsi que celui de la personne responsable de liquider votre succession», énumère Me Marc Laporte, notaire à Sainte-Thérèse. Si vous avez des enfants, vous pouvez y désigner leur tuteur légal. Vous pouvez également préciser l’âge auquel ils toucheront leur héritage.

Devez-vous faire appel à un notaire? Pas nécessairement. Déterminez d’abord quelle sera la forme de votre testament : olographe, devant témoins ou notarié. Les sites Internet du ministère de la Justice du Québec et de la Chambre des notaires du Québec constituent de bonnes ressources pour évaluer ces options.

Le testament olographe (écrit à la main sous la forme : «Moi, Francine, lègue tous mes biens à mon mari») et celui devant témoins peuvent être faits maison et sans frais, mais ils feront automatiquement l’objet d’une vérification par la Cour supérieure du Québec après votre décès. Ils peuvent être contestés en justice, ce qui risque d’occasionner des frais juridiques et de retarder la liquidation de votre succession.

Le testament notarié offre plus de sécurité à cet égard. «Il est plus difficile à contester, car c’est un acte authentique réalisé par un professionnel, indique Me Laporte. De plus, il est enregistré au Registre des dispositions testamentaires et des mandats du Québec.» Vous pourrez donc en obtenir une copie quoi qu’il advienne, notamment dans le cas où votre notaire cesse de pratiquer. Depuis la création du Registre en 1961, près de sept millions de testaments y ont été inscrits.

Conjoints de fait, à vos testaments!

En 2011, France Lafrenière et son conjoint, père de deux enfants d’une union précédente, ont décidé de rédiger leur testament respectif au moment où ils procédaient à l’achat d’une propriété. L’option notariée a été privilégiée. «Un notaire connaît les lois et les termes juridiques, ce qui met en confiance. Celui que nous avons consulté nous a exposé toutes les situations possibles en cas de décès, alors nous étions certains de ne rien oublier. Même le tuteur de mon chien est désigné!» spécifie la Lavalloise de 34 ans.

Les conjoints de fait comme elle et son amoureux ont intérêt à avoir un testament s’ils souhaitent laisser un héritage à leur partenaire de vie. «Sans testament, ce sont les enfants du conjoint décédé ou encore ses parents, frères et sœurs qui hériteront», signale Me Laporte. Et le conjoint survivant pourrait se retrouver comme Eva Gabrielsson, compagne de vie durant 32 ans de Stieg Larsson, l’auteur derrière le succès planétaire de la trilogie Millénium. Elle a été écartée de la succession du romancier, décédé d’un infarctus en 2004 sans avoir écrit ses dernières volontés. Le père et le frère de Larsson ont récolté le pactole des droits d’auteur sur les 40 millions de livres vendus. Comme la Suède, le Québec ne reconnaît aucun droit de succession aux concubins. «Le testament de mon conjoint me protège contre ce genre de situation», précise France Lafrenière.

Les couples mariés ne devraient pas non plus tenir pour acquis que le patrimoine familial et le régime matrimonial les protègent de tout. Sans testament, vous n’aurez aucun droit sur le violon à 100 000 $ de votre épouse violoniste professionnelle. Les biens à l’usage exclusif d’un conjoint ne sont pas considérés comme faisant partie du patrimoine familial.

Dernières fantaisies

Un testament est un document personnel dans lequel on peut laisser libre cours à son imagination. Tel ami qui jalouse votre cinéma maison? Telle autre qui reluque votre manteau Mackage à 700 $? Ils seront sûrement ravis de figurer parmi vos légataires. Si vous avez choisi la formule notariée, par contre, il vous en coûtera peut-être davantage que le tarif de base de 300 à 500 $. Plus longue sera la liste de biens à léguer, plus élevés seront les honoraires.

Mais il est inutile de préciser que vous voulez être enterré près de votre grand-mère, que les porteurs de votre cercueil s’habillent à la médiévale ou que vos cendres soient dispersées dans la mer des Caraïbes. Ce genre de souhaits peut simplement être communiqué à vos proches, ou précisé dans une enveloppe à laquelle ils auront accès advenant le pire. Car, souvent, ce n’est qu’après l’enterrement ou l’incinération du défunt que les proches prennent connaissance du testament, même s’ils ont le droit de le réclamer au lendemain du décès. Il faut bien laisser le temps à l’âme de partir en paix.

Qui vivra avec vos dettes?

Testament ou non, vos dettes seront refilées à vos héritiers. «À moins qu’ils renoncent à votre succession, précise Marc Laporte, notaire à Sainte-Thérèse. Toutefois, si un individu a une dette de 20 000 $, mais une propriété valant 300 000 $, celle-ci viendra compenser le montant en souffrance.»

Dans ce dossier

• Votre testament numérique

commentez@jobboom.com

Partager